Climat social : plus de 15 employés licenciés en une année à Bia Cameroun

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Des contrats de délégués du personnel et d’autres cadres ont été abusivement rompus dans cette entreprise basée à Douala, filiale du groupe belge Bia.

Le climat social n’est pas serein depuis plus d’un an au sein de l’entreprise Bia Cameroun à Douala. Les employés de cette filiale du groupe belge Bia, spécialisée dans la fourniture d’équipements industriels vivent au quotidien dans la peur d’un possible licenciement. Plus de 15 de leurs collègues ont déjà été mis à la porte en l’espace d’un an (entre 2018 et mai 2019). Soit un quota d’au moins un employé licencié chaque mois. Les travailleurs exclus de l’effectif de Bia Cameroun l’ont été pour la plupart pour le même motif : «faute lourde». Ils n’ont en outre pas reçu de lettre de licenciement, de prime de séparation, ni de certificat de travail, pour ceux qui en ont formulé la demande, apprend-on.

Dans la liste des dernières sanctions qualifiées de «fantaisistes» par le personnel, il y a le cas des employés débauchés dans des sociétés concurrentes, contre promesses de lourds salaires. Bertrand Mbiadji en fait partie. Lui, qui a occupé le poste de responsable vente pièces détachées à Cfao pendant 12 ans, a été débauché par Bia Cameroun. Il sera mis à la porte après seulement quatre mois. «Ils ont avancé pour motif ’’essai non concluant’’. Ce sont des sanctions suggestives», déplore l’employé désormais au chômage.

Vivien Songue, un autre employé débauché de la société Socada, a été porté au poste de responsable du développement de la marque Man pour le Cameroun, le Tchad et la Rca. Après un an de fonction à Bia Cameroun, il sera lui aussi licencié pour « faute lourde». Florent Kamwa, un autre employé débauché dans une entreprise concurrente, a également connu le même sort peu de temps après son recrutement.

«Licenciements intempestifs»

Les délégués du personnel n’échappent pas aux vagues des licenciements qui traversent l’entreprise Bia Cameroun chaque mois et emportent aussi bien des employés que des cadres. En décembre 2018, Francis Touondop Nzeusseu, un des délégués du personnel, a été mis à la porte dans les mêmes conditions que les précédents employés.

Sur un effectif de près de 45 employés enregistrés à ses débuts au Cameroun en 2014, près de la moitié de l’effectif à Bia Cameroun a été remercié à ce jour, apprend-on d’une source proche du dossier. Le personnel note en outre que la vague des licenciements a pris naissance avec l’arrivée du français Thomas Crabett, comme directeur général en 2017. Le Syndicat national autonome des travailleurs du commerce (Synatrac) interpellé par ses membres a aussitôt adressé plusieurs missives pour tenter de décrisper la situation.

Des contrats de délégués du personnel et d’autres cadres ont été abusivement rompus dans cette entreprise basée à Douala, filiale du groupe belge Bia.  Le climat social n’est pas serein depuis plus d’un an au sein de l’entreprise Bia Cameroun à Douala. Les employés de cette filiale du groupe belge Bia, spécialisée dans la fourniture d’équipements industriels vivent au quotidien dans la peur d’un possible licenciement. Plus de 15 de leurs collègues ont déjà été mis à la porte en l’espace d’un an (entre 2018 et mai 2019). Soit un quota d’au moins un employé licencié chaque mois. Les travailleurs exclus de l’effectif de Bia Cameroun l’ont été pour la plupart pour le même motif : «faute lourde». Ils n’ont en outre pas reçu de lettre de licenciement, de prime de séparation, ni de certificat de travail,

Thomas Crabett, Dg Bia Cameroun.

Dans sa lettre datée du 03 octobre 2018 envoyée au directeur général de Bia Cameroun, le président du Synatrac dresse un état moral du personnel de l’entreprise, qui travaille dans des conditions de stress. «Une situation qui crispe l’environnement de travail et plonge les travailleurs dans une peur permanente à cause des licenciements intempestifs et parfois dénués de tout fondement», écrit Joseph Mikou, le président du Synatrac. Le syndicaliste relève également que chaque faute professionnelle moindre qu’elle soit correspond à un licenciement.

Dans la missive, dont copie a été envoyée au ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Joseph Mikou souligne que le cadre juridique organisant les missions et fonctions des délégués du personnel (élus en mars 2018) n’est pas respecté. Il s’agit dans les faits entre autres, de l’absence des réunions mensuelles obligatoires avec les délégués du personnel, l’absence d’un local de réunion, du registre de doléance pour recueillir les préoccupations des travailleurs. Trois mois plus tôt, le Synatrac faisait tenir au Dg de Bia Cameroun une liste de 13 bulletins de retenues à la source de 1% sur le salaire de base en guise de cotisations syndicales. Le reversement de ces cotisations n’est toujours pas à ce jour effectif, d’après le responsable syndical.

Silence du Dg de Bia Cameroun

Face au silence du Top Management de Bia Cameroun, le Synatrac a saisi le ministre du Travail et de la sécurité sociale en date du 08 janvier 2019. Dans la correspondance qui porte en objet : «Acharnement contre les délégués du personnel à Bia Cameroun», le président du syndicat dénonce les «licenciements arbitraires» des délégués du personnel, en violation des dispositions légales et réglementaires.

Pour le cas du «camarade» Francis Touondop Nzeusseu, Joseph Mikou fait savoir que la société Bia Cameroun a, de manière unilatérale, préparé un protocole d’accord de rupture amiable de contrat de travail opposé de force au délégué du personnel, arrêtant la date définitive de cessation de son contrat de travail au 31 décembre 2018 sans aucune négociation ni consultation préalable, tout en l’obligeant de marquer son accord faute de quoi tous les moyens seront mis en œuvre pour lui façonner une faute lourde.

La lettre adressée au ministre du Travail évoque aussi le cas de François Manga, un autre délégué du personnel, mis à la porte sans qu’il n’ait au préalable reçu une simple demande d’explication, encore moins une quelconque lettre de suspension de son contrat de travail indiquant le ou les motifs liés à la demande d’autorisation de son licenciement.

«La société Bia Cameroun, pour essayer de distraire l’attention de l’administration du Travail a collecté toutes les anciennes demandes d’explication qui lui avaient été adressées fort longtemps pour prétendre justifier sa demande d’autorisation auprès de l’inspecteur de Travail, ignorant que le nombre ou la quantité des demandes d’explication ne fondent pas absolument une faute professionnelle», explique Joseph Mikou.

Climat social tendu

En réaction aux préoccupations du personnel portées par le Synatrac, le ministre du Travail par l’aval de son secrétaire général, Razack Johny,  a adressé une correspondance au directeur général de Bia Cameroun le 23 janvier 2019. Au sujet du non-respect de la procédure de licenciement des délégués du personnel et du non reversement des cotisations syndicales des adhérents, le Sg du ministre du Travail a rappelé les dispositions de l’article 21 du Code du Travail.

Ces dispositions stipulent que «l’employeur est tenu à l’obligation de verser le montant des cotisations syndicales prélevées, au syndicat désigné par le travailleur ». En outre, l’autorisation de licenciement d’un délégué du personnel doit être soumise à l’inspecteur du Travail du ressort, conformément aux dispositions de l’article 130 du même Code, fait savoir Razack Johny. Qui invite par la même occasion le directeur général de Bia Cameroun à se conformer au respect desdites dispositions.

Vue la situation restée inchangée et le climat social de plus en plus dégradé, le Synatrac a initié une correspondance adressée à madame le délégué régional du Travail et de la sécurité sociale du Littoral le 25 février 2019. Le ministre du Travail a une fois de plus été interpellé le 27 mai 2019. Dans cette autre lettre, le Synatrac recommande à l’autorité administrative d’instruire des visites de contrôle à Bia Cameroun ; l’application de sanctions disciplinaires autres que les licenciements.

Le syndicat recommande également au ministre d’instruire la réclamation du procès-verbal des dernières élections sociales ; les prélèvements et versements au Synatrac des cotisations syndicales selon la liste des adhérents communiquée à l’employeur ; le respect des réunions mensuelles avec les délégués du personnel, entre autres. En attendant, de nouvelles interventions des autorités administratives pour pallier au problème, le climat social reste tendu au sein du personnel de Bia Cameroun.

Mathias MOUENDE NGAMO

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