Achille Wankeu : «Le Cameroun perd 60 milliards FCFA chaque année du fait de l’exportation de grumes»

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Les exportations de grumes vers l’Asie sont en hausse. Expert forestier du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), Achille Wankeu vient de publier un rapport sur la production et l’exportation du bois au Cameroun. Le rapport intitulé  “Interdire l’exportation  de grumes” dévoile une croissance exponentielle des exportations des grumes malgré l’existence d’une loi qui exige la transformation du bois avant toute exportation.  

Koaci : Quelles sont les principales conclusions de votre étude ?

Achille Wankeu : De cette étude nous pouvons tirer plusieurs conclusions. Nous constatons d’abord que le gouvernement n’arrive pas à atteindre les objectifs qu’il s’est fixé lui-même à travers la loi forestière de 1994. Rappelons que cette loi prévoyait qu’après un délai de 5 ans, l’exportation de bois sous forme de grumes devait être formellement interdite. Cette ambitieuse loi laissait ainsi le temps aux différents acteurs du domaine de se conformer. Mais paradoxalement on a remarqué une augmentation exponentielle des volumes de grumes exportés. Après les années 2000, de moins de 200 000 m3 de volume de grumes exporté le Cameroun culmine aujourd’hui à près de 1.000.000 de m3. Si rien n’est fait nous risquerons de retrouver le niveau d’avant l’adoption de la loi 1994.

Ensuite, la deuxième et la troisième transformation qui génèrent une forte valeur ajoutée ne constituent que 5% des exportations. Enfin, l’augmentation des exportations de grumes répond en grande partie à la demande de pays asiatique (Chine, Vietnam, Inde). Entre 2009 et 2017 les exportations de grumes de la Chine représentaient plus de 60%. Vers le Vietnam elles représentent environ 23%. Ces principaux demandeurs de grumes camerounaises sont pourtant les premiers exportateurs de bois transformé. Et donc, le Cameroun contribue à subventionner l’emploi dans ces pays qui profitent en plus de la valeur ajoutée générée par la transformation poussée du bois. Les grumes qu’ils achètent chez nous, ils les transforment et nous revendent le bois débité. Parfois nous achetons des copeaux de bois compactés à des prix élevés. Figurez-vous que même les cure-dents c’est notre bois. Le contraste reste fort entre la composition des forêts et la composition des récoltes. Le prélèvement est resté concentré sur quelques essences principales. Entre 1999 et 2010, 6 essences constituaient près de 70% des récoltes, il s’agit de : l’Ayous, le Sapelli, l’Azobé, le Fraké et l’Iroko. Entre 2010 et 2018, les mêmes 70% étaient constitués de l’Ayous, du Sapelli, de l’Iroko, du Tali, et de l’Azobé.

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Quelles sont les conséquences de l’exportation des grumes ? Quel est l’impact sur l’économie camerounaise ?

L’exportation du bois transformés à un impact direct sur l’emploi. La transformation du bois au Cameroun pourrait générer 55 000 emplois directs qu’en procédant à la première transformation. Le Cameroun perd environ 60 milliards FCFA chaque année du fait de l’exportation de grumes dont 10% de recettes fiscales. L’exportation de grumes a un impact indirect sur la biodiversité, une pression accrue est portée sur un nombre réduit d’essences, moins de 10 essences constituent environ 90% des récoltes, la demande étant dictée par les acheteurs. Aussi, l’exportation de grumes contribue à l’écrémage de la forêt, une forme d’exploitation qualitative.

Pourtant le Cameroun s’est doté d’une législation qui interdit l’exportation des grumes, qu’est ce qui peut expliquer que la loi ne soit pas appliquée ?

En effet il y a la loi de 94. Mais, en 1999 une ordonnance vient semer le flou dans l’application de la loi, (Ordonnance N° 99/001 du 31 août 1999 complétant certaines dispositions de la loi N° 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche) cette ordonnance vient ouvrir une brèche donnant ainsi la possibilité aux sociétés de poursuivre l’exportation de grumes.  Nous avons des pays voisins qui appliquent à la lettre la loi qui exige la transformation du bois avant son exportation. L’exportation du bois en grumes a des conséquences sur notre économie et sur l’écosystème forestier.

Nous lisons dans votre étude que le bois camerounais exporté sous forme de grumes est revendu plus cher aux camerounais une fois transformé. Le Cameroun a-t-il les moyens de résister à la pression des pays acheteurs qui eux-mêmes sont producteurs de bois

 Il ne s’agit certainement pas de résister à quelques pressions que ce soit, il s’agit simplement de mettre en place un ensemble de moyens ou de mécanismes permettant au Cameroun de limiter voire d’interdire l’exportation de grumes. Le Cameroun doit mettre en place des stratégies de transformations permettant la production de produits finis de qualité permettant de rivaliser avec le marché extérieur. C’est impératif de revenir à l’esprit de la loi de 1994 afin d’atteindre l’émergence souhaité. Le Centre pour l’Environnement et le Développement, CED reste ouvert et disponible afin de contribuer à la mise en place d’une stratégie d’amélioration de la performance du secteur forestier.

Source : Koaci.com par Armand OUGOCK

 

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