Us et coutumes : La région du Sud anoblit Antoine Bisaga

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Le préfet du département de l’Océan a été élevé au titre de Grand Notable du Conseil régional des chefs traditionnels du Sud. La cérémonie a drainé du grand monde dans la salle de fête de la Communauté urbaine de Kribi, le samedi 17 novembre 2018.

Le préfet du département de l’Océan a été élevé au titre de Grand Notable du Conseil régional des chefs traditionnels du Sud. La cérémonie a drainé du grand monde dans la salle de fête de la Communauté urbaine de Kribi

Antoine Bisaga, fait Nyâa-moto Edjidjine.

«Nyâa-moto Edjidjine», c’est-à-dire, «vrai homme digne» en langue béti. C’est désormais sur cette appellation honorifique que l’administrateur civil principal Antoine Bisaga sera identifié dans la communauté des autorités traditionnelles du Cameroun. La salle de fêtes de la Communauté urbaine de Kribi s’est muée, le temps de la cérémonie d’anoblissement, en un temple. Tenues traditionnelles d’apparat, costumes pour d’autres, les convives sont sur leur 31, ce samedi 17 novembre 2018. Après des rites des lieux, les gardiens de la tradition peuvent s’installer. Les civils suivent. Au fond de la salle, une case faite notamment à base de lianes, de feuilles sèches de bananiers surmontées sur des planches. «Le préfet doit déjà être dans cette case», supputent certains. Seuls les initiés maîtrisent le jeu.

Le préfet du département de l’Océan a été élevé au titre de Grand Notable du Conseil régional des chefs traditionnels du Sud. La cérémonie a drainé du grand monde dans la salle de fête de la Communauté urbaine de Kribi

Les civilités évacuées, place à l’anoblissement du préfet. Devant les autorités traditionnelles, le parrain de l’élu du jour doit plaider la cause de son fils spirituel. Sa Majesté Owona Essomba, par ailleurs président du Conseil départemental des chefs traditionnels de l’Océan, se livre à l’exercice. Le verdict est positif. Tous les chefs traditionnels, plus d’une vingtaine, donnent leur aval. Le cercle des initiés peut alors entamer les rites de purification sur Antoine Bisaga, dans la petite case. Elles lui permettront de «mieux voir, mieux percevoir, mieux entendre», explique le président du Conseil régional, Sa Majesté René Désiré Effa.  Le Nyâa-moto Edjidjine sort de la case, vêtu de nouvelles tuniques. Une chemise aux motifs identitaires des peuples Ekang et Sawa. Preuve de la symbiose  des forces ancestrales de la forêt et de l’eau du département de l’Océan. L’homme, du haut de ses 57 ans peut donc prêter serment devant ses pairs. Qui le revêtent de ses toges de «la digne forêt équatoriale». Le Nyâa-moto Edjidjine n’est plus le fils du Sud ou de sa Sanaga Maritime natale. Il est le fils du Cameroun. Lire aussi :Antoine Bisaga : «Le problème du financement se pose»

Un homme aux grandes valeurs

Le préfet du département de l’Océan a été élevé au titre de Grand Notable du Conseil régional des chefs traditionnels du Sud. La cérémonie a drainé du grand monde dans la salle de fête de la Communauté urbaine de Kribi

Sa Majesté René Désiré Effa ne cache par sa joie. «Le titre de Grand Notable est très envié. Ailleurs, d’autres l’achètent. Mais ici, nous regardons la personne, son comportement, ses valeurs. Cet homme a des valeurs de plus en plus rares aujourd’hui». Côté valeurs, Antoine Bisaga fait l’unanimité, en témoignent les hautes personnalités diplomatiques, administratives, traditionnelles, et même la population venues de différentes régions. Les présidents des Conseils départementaux des chefs traditionnels du Nyong et So’o, du Nyong Ekellé, du Mbam et Inoubou, du Mbam et Kim… n’ont pas tari d’éloges. «Le Nyong et So’o a voulu vous anoblir quand vous y étiez préfet, mais vous étiez déjà dans le Sud. Vous le méritez. Vous avez fait preuve d’un extrême respect vis-à-vis des chefs traditionnels, de la population. Il est difficile de trouver des hommes comme vous qui travaillent pour les autres» martèle Sa Majesté Me Onana, président du Conseil départemental des chefs traditionnels du Nyong et So’o. Inspecteur général au ministère des Arts et de la Culture, dame Ngbwafore soutient, la voix pleine d’émotion : «C’est un gentlemen. C’est la première fois que je vois chez un préfet de son rang autant d’humilité et d’humanité. Les jeunes doivent prendre des notes sur cette cérémonie parce que nous sommes en train de perdre les valeurs que nos ancêtres nous ont léguées.» Antoine Bisaga, fait Nyâa-moto Edjidjine, devra poursuivre son combat  pour la revalorisation de la chefferie traditionnelle, et de la culture.

Valgadine TONGA, de retour de Kribi

Antoine Bisaga : «Nous devons recommencer à respecter nos sinon nous sommes voués à la perdition»

Le préfet du département de l’Océan a été élevé au titre de Grand Notable du Conseil régional des chefs traditionnels du Sud. La cérémonie a drainé du grand monde dans la salle de fête de la Communauté urbaine de Kribi

Antoine Bisaga.

Je suis convaincu que l’Afrique a de graves problèmes parce qu’elle n’a pas su se réconcilier avec elle-même. Il faut qu’elle cherche à reconnaître qui elle est vraiment, et c’est dans la culture qu’il faut chercher, pour se retrouver dans ce terrain compétitif où seul le génie africain permettra de retrouver les valeurs qui sont nôtres. Nous n’y croyons peut-être pas, mais il faut relire les travaux de Cheik Anta Diop et des autres. Aujourd’hui quand on en parle, on a les larmes aux yeux à la seule idée d’imaginer qu’il a pu exister dans ce grand continent, la plus grande civilisation. Lorsqu’aujourd’hui vous exaltez les grandeurs de Socrate et de Platon, nous aurions pu poursuivre Platon devant le tribunal pour plagiat en réalité. Platon comme Socrate ont passé près de 25 ans, à apprendre ce qu’ils ont exposé auprès des Noirs noirs. Ils ont juste publié ce qu’ils ont appris, parce que la civilisation africaine a quelques tares, c’est qu’elle ne sait pas se vulgariser.

Il faudrait que nous retournions dans cette culture. Nous devons recommencer à respecter nos chefs car si nous n’acceptons pas de leur donner leur place, nous sommes voués à la perdition. Ils sont les dépositaires de notre tradition et ils sont l’incarnation de ses spécificités. Nous n’avons pas le droit d’insulter un aîné quelque soit notre classe sociale. On a vu durant l’élection présidentielle des gens s’insulter sans aucune limite. Personne ne devrait insulter un homme comme le président Biya. Non pas parce qu’il est le président, mais surtout à cause de son âge. A ce titre, on utiliserait les mots plus souples pour le qualifier, et c’est ça l’Afrique. Qu’est ce qu’elle va proposer au monde si ce n’est sa culture? Les autres vont sur la lune ou sur mars, mais nous qu’est ce nous proposons si ce n’est notre culture ?

Réaction décryptée par V.T.

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