Libertés publiques : Quand l’Etat marche sur les droits

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Dans la Constitution Camerounaise, il est écrit dans son préambule que le domicile est inviolable, que nulle perquisition ne peut y avoir lieu qu’en vertu de la loi. Il est écrit que « nul ne peut être poursuivi, arrêté ou détenu que dans les cas et selon les formes déterminées par la loi.» Il est écrit que «toute personne a droit à la vie et à l’intégrité physique et morale. Elle doit être traitée en toute circonstance avec humanité. En aucun cas, elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.» Il est écrit que « La liberté de communication, la liberté d’expression, la liberté de presse, la liberté de réunion, la liberté d’association, la liberté syndicale et le droit de grève sont garantis dans les conditions fixées par la loi. » Il est précisé que «l’Etat garantit à tous les citoyens de l’un et de l’autre sexes, les droits et libertés énumérés au préambule de la ConstitutionLire aussi :Vandalisme : les militants du Mrc saccagent l’Ambassade du Cameroun en France

Arrestations barbares

Depuis le 28 janvier 2019, les forces de l’ordre du Cameroun ont procédé à l’arrestation de nombres de Camerounais, dans des conditions qui laissent interrogateurs. Dans un cas, le domicile d’Albert Nzongang au quartier Ndogbong à Douala a été encerclé, les rues interdites d’accès, tout habitant repoussé. Peu de temps après, les forces de l’ordre fortement armées ont pénétré au domicile où se trouvait l’opposant Maurice Kamto et interpellé les occupants de la maison, y compris des journalistes, Théodore Tchopa et David Eyengue, en situation professionnelle, embarqués et détenus. Dans un autre cas, Célestin Djamen, alité à l’hôpital général de Douala a été extirpé de force de cette institution où il était soigné de blessure par balle blanche, encaissée deux jours plutôt alors qu’il participait à une manifestation de rue. Les agents venus les extirper leur ont fait comprendre qu’ils les transféraient à l’hôpital de la garnison militaire au quartier administratif de la ville. L’hôpital de la garnison s’est avérée être plutôt les services de la police. Il est reproché jusqu’ici à tous les interpellés d’avoir participé à une marche interdite du Mrc, d’avoir violé la loi, d’être responsable de voie de fait, notamment avec la destruction de l’ambassade du Cameroun en France par des militants se réclamant du Mrc. Un acte auquel les commanditaires notamment devraient répondre. Le pouvoir assimile cette attitude à une insurrection, ce qui justifierait ces interpellations musclées, au-delà des règles. Car comme rappelé plus haut, Il est écrit que «nul ne peut être poursuivi, arrêté ou détenu que dans les cas et selon les formes déterminées par la loi.» Lire aussi : Ntuda Ebode Joseph Vincent : «Les relations entre le Cameroun et la France pourraient prendre un coup»

Et cette loi, c’est aussi  le code de procédure pénal Camerounais. Toutes les personnes interpellées le 28 janvier et même avant, déjà dans des conditions contestables sont gardées-à-vue dans les cellules. L’article 118 de ce Code dit en son alinéa 2 que « toute personne  ayant une résidence connue ne peut, sauf cas de crime ou délit flagrant et s’il existe contre elles des indices graves et concordants, faire l’objet d’une mesure de garde à vue.» Ce serait donc le cas ? L’alinéa 3 précise qu’en dehors de ces cas, toute mesure de garde à vue doit être expressément autorisée par le Procureur de la République. C’est dire que tous ceux qui sont détenus en ce moment doivent avoir commis un crime, celui de participer à une marche. Au Cameroun, pays de la démocratie et des droits de l’homme, participer  à une marche est un crime tellement grave qu’il mérite qu’on interpelle les auteurs, et même les journalistes qui ne faisaient que leur travail, et les emmener loin de leurs familles. Le non-respect de la loi par un citoyen est-il donc un prétexte pour l’Etat de ne pas respecter lui aussi les règles et procédures en matière d’interpellation ?

Le respect de la loi s’applique à tout le monde, le citoyen lambda comme le fonctionnaire de l’Etat. Et personne n’a le droit de se taire devant une violation, au risque de l’encourager. Dans la Constitution Camerounaise, il est écrit dans son préambule que le domicile est inviolable, que nulle perquisition ne peut y avoir lieu qu'en vertu de la loi. Il est écrit "

Application sélective de la loi

Il est écrit dans les premières lignes de la Constitution, notre chère Constitution, que tous les hommes sont égaux en droits et en devoir. Cas de figure, un policier tire sur les pieds du jeune Gaëtan Ngankam en se moquant de lui, Ngankam se retrouve arrêté, où est le policier ? Des traitements dégradants sont infligés aux Camerounais au nom du respect de la loi, et la loi fondamentale, sur laquelle le pouvoir fondamentale, qui s’applique à tout le monde et davantage à l’Etat, c’est la Constitution. Il est écrit dedans, article 66, que « Le Président de la République, Le Premier Ministre, les membres du Gouvernement et assimilés, les députés, les sénateurs, tout détenteurs d’un mandat électif, les Magistrats, entre autre doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction. » Cette disposition est –elle respectée ? N’est-ce pas une violation de la loi ?

Le respect de la loi s’applique à tout le monde, le citoyen lambda comme le fonctionnaire de l’Etat. Et personne n’a le droit de se taire devant une violation, au risque de l’encourager.   C’est le lieu ici de rappeler ces phrases d’un ancien pensionnaire des camps de concentration nazi, Martin Niemöller reprises  par Jean Lambert Nang dans un de ses éditoriaux : « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. » Jean Lambert Nang exprime là son émotion de voir son pays et je cite « glisser doucement et dans l’indifférence des populations, vers un état policier où l’arbitraire des hommes de pouvoir a remplacé le droit et où la force et la brutalité des hommes en tenues fait loi ». Et de conclure par ces mots célèbres de de Martin Luther King : “Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons.”

Roland TSAPI

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