Camwater : pourquoi l’eau colorée coule des robinets

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Les réclamations persistent depuis quelques jours dans la ville de Yaoundé. Les consommateurs accusent le coup. Camwater s’explique sous fond de mea culpa.

L’eau potable est incolore, inodore, agréable à boire, sans saveur. On connaît tous cette définition enseignée à l’école primaire par les seigneurs de la craie. Sauf que des fois au Cameroun, l’eau qui coule du robinet est loin d’être incolore, encore moins agréable à boire. C’est le cas depuis peu à Yaoundé. Entreprise chargée de la production, du transport et de la commercialisation, la Cameroon Water Utilities ne dément pas. Les sources que nous avons rencontrées avouent sous cape –parce que n’ayant pas l’aval de la hiérarchie- la complexité du phénomène de l’eau colorée.

Dépendance à Eneo.  C’est l’une des raisons qu’évoque un technicien de la maison. «Quand il y a coupure d’électricité, nos installations aussi s’arrêtent et quand l’énergie revient, parfois les pièces les plus fragiles sont endommagées. Ça nous crée des pannes. Il est recommandé aux populations, après une coupure de ne pas directement utiliser l’eau qui s’écoule du robinet. Il faut laisser couler pendant environ dix minutes», conseille-t-il.

La vétusté des installations

Les réclamations persistent depuis quelques jours dans la ville de Yaoundé. Les consommateurs accusent le coup. Camwater s’explique sous fond de mea culpa. Dépendance à Eneo. C’est l’une des raisons qu’évoque un technicien de la maison. «Quand il y a coupure d’électricité, nos installations aussi s’arrêtent et quand l’énergie revient, parfois les pièces les plus fragiles sont endommagées. Ça nous crée des pannes.

L’incivisme des populations est aussi pointé du doigt. «Parfois, elles endommagent les installations et ne collaborent pas avec la Camwater pour signaler les cas de fuite. Nous avons mis sur pied un dispositif pour réparer toutes sortes de casses déclarées. Les multiples chantiers qui sont dans les villes font à ce que les installations soient de temps en temps endommagées  ou détruites complètement. C’est le cas du quartier Oyak à Douala. Pourtant il y a les textes qui disent que la société de Btp qui exécute le marché doit réparer les installations endommagées. Malheureusement elle ne le fait pas, et c’est à hauteur de près de 300millions Fcfa. Finalement c’est la Camwater qui est en train de se battre pour résoudre le problème et les cas sont multiples dans la ville de DoualaLire aussi :Hydraulique : Kribi dispose désormais d’une deuxième station de traitement d’eau

Autre facteur, pas des moindres, les installations vétustes. Produite dans d’excellentes conditions, l’eau va être polluée si elle transite par une canalisation en mauvais état. Selon notre source, l’entreprise étudie les voies et moyens pour  remplacer les vieilles installations. «A l’heure actuelle, nous avons fait une commande de près de 2milliard Fcfa du matériel pour assurer le branchement. C’est un vaste programme et vu la modicité des moyens que nous avons, nous demandons l’indulgence des populations», explique un responsable. Et d’ajouter : «Depuis 2018, la Camwater a pris un virage qui semble complexe, celui de la commercialisation. Du coup, elle ne bénéficie plus des subventions. Le salaire du personnel prend une bonne partie de nos recettes, puis les produits de traitement de l’eau qui coûtent 2,5milliards Fcfa par trimestre. Nous fonctionnons sur 420.000 clients, que nous ont laissés les Marocains. Vous comprenez que nous évoluons avec toutes les difficultés pour pouvoir satisfaire le client, car il est placé au cœur des préoccupations de l’équipe dirigeante. Raison pour laquelle la Camwater a pris des stagiaires qui luttent contre le phénomène de surfacturation, un phénomène que nous ont également légué les Marocains. Aujourd’hui ça tend à disparaître parce que les réclamations ont drastiquement diminué.»

Maîtrise des effectifs

Patrick Kum Bong Akwa est le nouveau président du conseil d’administration de la Cameroon water utilities corporation. Il a été nommé par décret présidentiel

Cérémonie d’installation du top management.

A côté de ces faits, le top management (le président dudit conseil, Patrick Kum Bong Akwa, le DG Gervais Bolenga, et DGA Jean-Pierre Bidjocka) doit gérer le boom des effectifs, né de la fusion avec la Camerounaise des EauxLa Camwater originelle est passée de 250 à 1700 employés. «Il faut une maîtrise des effectifs. Avec son nouveau format, la Camwater est en même temps service public et service commercial, parce que nous ne vivons plus que de nos recettes uniquement. Il serait incongru de notre part de frustrer nos populations à travers le phénomène de l’eau colorée. Nous savons que nous n’avons pas droit à l’erreur mais nous demandons aux populations d’être compréhensives, surtout que la dynamique qui a été enclenchée devra apporter ses fruits dès 2019Lire aussi :Service publique de l’eau : la nouvelle Camwater voit le jour

En ce moment, Camwater développe un programme d’acquisition de groupes électrogènes pour autonomiser son réseau, à hauteur de 3,5milliards de Fcfa, dès mars 2019. «Le phénomène de coupure va diminuer, dans les grandes agglomérations comme Yaoundé et Douala pour un début et petit à petit, d’autres groupes seront installés dans d’autres centres», tient à rassurer notre source.

Valgadine TONGA

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