Drame : Une femme périt dans un violent incendie à Douala

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Si l’origine des vives explosions meurtrières au quartier Bessengue reste inconnue, les rescapés accusent l’entreprise Camrail.

Douala, lieu-dit Nouvelle route Bessengue. Sous le soleil ardent de la fin de matinée de ce vendredi 5 octobre 2018, des chauffeurs de moto devisent, la mine triste. Près d’eux, trois jeunes filles, les mains qui sur la tête, qui à la joue, jettent un regard vide sur les passants. Devant elles, une grosse valise posée à même le sol. Une forte odeur de roussi à l’essence, comprime l’air ambiant. Les commentaires ici n’expriment pas à suffisance la violente de l’incendie qui a dévasté des habitations de ce quartier, dans la nuit de jeudi, 4 octobre. Les maisons en majorité bâties en matériaux provisoires ont laissé place à un tas de décombres. Le choc est à l’extrême. Devant notre dictaphone, certaines victimes fondent en larmes.

Lucienne Kawa, 53 ans a été brûlée vive dans les flammes en furie. Si l’origine des vives explosions meurtrières au quartier Bessengue reste inconnue, les rescapés accusent l’entreprise Camrail.

Des habitations parties en fumée.

«J’étais au restaurant à 22h35. On a commencé à humer une forte odeur de carburant. Cette odeur qui était d’ailleurs de plus en plus persistante aux environs de 19h devenait suffocante. Le gérant du restaurant n’a pas fini de nous demander si nous ne sentons pas cette odeur, qu’une forte explosion s’est faite entendre. C’était chez le voisin. Le feu est allé à une telle hauteur, comme s’il allait toucher le ciel. C’était la grosse panique. On se marchait dessus. Je ne savais pas où aller, dans quel sens courir. On était encerclé par les flammes. Le feu ne te laissait pas une minute de réflexion. C’était sauve qui peut», se rappelle encore, toute émue Rose.

Les explosions se sont multipliées. Il y en a eu trois, selon certains. C’était comme des «tirs de missiles. Ça explosait de partout. Mes enfants dormaient, j’ai juste pu les porter pour fuir. L’épouse de mon frère qui est presque à terme, prenait sa douche quand une autre explosion a détonné, avec une immense flamme. Elle a pris la fuite toute nue», se rappelle Richard Nkuete. Ses deux frères, trois enfants, sa belle-sœur et lui occupaient un studio depuis huit ans. Tout est parti en fumée.  «Nous avons tout perdu, absolument tout. La layette de ma belle-sœur est partie en fumée, et elle accouche dans quelques jours. Tout ce que nous avons retiré c’est les vêtements que nous avons sur nous. Tout est à refaire. C’est l’intervention divine qui nous a sauvés, même comme j’ai ma nièce qui est toujours au bloc à l’hôpital Général», souligne le rescapé. Malheureusement, Lucienne Kawa, 53 ans, n’a pas bénéficié de cette grâce. Le jeune Christian était un voisin. «Quand l’explosion s’est déclenchée derrière la maison de la maman, on a essayé de se frayer un chemin pour fuir mais Laetitia criait à l’aide pour sa mère, restée dans la maison. Nous –les jeunes du quartier, Ndlr– avons voulu enfoncer la porte pour la sauver, mais la bouteille de gaz  a explosé chez elle, embrasant toute la maison. On n’a tout fait pour la sauver, mais en vain.» Elle a été calcinée. Sa fille est sous soins intensifs à Laquintinie.

Lucienne Kawa, 53 ans a été brûlée vive dans les flammes en furie. Si l’origine des vives explosions meurtrières au quartier Bessengue reste inconnue, les rescapés accusent l’entreprise Camrail.

Ici vivait Lucienne Kawa.

Le feu a été maitrisé à minuit passé, suite à une intervention musclée des sapeurs pompiers de l’aéroport, le Groupement des sapeurs pompiers de Ngodi et ceux de Camrail. Richard Nkuete avoue que les constructions en matériaux provisoires, la promiscuité  ont facilité l’embrasement. Le gouverneur de la région du Littoral et son état-major sont arrivés sur les lieux durant la nuit.

Qu’est-ce qui est à l’origine de ce drame ? Là est la question. Ici, tous les riverains s’accordent à incriminer Camrail. «C’est la faute de Bolloré. Les canalisations de son entreprise Camrail sont installées sous nos maisons. Ce sont les déchets d’essence de la Scdp (Société camerounaise des dépôts pétroliers, Ndlr) que Camrail charge dans les trains qui ont causé cet incendie.» L’emprise de Camrail est séparée des habitations par un mur en béton. Pour les riverains, le danger plane toujours. «Avant l’explosion, l’odeur de l’essence flottait dans l’air. On n’arrivait plus à respirer, et c’est le cas depuis dimanche passé. Même à présent elle persiste. Un autre incendie peut surgir à tout moment», craignent-il. L’enquête policière est en cours. En attendant, c’est le désarroi sur les lieux. Les victimes sont dorénavant sans abris, démunies, affamées, déboussolées, les regards tournés vers l’Etat.

Valgadine TONGA

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