Leadership politique : L’institutionnalisation des contre modèles, le cas Momo Jean de Dieu

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Depuis la formation du gouvernement du 4 janvier 2018, des commentaires vont bon train à propos de  l’entrée de Jean De Dieu Momo comme ministre délégué auprès du ministre de la Justice. Si les avis sur la question divergent, la majorité de ceux qui en parlent s’étonnent de ce que celui qui hier était un opposant farouche du président Biya, soit aujourd’hui devenu un membre de son gouvernement après avoir soutenu sa campagne lors de la dernière élection.  L’homme porte désormais fièrement son nouveau titre, non sans faire des admirateurs, pour ne pas dire des jaloux, qui sont ébahis devant les nouvelles conditions de vie que lui offrent les avantages du décret. Lequel décret semble avoir subitement effacé, du moins aux yeux de beaucoup, toutes les tares dont il était affublé il y a quelques jours encore. Lire aussi :Cameroun : Paul Biya remanie le gouvernement

Prototype

Le ministre Momo Jean de Dieu, puisqu’il faut désormais lui donner son titre, fait en réalité partie d’un prototype d’hommes politiques que la société camerounaise connait depuis l’avènement du multipartisme. Les politologues les appellent les adeptes du double langage politique, et les décrient comme étant irréprochables en public, alors qu’en privé ils s’associent avec ceux qu’ils prétendent combattre, et sont même  soupçonnés de se neutraliser lorsqu’ils étaient entre eux. Si l’ouverture démocratique des années 90 a permis à  ce modèle de se révéler au grand jour, ils existaient bien avant à l’époque du parti unique, et n’étaient pas connus simplement du fait que les conditions de leur mise à jour n’étaient pas réunies. Bello Bouba Maïgari, Issa Tchiroma Bakary, feu Augustin Frederick Kodock,  Antar Gassagaï, Dakole Daïssala, sont autant d’exemples de ce modèle de leader qui ont meublé les cercles politiques camerounais depuis les années 90, chacun ayant su se retourner pour tirer son épingle du jeu, ou faire partie de la mangeoire nationale.

Depuis la formation du gouvernement du 4 janvier 2018, des commentaires vont bon train à propos de  l’entrée de Jean De Dieu Momo comme ministre délégué auprès du ministre de la Justice. Si les avis sur la question divergent, la majorité de ceux qui en parlent s’étonnent de ce que celui qui hier était un opposant farouche du président Biya, soit aujourd’hui devenu un membre de son gouvernement après avoir soutenu sa campagne lors de la dernière élection.  L’homme porte désormais fièrement son nouveau titre, non sans faire des admirateurs, pour ne pas dire des jaloux

Jean De Dieu Momo.

Production sociale

D’après une analyse socio-politique, ce type d’hommes politiques n’est pas tombé du ciel, ils sont le produit du milieu social camerounais. Ce produit étant lui-même le résultat d’un déracinement culturel, programmé dans le système éducatif colonial,  qui fait que le seul idéal pour beaucoup, et malheureusement des leaders politiques, c’est d’avoir de quoi manger. Ce système fonctionnerait en trois phases. D’abord il forme l’être humain pour la servitude. Le citoyen est programmé, depuis le livre scolaire et les programmes, pour être demandeur, celui qui a la main tendue et attend à la fin de sa formation d’être employé par l’Etat ou un tiers. Il doit être dépendant, et c’est pourquoi il y a et y aura toujours 10 fois plus de lycées d’enseignement général que de lycées techniques, c’est pour cela que les grande écoles de formations resterons sélectives pour le public et chèrement payés pour le privé. Ensuite le système appauvrit celui qu’il a formé pour la servitude.  L’habitant de la cité, s’il n’est pas copté dans un cercle, est affamé par tous les moyens : conditions de vie dégradant, eau et électricité rares, difficile accès aux soins de santé, cherté de la vie, rareté de l’emploi, habitat précaire. Tout est fait pour que l’homme survive au lieu de vivre, et pour cette survie il est prêt à tout. Enfin le système lui propose à manger, mais pas sans conditions. L’homme doit se compromettre, se renier et renier les siens au besoin, et surtout prendre l’engament d’être l’apôtre de l’évangile qu’il combattait hier. Contre vents et marrées, insultes et moqueries il doit prêcher à temps et à contretemps le message de ceux qui hier étaient à abattre.

Allégeance sans réserve

Surtout, il doit faire allégeance au démon d’hier devenu le messie, le remercier dans sa respiration, et surtout le couvrir de tous les éloges et les noms honorifiques. La vraie trajectoire de Saul dans la Bible, devenu Paul par la suite. C’est de ce profil que s’est réclamé le ministre Momo sur un plateau de télévision au lendemain de sa conversion : « Je suis Saul, je m’étais trompé disait-il.» C’est le prix pour avoir à manger. Quand le ministre Momo demandait un poste de « ministrion », il est évident qu’il ne cherchait pas une position et des moyens qui lui permettront de mener une politique pour le bien-être des populations. Il cherchait plutôt son intérêt personnel, un poste qui lui donnerait désormais à manger. C’est ce qui est appelé la politique du ventre. Lire aussi :Présidentielle 2018 : Code de bonne conduite adopté sous fond de tension

La jeunesse désorientée 

La production en masse et dans la durée de ce type de leaders n’est pas sans conséquence sur la jeunesse, qui en subit une influence indéniable et inévitable. L’une des raisons pour lesquelles ces dernières années les jeunes ne veulent pas   s’engager en politique, c’est qu’ils sont choqués par le double langage des politiques, qui disent à chacun ce qu’il veut bien entendre. L’immense majorité des politiques n’a pas réellement de conviction personnelle, ou si peu: ils veulent surtout être élus ou nommés, et sont prêts à toutes les contorsions pour atteindre leur but. Dans un contexte pareil, où le Camerounais se retrouve entre le marteau des gouvernants qui ne se soucient pas de leurs bien être, et l’enclume des opposants qui voient en eux plutôt une marchandise, il lui faut être très fort moralement pour ne pas se laisser aller au désespoir. Sans repères, les jeunes camerounais n’ont plus que deux possibilités. Soient ils se laissent entrainer par des parents détenteur d’un poste de pouvoir à quelque niveau que ce soit, qui leur promettent un avenir meilleur moyennant fidélité et loyauté à leur parti, soit ils se décident à prendre leur destin en main, et ce sur place dans des métiers de débrouillardise, ou dans un illusoire bonheur à travers le désert libyen.

En définitive, l’homme étant un animal social fortement influencé par l’environnement dans lequel il vit, les leaders inconstants ne sauraient être blâmés de manière individuelle. Ils ne sont que le produit de la société camerounaise  qui a formaté beaucoup d’autres Camerounais suivant ce logiciel de survie. C’est pourquoi une fois qu’ils accèdent aux avantages du système, ils drainent avec eux des courtisans qui feraient en réalité la même chose dans les mêmes conditions. Le problème camerounais reste finalement celui d’un déficit de leader convaincu, de la trempe de Nelson Mandela, capable de dire non à un bonheur éphémère, en pensant à une gloire éternelle.

Roland TSAPI

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