Toxicomanie / Thérèse M : «Je buvais vingt sachets de whisky par jour»

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Après des années dans les nuages, Thérèse a pris conscience et a accepté de se faire aider. Elle et d’autres sont cités aujourd’hui en exemple. Comment ont-ils plongé dès l’enfance dans la drogue et l’alcoolisme ? Comment s’en sont-ils sortis ? Ils ont partagé leurs expériences, mardi 4 décembre 2018 à l’Institut français de Douala.

Stupéfaction, peur, rire…l’histoire de Thérèse M. a suscité un tourbillon de sentiments chez le public, le 4 décembre à l’Institut français de Douala. Du haut de ses 25 ans, la jeune fille, à la peau d’ébène portée sous une robe noire décolletée, se confie avec un brun de timidité. Déjà toute petite, elle connaissait l’alcool. Elle en buvait comme un adulte. Et puis vint l’addiction. «Au collège je buvais énormément. Je n’avais pas de limite. Je buvais plus de deux casiers de bières par jour et quand je n’avais pas la bière, c’était le whisky. Je prenais vingt sachets par jour. J’ai été alcoolique durant huit ans», raconte notre survivante.

L’alcool la détruisait à petit feu. A l’école c’était les mauvaises notes. Des disputes, des bagarres, des vols en famille, pour se ravitailler. «J’hallucinais tellement au point où ma mère avait cru que j’étais devenue devineresse. Elle m’avait amenée au village pour qu’on prépare mon initiation.» Un jour, après une énième rixe, sa sœur ainée la conduit, de force, dans un centre de désintoxication. Elle y passe trois semaines. A sa sortie, elle fait une rechute de deux semaines. C’est alors qu’elle décide, toute seule cette fois, de reprendre le chemin du centre de désintoxication. Lire aussi :Tabagisme : L’industrie du tabac recrute chez les élèves

Après des années dans les nuages, Thérèse a pris conscience et a accepté de se faire aider. Elle et d’autres sont cités aujourd’hui en exemple. Comment ont-ils plongé dès l’enfance dans la drogue et l’alcoolisme ? Comment s’en sont-ils sortis ? Ils ont partagé leurs expériences, mardi 4 décembre 2018 à l’Institut français de Douala. «Au collège je buvais énormément. Je n’avais pas de limite. Je buvais plus de deux casiers de bières par jour et quand je n’avais pas la bière, c’était le whisky. Je prenais vingt sachets par jour. J’ai été alcoolique durant huit ans»

Les dégâts du tramadol.

Autre cas, autre drogue. Lenz a aujourd’hui 21 ans. A cet âge, il aurait pu avoir comme camarades des étudiants, mais le tramol a pris très vite le contrôle de sa vie. Il fait la classe de Première. L’essentiel c’est qu’il est saint désormais. Lenz revient de loin. «J’étais un grand consommateur de tramol», confie-t-il. C’est à l’internat qu’il plonge. «Le repas qu’on servait à l’internat était insignifiant par rapport à ce qu’on me servait à la maison. Ça ne me suffisait pas. J’entendais les camarades dire que le tramol coupe la faim. C’était là ma motivation.» Lenz se dopait à coup de médicaments. Plus d’une tablette de tramadol par jour, pendant cinq ans. Il était violent, inconstant. «Ma bouche s’était déformée. J’agissais à la lenteur d’une tortue, je parlais avec beaucoup de difficulté. Je n’arrivais plus à réfléchir. Je ne travaillais plus à l’école. Quand je me droguais, je planais, j’étais sans état d’âme, impassible.» De retour en famille à Yaoundé, les parents vont mettre bien du temps pour se rendre compte de l’instabilité de l’enfant. Après un passage à l’hôpital, une rechute, il est conduit dans un centre spécialisé : la fondation Kam-Siham.

« Le tramol sera bientôt la drogue la plus consommée au Cameroun »

Lenz et Thérèse ont été soignés dans cette fondation située au quartier Cité Sic à Douala. Kam-Siham était d’ailleurs au centre de cette rencontre de mardi. Les travaux portaient sur le thème «Jeunes et drogues au Cameroun». Psychologue, Dr Théodore Kommegne a présenté le résultat d’une étude de la fondation réalisée sur un échantillon de 349 garçons et 381 filles à travers le pays. Il ressort notamment que 6% des jeunes âgés de moins de 14 ans ont déjà fumé la cigarette ; 21% recherchent un soulagement, 23% fument par plaisir et 8% pour dépendance ; 19,7% ignorent les conséquences de la cigarette. Pour l’alcool, 9,6% en ont consommé avant 10 ans. Nonobstant ces effets sur sa santé et celle des proches, la cigarette est encore considérée comme une drogue licite. Cocaïne, thaï, cannabis, tramol…constituent les drogues illicites. 36,5% de jeunes ont avoué avoir déjà gouté à une drogue illicite. Lire aussi :Consommation du tabac… Confidences de quelques figures médiatiques

«L’abus de drogues et de toxicomanie est le nouveau cancer social dont il faut protéger la jeunesse. Le tramol sera bientôt la drogue la plus consommée au Cameroun, à la place du cannabis qui est la plus consommée dans le monde», martèle Dr T. Kommegne. Qui dénonce une absence totale de politique nationale pour la prévention des drogues et la prise en charge des victimes. Pis, «il n’y a qu’une dizaine de psychiatres au Cameroun et Douala n’en compte qu’un seul», regrette Dr Christian Eyoum, unique psychiatre dans la capitale économique. Le docteur qui exerce à l’hôpital Laquintinie souligne l’importance d’un tel spécialiste dans le traitement des victimes de drogues, qui, généralement souffrent d’hallucination, de démence, etc.

Valgadine TONGA

Quelques chiffres de l’enquête de Kam-Siham

13% de jeunes ont déjà été impliqués dans la violence à cause de la drogue

10% de jeunes ont déjà eu des problèmes avec les parents

6,5% ont déjà eu des problèmes avec les enseignants

10,7% estiment avoir eu un échec scolaire à cause de la drogue

4,5% ont déjà été impliqués dans un viol à cause de la drogue

11,7% ont déjà entretenu des rapports sexuels non protégés sous l’effet de la drogue

10,8% ont fumé par curiosité

3% ont fumé parce qu’on leur fait croire que ça résout les problèmes

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