Présidentielle 2018 : panique à bord du bateau gouvernemental

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Depuis lundi 8 octobre 2018, au lendemain de l’élection présidentielle camerounaise, le pouvoir de Yaoundé est dans tous ses états, suite à la déclaration de Maurice Kamto lundi en fin d’après-midi, dans laquelle il s’est déclaré vainqueur de l’élection du 7 octobre 2018. Le candidat Kamto n’est pas seulement accusé d’avoir agi comme un hors la loi, mais il lui est aussi attribué un appel à l’insurrection.

Le président national du Mrc soutient qu'il est favorable à une coalition gagnante des forces politiques représentatives du champ politique

Maurice Kamto.

Cet après-midi de lundi en effet, la surprise créée par le candidat Maurice Kamto, confirmait ce que les Camerounais pensaient depuis le 9 juillet dernier date de la convocation du corps électoral, que cette élection sera particulière. Elle a été non seulement ponctuée par des campagnes exaltantes, un engouement particulier, mais voilà qu’au lendemain du scrutin un candidat convoquait les médias pour une conférence de presse. Et comme si cela ne suffisait pas, devant la presse nationale et internationale, Maurice Kamto a créé l’onde de choc, en ces termes et je cite : « J’ai reçu mission de tirer le penalty historique. Je l’ai tiré, le but a été marqué. Je prends à témoin l’opinion nationale et internationale de l’événement historique qui a rendu possible dans notre pays une alternance démocratique, Nous sommes profondément attachés à la paix, et n’avons cessé de le clamer, j’ai reçu du peuple camerounais un mandat clair que j’entends défendre fermement jusqu’au bout. »
Affront
C’était de l’inédit dans l’histoire du Cameroun, pour la première fois le pouvoir de Yaoundé s’est senti menacé jusque devant sa porte. Pour la première fois, un candidat à l’élection présidentielle déclarait publiquement, en plein cœur de Yaoundé, qu’il avait remporté l’élection, et invitait le président en place à céder le pouvoir. Depuis l’avènement du multipartisme au Cameroun en effet, l’opposition au pouvoir de Yaoundé s’était souvent exprimée de manière aussi violente mais à des centaines de kilomètres de la capitale. Le lancement du parti Sdf de John Fru Ndi le 26 mai 1990 s’était fait à Bamenda, à plus de 400 Km de Yaoundé, les villes mortes de 1991 étaient plus visibles à Douala, à 250 km de la capitale, à Bafoussam, Mbouda, Bamenda et Buéa par exemple, et pendant que toutes ces villes étouffaient, Yaoundé vivait dans une relative quiétude. La capitale était considérée comme le bastion imprenable du pouvoir, et le président Paul Biya avait confirmé cela par l’un de ses citations célèbres, « quand Yaoundé respire, le Cameroun vit. »
Fin des certitudes
Cela était vrai jusqu’à lundi dernier. Maurice Kamto a coupé le souffle des membres du gouvernement à Yaoundé, et a créé une panique générale au sein des troupes, où les certitudes ont été subitement mises en doute. L’agitation était générale et s’est manifesté dans tous les segments qui constituent le socle du régime. D’abord, le parti au pouvoir a convoqué une conférence de presse à la hâte, présidée par le secrétaire général Jean Nkueté, avec autour de la table des membres du gouvernement. Chacun y est allé de ses mots pour rappeler les termes de la loi en matière de proclamation des résultats de l’élection présidentielle, Des qualificatifs les plus recherchés ont été trouvés pour décrire l’attitude de Maurice Kamto, présenté comme un « surréaliste, extra-terrestre, avec des propos loufoques et complètement fantaisistes. »
Ensuite les média internationaux et nationaux ont été mis à contribution pour la contre-offensive. Au micro de radio France internationale, Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et secrétaire à la communication du Rdpc, a déclaré: « Il s’agit d’une allégation narcissique qui relève de la fantasmagorie. Elle n’a aucun fondement juridique, politique ou sociologique. Elle est donc nulle et de nul effet …marquer le pénalty n’est pas gagner le match.» Sur les antennes de France 24, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary n’était pas moins virulent. Au niveau local, la télévision nationale a également dû sortir le grand jeu. On a eu droit à l’une des éditions du journal du soir la plus longue de l’histoire de la Crtv, au cours de laquelle les éditorialistes et autres sont passés sur le plateau pour décrire l’attitude du candidat Kamto, traité de tous les noms d’oiseau. La panique et la précipitation étaient telles que même le nom d’un gouverneur de région a été mal écrit en synté. Comme il fallait s’y attendre, ces propos ont été repris en écho par la presse pro-gouvernementale, et Bien entendu, dans tout cela le candidat Biya Bi Mvondo Paul Barthélemy lui-même n’a pas réagi. Lui on le connait, il ne « commente pas les commentaires. »
Quoi qu’il en soit, la société camerounaise est désormais profondément transformée avec les élections de 2018, et les choses semblent aller vite. La sortie de Maurice Kamto, au-delà des débats juridiques qu’elle suscite, indique bien que les choses ne seront plus les mêmes. Un grand coup de pied a été donné dans la fourmilière où tout semble aller dans tous les sens. Les certitudes sont désormais remises en cause, la panique est à bord du bateau gouvernemental où on fait feu de tout bois pour garder la sérénité. Une sérénité qui semble être intacte dans l’entourage du candidat Kamto qui a réitérer au lendemain de cette sortie, dans les colonnes du journal français libération, qu’il avait « la certitude d’une victoire incontestable. »

Roland TSAPI

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