Christian Essame : «Si on a un écosystème Fintech fort, vous êtes sûrs de pouvoir capter de l’investissement»

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Fondateur de Kmr Start-Up Hub, (c’est un incubateur de start-up), l’équipe de Christian Essame est à l’origine de Douala Fintech Tour. Le forum des 6 et 7 novembre réunit au Gicam, start-up, assurances, banques…autour de la problématique, Fintech face aux défis de l’inclusion financière. Dans cette interview, Christian Essame explique ce concept assez nouveau au Cameroun, évalue l’apport de la Fintech pour la croissance économique du Cameroun…

Croissance économique du Cameroun, lutte contre le chômage... les start-up sont, selon Christian Essame, un vivrier inépuisable à prendre au sérieux. Dans cette interview, le fondateur de Kmr Start-up Hub fait un parallèle entre le discours de prestation de serment de Paul Biya et l’apport de la Fintech pour la croissance

Christian Essame.

C’est quoi la Fintech ?

La Fintech c’est la contraction entre deux termes : finance et technologie. La Fintech désigne les start-up innovantes qui utilisent la technologie pour réinventer les produits financiers, faciliter les transactions financières entre les personnes d’un pays, d’un continent. C’est un concept assez nouveau au Cameroun. Les plus anciens datent de trois à quatre ans. Les premières Fintech au Cameroun évoluent un peu en marge, parce qu’elles ne sont pas considérées par les banquiers. C’est maintenant qu’il y a un regain d’attention parce que la banque c’est rendu compte  qu’elle n’est pas agile pour répondre aux besoins de tous ses potentiels clients. La preuve, le taux de bancarisation est en dessous de 20%. Elle comprend qu’elle a intérêt à travailler avec les Fintech pour pouvoir toucher plus de monde et donc faire plus de chiffre d’affaires.

Quelles sont les autres difficultés auxquelles font face les start-up?

La régulation est un gros problème. Tout doit être encadré et de ce point de vue, on a besoin des orientations de la Beac, de la Gimac pour ne pas être hors-la-loi parce que dans Fintech il y a finance. C’est de l’argent qui circule. L’argent de la population en doit pas disparaître. Il doit avoir un suivi, donc on ne doit pas confier ce travail à des personnes qu’on ne connaît pas ou qu’on ne peut pas contrôler. On a besoin de régularisation. Pour le moment on évolue dans un terrain vierge. Il n’y a pas de grande contrainte. Mr Abela de la Beac a dit que d’ici décembre, si non janvier, on aura une régulation claire. Là on verra si elle est en faveur des Fintech. Mais ce que je peux déjà constater c’est que même dans cette consultation, on n’a pas invité les Fintech, juste les banques. Comme pour dire que la Fintech a été encore marginalisée à ce niveau.

Pour coller à l’actualité, le président Paul Biya a prêté serment hier -6 novembre- pour un nouveau septennat. Dans son discours, il a reconnu le problème économique, avec une balance on ne peut plus déficitaire. Quel peut être l’apport de la Fintech pour la croissance économique du Cameroun ?

En termes de ressources, le problème des jeunes c’est déjà l’emploi et la Fintech est vraiment un gros vivrier. Il y a un potentiel inépuisable. Si on doit doubler le chiffre du taux de bancarisation, il faut des ressources sur le terrain. Si on prend l’exemple du Sénégal où nous avons des équipes terrain, ce sont des jeunes qui vont dans ces coins reculés. Ce sont donc par ricochet des emplois que nous allons créer. La deuxième chose c’est que lorsqu’on parle de Fintech, on pense aux échanges entre pays, notamment les devises. Si on a un écosystème Fintech fort, vous êtes sûrs de pouvoir capter de l’investissement et c’est également des bons points à prendre pour la croissance de notre pays. Il est possible d’avoir des champions nationaux en, termes de Fintech. Si on a ces champions, on ne parlera plus seulement de Fintech localisées au Cameroun. On a le gros marché de la sous-région, on a le Nigéria. On pourra se projeter sur ces différents marchés et c’est le Cameroun qui sortira gagnant.

Croissance économique du Cameroun, lutte contre le chômage... les start-up sont, selon Christian Essame, un vivrier inépuisable à prendre au sérieux. Dans cette interview, le fondateur de Kmr Start-up Hub fait un parallèle entre le discours de prestation de serment de Paul Biya et  l’apport de la Fintech pour la croissance

Des panélistes du forum.

Vous croyez à la promesse du Chef de l’Etat d’offrir des emplois aux jeunes ?

Je ne suis pas dans la pensée du chef de l’Etat. Mon analyse personnelle, et je pense qu’il l’a dit dans d’autres discours est que l’Etat va créer les conditions, l’Etat va mettre les moyens… Son discours sur la génération androïde a duré moins d’une minute, mais il a changé tout au niveau des collectivités décentralisées. Au niveau des sous-préfectures, des mairies, des communautés urbaines, ils ont commencé à parler de jeunesse androïde, parce que le président a donné le ton. Donner le ton c’est déjà beaucoup pour nous. Maintenant nous sommes dans une logique participative. Nous allons contribuer à créer de la richesse. On ne doit plus seulement laisser cette responsabilité au Chef de l’Etat. S’il faut créer des emplois, on doit être capable de le faire. Évidemment, ils se chargeront de faire leur travail.

La monnaie électronique, la cryptomonnaie peuvent-elles constituer une solution pour embellir la balance économique camerounaise ?

Au Cameroun on découvre la blockchain, la cryptomonnaie. Il y a certaines cryptomonnaies camerounaises qui existent déjà mais sont un tout petit peu marginales. On connait beaucoup plus le Bitcoin. Le défi c’est de comprendre la technologie, la maîtriser et la mettre au service du Cameroun. Quand on aura maîtrisé la technologie, il y a des experts qui peuvent contribuer à sensibiliser la masse. Il y a des Camerounais parmi les plus grands experts de ce domaine, à ce forum. Notre démarche est de nous approprier cette technologie et d’aller à la conquête du monde.

Vu notre contexte social, la faible connectivité au réseau Internet, comment serait-il possible pour les start-upeurs de s’en sortir ?

Dans notre monde rien n’est jamais parfait. Il y a toujours de petits soucis mais ce que vous devez comprendre c’est qu’aujourd’hui on a près de 6millions de personnes connectées. C’est un marché en soit qu’on n’arrive pas encore à satisfaire. Si on se focalise sur les principales villes, on peut faire des choses. Maintenant la technologie évolue. Il y a un partenaire étranger qui est aujourd’hui capable de garantir des transactions sans connexion internet. Il est venu au Cameroun nous présenter cette solution. Il va former des jeunes incubateurs de Kmer Start-up Hub qui vont maîtriser cette solution. C’est important. Les Fintech vont toujours dans le sens de la résolution des problèmes c’est la raison pour laquelle les Fintech sont plus réduites en termes d’équipes, et plus agiles et elles trouvent rapidement des solutions.

Entretien avec Valgadine TONGA

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