Yvonne Buanenku : une réfugiée congolaise qui se meurt devant le Hcr

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Bonapriso, quartier de la ville de Douala. Sur la rue Météo, des résidences cossues embellissent la vue. La fraicheur des fleurs qui poussent devant les maisons, atténuent la chaleur de ce samedi 2 février 2019. Tout est paisible. Des vigiles veillent au grain. Ne vit pas ici qui veut. C’est dans cette rue que le Haut Commissariat des nations unies pour les réfugiés, bureau de Douala, s’est établi. En face de son bâtiment, une dame est couchée à terre, devant une résidence. Il est 13h. Elle est profondément endormie. Une moustiquaire lui sert de bouclier anti moustiques et de couverture. Depuis trois mois qu’elle y passe ses nuits, à la belle étoile, au vu et au su du Hcr. Alors que nous entamons un échange avec elle, des responsables du Hcr sortent de leurs murs sécurisés pour nous dissuader dans notre travail. «Que faites-vous là avec cette femme ? Vous ne devrez pas lui parler sans nous consulter parce qu’elle est sous notre responsabilité et elle est malade. Elle délire, elle n’est pas normale», ressassent-ils. A la question de savoir si c’est donc ainsi que le Hcr traite ses «malades», ils rebroussent chemin. Toutes nos tentatives pour avoir plus d’éclaircis sur cette négligence du Hcr ont été vaines. «Ils ont dit qu’ils ne veulent pas vous recevoir», nous martèle le vigile, derrière sa baie vitrée.

C’est dans cette rue que le Haut Commissariat des nations unies pour les réfugiés s’est établi. En face de son bâtiment, une dame est couchée à terre. Il est 13h. Elle est profondément endormie. Une moustiquaire lui sert de bouclier de couverture. Depuis trois mois qu’elle y passe ses nuits, à la belle étoile, au vu et au su du Hcr. Alors que nous entamons un échange avec elle, des responsables du Hcr sortent de leurs murs sécurisés pour nous dissuader dans notre travail. «Que faites-vous là avec cette femme ? Vous ne devrez pas lui parler sans nous consulter parce qu’elle est sous notre responsabilité et elle est malade. Elle délire, elle n’est pas normale», ressassent-ils

Yvonne Buanenku est devenue réfugiée congolaise parce qu’elle disait craindre pour sa sécurité en République démocratique du Congo. Les autorités du Hcr l’ont abandonné à son sort, prétextant qu’ils étudient son dossier. Depuis des mois. Du haut de ses 54 ans, Yvonne est lasse. Le poids de l’âge, ajouté aux péripéties de son long voyage qui l’a conduit à Douala, la famine, les maladies…l’ont usée. Malgré cela, cette dame a trouvé un peu de souffle pour nous susurrer son histoire.

Pourquoi êtes-vous couchée ici, en pleine rue ?

Je suis Congolaise. Je viens de la province du Kasaï.  Il y a trois mois que le Hcr m’a demandé de déposer une demande d’asile, et je l’ai fait. Il m’a demandé d’aller attendre. Je n’ai nulle part où aller. C’est pour cette raison que je dors ici. Le Hcr m’a dit que c’est quand j’aurai un statut qu’il va me loger et me donner quelque chose. Je suis malade. J’ai la fièvre, des douleurs, des courbatures. J’ai une plaie au dos, ce qui me fait mal dormir. Avant je dormais devant le Hcr. Il pleuvait sur moi jusqu’au matin. Un jour, le Hcr a donné 1000Fcfa de taxi à un vigile pour qu’il me conduise chez une réfugiée centrafricaine. Après quelques jours, elle m’a renvoyée parce que je n’avais pas d’argent à lui donner pour qu’elle prenne soin de moi. Revenue au Hcr, on m’a dit d’aller attendre. C’est depuis ce temps que je dors ici. Lire aussi :Douala : Le torchon brûle entre les réfugiés et le HCR

Pourquoi êtes-vous partie du Congo ?

J’ai quitté le Congo parce que j’avais peur pour ma vie. J’étais maltraitée, séparée de ma famille. J’étais femme au foyer, mariée et mère de trois enfants. J’ai des petits enfants. Ils sont au Congo. Ma famille avait reçu l’interdiction de m’approcher. Je dormais dans les maisons de deuil, à la boulangerie… J’ai décidé de fuir pour le Congo Brazzaville. C’est de là que j’ai eu l’idée de venir au Cameroun. Ça fait très longtemps que je suis partie. Mes enfants me manquent beaucoup.

Comment faites-vous pour arriver au Cameroun ?

Je suis arrivée ici en octobre. J’ai traversé Wessou, Sokambo la frontière camerounaise. J’ai marché à pied sur 800Km. Quelques personnes m’ont aidé sur ma route en me portant dans leur véhicule, en me donnant un peu d’argent. Un imam m’a hébergé, m’a donné à mangé puis on m’a conduit à Bertoua I. La personne chez qui j’étais a pris mon sac et tout ce qu’il contenait. Je suis restée sans rien. J’ai marché jusqu’à Bertoua II où j’ai pu trouver à manger dans une église. J’ai repris la route pour arriver à Batouri. J’ai fait deux semaines pour arriver à Douala.

Qu’attendez-vous aujourd’hui du Hcr ?

C’est dans cette rue que le Haut Commissariat des nations unies pour les réfugiés s’est établi. En face de son bâtiment, une dame est couchée à terre. Il est 13h. Elle est profondément endormie. Une moustiquaire lui sert de bouclier de couverture. Depuis trois mois qu’elle y passe ses nuits, à la belle étoile, au vu et au su du Hcr. Alors que nous entamons un échange avec elle, des responsables du Hcr sortent de leurs murs sécurisés pour nous dissuader dans notre travail. «Que faites-vous là avec cette femme ? Vous ne devrez pas lui parler sans nous consulter parce qu’elle est sous notre responsabilité et elle est malade. Elle délire, elle n’est pas normale», ressassent-ils

Hcr, bureau de Douala.

Je ne peux pas retourner au Congo parce que je ne serai pas en sécurité. J’ai beaucoup souffert. Tout ce que je demande c’est un endroit où je peux être en paix. C’est le Hcr qui s’occupe des réfugiés. J’attends qu’il s’occupe de moi parce que le Cameroun n’est pas mon pays.

Vous avez suivi comment les responsables du Hcr vous ont traité de malade mentale. Pourquoi l’affirment-ils ?

Je ne sais pas. Peut-être parce que je suis sale et je dors à la belle étoile. Je suis bien normale, même si tous mes vêtements sont déchirés. J’ai une blessure au dos. Un monsieur qui passait un jour dans sa voiture a pris pitié de moi et m’a transporté à l’hôpital. On m’a prescrit des médicaments. Il m’a demandé d’attendre qu’il ait de l’argent pour les acheter, et il m’a ramené ici. Depuis, il n’est plus passé.

C’est le Hcr qui vous nourrit ?

Non. Le Hcr ne me donne rien. Je souffre pour boire de l’eau. C’est les passants, souvent les voisins qui me donnent à manger.  Certains me permettent souvent de prendre une douche chez eux.

Entretien avec Valgadine TONGA

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