Malaise : le tableau noir des «saigneurs» de la craie

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Entre misère rampante, isolement et abandon dans des zones enclavées, absence de salaires, mouvements de revendications, mésestime par l’Etat qui surfe entre accalmies précaires et fragiles, le métier d’enseignant enclin à une régression dans l’échelle sociale est devenu plus qu’un sacerdoce pour tous ceux qui ont le malheur d’en faire carrière.

La grève à l’échelle nationale, lancée par le Syndicat des instituteurs contractuels n’est pas observée par tous les enseignants.

Améliorer la situation de l’enseignant.

C’est une profession qui ne séduit plus. Faire carrière dans l’enseignement au Cameroun ne fait plus courir comme c’était le cas il y a quinze voire vingt ans. Ceux des passionnés qui, après avoir épuisé trois ans (niveau bac) ou cinq ans (niveau Licence) dans une des écoles normales du pays, espèrent un saut vers l’amélioration des conditions de vie corolaire, d’une intégration dans la très convoitée Fonction publique camerounaise, sont vite rattrapés par la réalité. Affectés dans des coins enclavés pour la plupart, ils ont toutes les peines du monde pour percevoir les frais de relève, une somme d’argent calculée en fonction de la distance entre le lieu de formation et le lieu d’affectation, et remise à l’enseignant pour lui permettre de rejoindre son poste d’affectation.

La vérité sur le terrain est à dix mille lieux  du principe. Les délégués régionaux des enseignements secondaires, qui depuis quelques années sont chargés du paiement de ces sommes, ne sont généralement pas pressés de les verser aux intéressés. Donc, il faut attendre. Attendre que le délégué veuille bien signer les documents nécessaires au payement des fameux frais. Généralement, découragés d’attendre tous les jours devant la délégation, les enseignants se résolvent à rejoindre leurs postes à leurs propres frais. Mais le plus dur reste à venir, car si les listes d’affectations sont généralement disponibles en ligne dès le jour de la sortie de l’école, la prise en charge, quant à elle, reste une donnée floue. Il faut attendre, encore, en moyenne deux ans pour que le dossier d’intégration suive son cours, tout en espérant qu’il ne disparaisse pas dans les bureaux poussiéreux du ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative (Minfopra), auquel cas il faudra reconstituer le dossier en entier et recommencer le processus à zéro.

Le calvaire de l’avance solde

Puis, il faut attendre, attendre, attendre. Mais pire, il faut travailler en attendant. Il faut être au poste, se vêtir convenablement, se nourrir, se loger, et avoir un rendement satisfaisant. Tout ça, le ventre et les poches vides. Au quartier, on vous dira, « Oui, mais après ton rappel sera plus consistant ». La bonne excuse ! Et en attendant, les bailleurs laisseront-ils ces enseignants vivre dans leurs maisons pour rien ? Les taximen les transporteront-ils à crédit ? Les bayam-sellam (revendeuses de denrées alimentaires) leur donneront-ils des vivres pour leurs beaux yeux ? Ceux qui sont dont las d’attendre et qui veulent booster l’évolution de leurs dossiers doivent laisser quelques billets…

En réalité, pour s’en sortir en tant qu’enseignant au Cameroun, il ne suffit pas d’être patient. L’avance de solde comme on l’appelle communément, censée régler le problème de la longue attende due au traitement des dossiers d’intégration, met elle aussi 2, 3, 4 ans ou plus avant d’être payée. Mais pire, pour l’avoir il faut passer par des réseaux de corruption. Sinon, même après 5 ans le dossier sera toujours en cours de traitement. Ensuite, pour recevoir la totalité du salaire, c’est un autre dossier et d’autres billets distribués, d’autres pourcentages cédés. En attendant, les plus chanceux continuent à recevoir de l’argent de leurs parents, d’autres se débrouillent comme ils peuvent avec les cours de vacation ou de répétition. Bien triste !

Daniel NDING

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