Présidentielle camerounaise : le viol de la loi

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A peine l’élection pour la magistrature suprême s’est achevée, dimanche 7 octobre, que des candidats et militants se disputent déjà la victoire. Et appellent à la révolte.

La campagne électorale est encore loin, mais les batailles politiques entre partis font déjà leur chemin sur le terrain, mettant en cause une fois de plus l’incapacité des Camerounais

Maurice Kamto

Cabral Libii, candidat du parti Univers a ouvert le bal. Le leader charismatique du mouvement ‘‘11millions d’inscrits’’ n’a pas attendu la fin du scrutin du 7 octobre pour faire une déclaration. A travers une vidéo faite aux environs de 14h, le prétendant au fauteuil présidentiel a adopté un air plus que sérieux, pour dire au monde entier sa victoire sur les sept autres candidats en lice.

La pièce s’est poursuivie ce lundi 8 octobre à Yaoundé, cette fois par un nouvel acteur. Maurice Kamto, candidat et président du Mrc a tenu une conférence de presse à Yaoundé. L’avocat qui maîtrise la loi camerounaise au bout des doigts, -surtout qu’il a été ministre délégué à la Justice- est passé outre toute forme de procédure. Et s’est autoproclamé vainqueur. «J’ai reçu pour mission de tirer le penalty historique. Je l’ai tiré, le but a été marqué.» S’il y a eu un arbitre pendant cette rencontre, le candidat n’a visiblement cure de son verdict. Maurice Kamto se veut plus que menaçant d’ailleurs. «J’ai reçu du peuple camerounais un mandat clair que j’entends défendre jusqu’au bout. J’exhorte le président sortant à œuvrer pour une transition paisible afin de mettre le Cameroun à l’abri d’une crise post-électorale.» Il s’agirait donc de reproduire l’expérience meurtrière ivoirienne de 2010, au péril unique et inique des dégâts collatéraux que seront les pauvres Camerounais. Paul Eric Kingue qui s’est allié au Mrc annonçait déjà les couleurs, bien avant même l’élection.  L’ancien maire de Njombe-Penja avait soutenu devant la presse qu’ils n’accepteront pas les résultats des urnes, si ce n’est pas en leur faveur.

Ce même lundi à Yaoundé, les observateurs de Transparency International donnaient une conférence de presse, pour livrer leur aperçu général du scrutin sur l’ensemble du territoire. «J’ai trouvé la manière de faire très pédagogique, un embryon de démocratie. Les présidents des bureaux de vote ont invité les scrutateurs, les ont enregistrés dans les règles de l’art. Avant de commencer toute chose, ils ont scellé les urnes, ils ont tout fait dans les règles de l’art. A aucun moment ils ont laissé un espace au doute. Ça s’est vraiment passé de manière très démocratique…Je ne pense vraiment pas qu’il y ait eu des jeux de cartes», ont-ils affirmé. Il est donc question d’attendre les résultats des urnes, censés tomber entre le 15 et le 22 octobre. Pour l’heure, les procès verbaux rassemblés par les chefs d’antenne d’Elecam doivent être transmis à la commission départementale de supervision, puis à la commission nationale de recensement général des votes. Elle se chargera de transmettre son procès verbal au Conseil constitutionnel, seule instance habilitée à proclamer les résultats définitifs.

Comment comprendre cette violation des institutions d’un pays, qu’on veut pourtant diriger ? Le candidat Garga Haman Adji a pour sa part appelé ses rivaux à la retenue. «Il y a des gens qui sont tellement pressés de devenir président de la République, ils constatent qu’ils ne peuvent pas le devenir, alors ils prennent les devants en s’autoproclament président de la République. Si c’était aussi facile, il y aurait autant de présidents de la République que de Camerounais, c’est-à-dire que nous aurions eu 22millions de républiques. Qu’on soit un peu sérieux. Quand on se permet même d’oser devenir candidat à la présidence, ça veut dire qu’on est présumé être sérieux. Moi c’est la troisième fois que j’y vais et je reste toujours dans la légalité la plus complète. Il ne s’agit pas de montrer les gros bras et dire qu’on est le président non pas de la République, mais des réseaux sociaux. C’est ridicule. Notre pays a besoin de la tranquillité», a-t-il déclaré sur les antennes de la Crtv radio. Tout n’est pas dit dans cette affaire. Dans les prochains jours, d’autres acteurs monteront  certainement à leur tour sur scène. Pour quelle partition ? Attendons de voir.

Valgadine TONGA

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