Ntuda Ebode Joseph Vincent : «Les relations entre le Cameroun et la France pourraient prendre un coup»

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Professeur Titulaire des Universités Hors échelle, Enseignant à l’Université de Yaoundé II et à l’Université panafricaine  (Union Africaine), le Géostratège analyse l’évènement du samedi 26 janvier 2019 en France. L’histoire retiendra que ce jour, des Camerounais, militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, ont détruit leur propre ambassade située à Paris. Un acte aux responsabilités partagées.

Répondant à un appel à manifestation du Mrc samedi dernier, les militants de ce parti politique ont détruit l’ambassade du Cameroun en France. Pour commencer, quelle est la symbolique d’une ambassade ?

Selon les sources officielles, les responsables ont été évacués par les forces de l’ordre français. Samedi 26 janvier 2019. Une vingtaine de Gilets Jaunes investissent les rues en France, concentrant toute l’énergie des forces de l’ordre françaises. Les militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) saisissent l’occasion, s’introduisent tels des malfrats dans l’ambassade de leur pays, et vandalisent tout

Le Mrc vandalise l’Ambassade du Cameroun à Paris.

Une ambassade de manière simple représente le territoire additionnel d’un État dans un autre État. C’est pour cela que dans le calcul précis de la superficie d’un État, on additionne ses territoires internes (maritime et continental), à ses représentations diplomatiques dans d’autres pays; et on soustrait celles des pays étrangers sur son territoire. En somme, c’est une portion du territoire national dans un autre État. En droit on qualifie ça de fiction juridique. Lire aussi :Vandalisme : les militants du Mrc saccagent l’Ambassade du Cameroun en France

Comment peut-on qualifier la nature de cet acte de sabotage sur le plan du droit ?

C’est la convention de Vienne qui, du point de vue juridique détermine les relations diplomatiques entre États. Par essence, une mission diplomatique est inviolable. En conséquence, le sabotage dont il est question ici est une infraction de violation d’une mission diplomatique. Elle engage à la fois la responsabilité de l’État sur le territoire duquel se trouve l’Ambassade en question (dans ce cas la France), qui doit assurer la sécurité des abords, puisque c’est son territoire; celle du chef de mission (responsables de la sécurité à l’intérieur de la mission), et celle des auteurs Camerounais ou non, à l’origine des actes de sabotage.

Quelles répercussions peuvent en courir les responsables?

Les répercussions sont à situer à un double niveau interne et externe. Sur le plan interne, la destruction du patrimoine national tout comme la violation de la mission et l’agression du personnel en service pour des raisons de politique politicienne rend politiquement, civilement et pénalement responsable le parti politique commanditaire, son président ainsi que les militants ou toute autre personne ayant participé de près ou de loin à cette activité.

Comment peut-on établir les responsabilités ?

Les responsabilités sont civiles, pénales, politiques et diplomatiques. Le chef de mission à une responsabilité. Il devra prouver au-delà de tout doute qu’il a pris toutes les mesures nécessaires pour protéger le patrimoine national. Le MRC et certains de ses militants assument toutes les responsabilités pénales et politiques. Les autorités françaises sont suspectées responsables de non assistance à ambassade en danger et donc de non respect de la convention de Vienne. De la même manière que le chef de la mission diplomatique en question. Sur le plan externe, deux éléments sont à prendre en compte, la dégradation de l’image du Cameroun et d’une partie de sa diaspora majoritairement militants du MRC; perçue comme jusqu’au-boutiste. Le second élément et peut être même l’un des plus importants c’est le risque de refroidissement des relations de coopération camerouno-françaises, la France pouvant être accusée, à tord ou à raison, comme au moins en partie responsable de la violation de l’Ambassade du Cameroun à Paris. Les relations entre les deux États pourraient prendre un coup. La question est d’autant plus pertinente que selon toute vraisemblance, les autorités françaises ont été prévenues de la possibilité de survenance de telles activités illicites quelques jours avant par le chargé d’affaire. Sauf à imaginer que toutes les forces de sécurité françaises sont occupées par la question des Gilets jaunes…

Un tel acte peut-il créer un incident diplomatique entre le Cameroun et la France ?

Ce qui est sûr c’est qu’il y aura des concertations de haut niveau pour comprendre ce qui s’est passé. L’acte en lui-même, pour parler comme les diplomates  n’est pas très loin d’un comportement inamical.

Quelles pourraient être la responsabilité du Mrc et de son président ?

La responsabilité politique et pénale du Président du MRC et du MRC lui-même en tant que parti politique est engagée. Certains des militants ayant répondu à l’appel de leur Président aussi.

Entretien avec Valgadine TONGA

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