Environnement, casse-tête de la population

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Le 5 juin 2017, le monde entier célébrait la journée de l’environnement. Cette journée a été promulguée par le Programme des Nations Unies pour l’ Environnement, et soulève régulièrement les questions essentielles de la protection de l’environnement et ses conséquences sur la qualité de vie de la population et la survie de notre planète. Et les gouvernements dans l’ensemble traitent le sujet de manière aérienne et trop opaque pour la compréhension des populations, en faisant allusion au réchauffement climatique dû au déboisement et à la destruction sauvage de nos forêts.

Le 5 juin 2017, le monde entier célébrait la journée de l’environnement. Cette journée a été promulguée par le Programme des Nations Unies pour l' Environnement,

Roland Tsapi.

Mais au-delà de cet aspect, il y a l’ environnement immédiat des populations, constamment pollué par l’incivisme des habitants des villes et campagnes, aidées en cela par les services d’hygiène des municipalités qui ont relégué cette préoccupation au second plan. Nous ouvrons une série sur ce sujet suffisamment vaste, en commençant par la pollution sonore. Perceptible dans nos villes 24h sur 24, 7 jours sur 7. La pollution sonore est caractérisée par un niveau de bruit élevé au point d’avoir des conséquences sur la santé humaine et l’ environnement.

En traversant  les rues tôt le matin pour se rendre au travail, l’on est généralement accueilli par les baffles qui tonnent à fond devant les commerces qui ouvrent à peine, le bruit produit étant désormais utilisé pour attirer l’attention. Et tout le monde s’y mêle, petits commerces et grandes entreprises multinationales. Les plus coutumiers du fait sont les entreprises brassicoles, les supermarchés, les opérateurs de téléphonie tout comme celles spécialisées dans les jeux de hasard. Et Comme les postes sonores fixes ne suffisent plus, elles embarquent parfois des discothèques entières derrières les voitures et font le tour de la ville, pour faire leur promotion. Tant pis pour les oreilles des passants. Parmi les plus nuisibles aussi, on compte les bars. En plein midi, sous un soleil de plomb, il est impossible de s’asseoir devant un débit de boisson pour se rafraîchir. Les décibels qui sortent des baffles sont tels que ce sont tous vos nerfs qui résonnent. Le bruit aussi fort que même pour passer la commande, il faut crier à tue-tête, et le gérant lui-même, qui a mis la musique, doit faire des efforts surhumains pour comprendre. Et l’on trouve dans certains quartiers de la ville plusieurs bars alignés, chacun voulant que le son de sa musique soit le plus élevé, et le brouhaha est indescriptible. Ce qui est curieux c’est que vous trouvez quand même des gens assis dans ce bruit, qui regardent la télévision au point d’applaudir.

La loi est claire

Dans les quartiers, les habitants sont aussi soumis à la pollution sonore du voisinage. En dehors des fêtes organisées les week-ends sans aviser et pour lesquelles tout le monde doit passer la nuit à subir le bruit, il y a aussi les soit disant mélomanes qui mettent la musique à fond dans leurs domiciles, parfois dès 5 h du matin, sans se soucier du sommeil de ceux d’à côté, encore moins de leurs goûts musicaux. C’est ainsi qu’un bikutsi bien pimenté est imposé au musulman, le rap est imposé au témoin de Jéhovah et je ne sais qui encore. Et que dire de la pollution sonore créée par le transport routier ? Le bruit des motos seul dans la ville de Douala peut évanouir. Quand l’on y ajoute les camions et autres gros porteurs dont l’âge date de Mathusalem, qui dégagent un bruit toussotant doublé d’une fumée noire, chacun en a son compte. Le bruit des avions et des trains n’est non plus à négliger, même s’il touche une infime partie de la population.

Tout se passe comme s’il n’y avait aucune règlementation en la matière. Alors que d’après la loi n° 96/12 du 5 aout 1996 portant loi-cadre relative à la gestion de l’environnement, en son article 60, sont interdites les émissions de bruits et d’odeurs susceptibles de nuire à la santé de l’homme, de constituer une gêne excessive pour le voisinage ou de porter atteinte à l’ environnement. Les personnes à l’origine de ces émissions doivent prendre toutes les dispositions nécessaires pour les supprimer, les prévenir ou en limiter la propagation sans nécessité ou par manque de précaution. Sauf que personne ne veille à l’application de cette loi, et les populations ne savent même pas qu’elle existe.

Rien n’est respecté au Cameroun

Les scientifiques expliquent pourtant que les nuisances sonores peuvent affecter la santé et la qualité de vie, avec des conséquences physiques et/ou psychologiques pour les hommes et les femmes qui les subissent. Le bruit a des effets nocifs sur la santé humaine : stress, troubles du sommeil, effets sur le système cardio-vasculaire, immunitaire et endocrinien, et des conséquences sur la santé mentale. Les nuisances sonores peuvent également avoir des impacts très nocifs pour l’audition, et peuvent aboutir dans les cas les plus graves à la surdité, qui est définitive. Selon une étude réalisée auprès de 4391 personnes en France, puisqu’il n’en existe pas chez nous, la prise de médicaments contre l’hypertension est 5,6 fois plus fréquente chez les hommes de 40 à 69 ans dont le domicile est survolé par des avions. La prise d’anxiolytiques et d’antidépresseurs est multipliée par 10 chez les femmes de 40 à 69 ans habitant dans un endroit très bruyant. Pour les femmes de 15 à 39 ans dont le domicile est survolé par des avions, la fréquence d’une hospitalisation est 5 fois plus importante que la normale. Si la situation est déjà si grave dans un pays où un minimum de normes est respecté en matière d’émission des bruits, on peut aisément imaginer les dommages causées sur la santé au Cameroun, où rien n’est respecté.

Roland TSAPI, Journaliste

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