Succession à la chefferie Bangou : des chefs traditionnels condamnent l’imposture de certaines élites

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Dans une correspondance fleuve adressée au préfet des Hauts-Plateaux, une dizaine de chefs traditionnels du 3e degré de la Communauté Bangou dénonce avec véhémence certaines fils du terroir qui par leur attitude irrespectueuse vis à vis des us et coutumes, ont voulu imposer un « faux » roi sur le trône.

Ils sont au nombre de six et constituent le socle coutumier de la Communauté Bangou. C’est-à-dire 80% de la population de cette contrée. Ils incarnent le pouvoir mystique, la soumission à l’autorité du guide suprême qu’ils représentent, l’indéfectible attachement aux valeurs ancestrales qu’ils incarnent. Les chefs Mbete, Degso, Balambo, Meudjieu, Fople et Ndengnieup, tous réunis, sont signataires d’une correspondance datée du 1er février 2019 à l’adresse du préfet du département des Hauts-Plateaux.  Dans ce courrier dont le Messager a eu copie, ces « ardiens et porteurs de la tradition» expriment l’exaspération qui les anime au lendemain de la désignation de Maurice Gambou Kemayou comme nouveau Roi de la chefferie Bangou. Dans ce volumineux courrier portant pour objet : « A/s du règlement pacifique et notre reconnaissance du déroulement des cérémonies du 28 janvier 2019, ayant abouti au choix et à la présentation du Roi des Bangou », les expéditeurs marquent d’emblée leur satisfaction pour la diligence et le désintéressement dont a fait montre l’autorité administrative lors des cérémonies des obsèques des regrettés chefs, suivi de la désignation du futur Roi des Bangou.

Saluant au passage la conduite pleine de succès du choix du nouveau chef, ils disent cependant mettre à la disposition du destinataire du courrier, quelques faits saillants. Primo, « l’autorité du notable «Ba Dibou Youkep», ayant procédé à l’arrestation de Gambou Kemayou Maurice en vue de la présentation du Roi des Bangou en votre présence ne souffre d’aucune illégitimité, car ce dernier est et était dans son rôle essentiel et traditionnel. C’est d’ailleurs à son défunt père qu’était revenue la lourde responsabilité du choix et de l’intronisation du  chef Kemayou Paul Bernard. Son action marque la constance et la pérennité de nos valeurs traditionnelles », mentionnent-ils dans le document.

Conflit familial

Dans une correspondance fleuve adressée au préfet des Hauts-Plateaux, une dizaine de chefs traditionnels du 3e degré de la Communauté Bangou dénonce avec véhémence certaines fils du terroir qui par leur attitude irrespectueuse vis à vis des us et coutumes, ont voulu imposer un « faux » roi sur le trône.

Vue de façade de la Chefferie Bangou.

Deuxièmement, poursuivent-ils, « l’autorité du chef Supérieur Bazou, agissant comme parrain, qui, entant que «germain» de la famille Royale Bangou depuis la création dudit village, n’a pas failli dans son rôle ; est par conséquent et sans conteste la personne et le personnage indiqué, commis à cette obligation. Au-delà de ces quelques précisions, nous exprimons encore notre satisfecit quant à la conduite des cérémonies d’inhumation des restes de Kemayou Paul Bernard au panthéon dédié à cette cause ». Rappelant que cette situation avait contribué à déstabiliser le village, à créer les problèmes qui vous ont amené ici pour la résolution définitive de ce pseudo conflit familial, ayant jeté l’anathème sur l’ensemble de la communauté Bangou. Les signataires soulignent également que le défunt Roi des Bazou, sa Majesté Nana, est ce Roi qui, en 1950, avait intronisé les Roi Kemayou Paul Bernard et son adjoint (Kuipou) Nana Sinkam Samuel au Laakam. Mieux, « depuis ces intronisations à date, aucun chef Bazou n’est plus descendu à la Chefferie Bangou, en raison de la qualité de «Régent» qu’ont assuré les deux derniers rois (Djomo et Tayo). »

Situation exécrable

Mais ces chefs traditionnels manifestent aussi leur indignation face au « comportement de certaines de nos élites qui par leur attitude, voudraient ébranler nos traditions, saper la cohésion bâtie en si peu de temps dont les cérémonies de ce jour furent la consécration, oui à la fin des hostilités venant des obscurités créées et voulues par les uns pour des intérêts dont la finalité est l’instabilité, la division et la dispersion ». De même qu’ils dénoncent la nature belliqueuse dont a fait montre une «illustre élite de notre village qui s’est introduite dans le lieu sacré qu’est le Laakam, accompagnée des forces de maintien de l’ordre, n’ayant satisfait à aucun rite leur garantissant cet accès, alors qu’aucune situation menaçant la paix n’était perceptible».

Sans citer nommément le concerné, les signataires préfèrent attirer l’attention du préfet sur le spectacle macabre servi le jour du deuil devant une pléthore de haut commis de l’Etat, d’anciens et de ministres en postes, d’une trentaine d’autres chefs traditionnels «stupéfaits de la situation qualifiée d’exécrable». Et les chefs de conclure la correspondance en demandant au destinataire de « bien vouloir transmettre fidèlement à votre hiérarchie à qui nous rendons d’ailleurs un vibrant hommage pour leur souci de faire réunir les familles Bangou avec leurs enfants et bien évidement leurs élites tant internes qu’externes, d’entériner cette disposition de la famille royale ». Les chefs ont parlé !

Source Le Messager

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