Présidentielle camerounaise : Sortir du double langage ou servir de faire valoir (2)

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Message  aux candidats de l’opposition,

Par Jean Baptise SIPA

Chercher l’alternance ensemble

L’idée d’une synergie d’action des candidats de l’opposition dans le contexte d’une élection présidentielle à un tour, dans un pays où le tenant du pouvoir est candidat à sa succession

Jean Baptiste Sipa.

Le suffrage électoral universel est le moyen par lequel, faute de démocratie directe, le peuple transfère son pouvoir à un individu, ou un groupe d’individus, à l’effet de promouvoir le bien-être de la nation. C’est par ce simple transfert sur la base d’une offre politique, à une personne (ou à plusieurs) supposée capable de mettre en œuvre son offre au profit de la communauté, que l’on justifie la définition donnée à la démocratie, à savoir : le « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ».

Une échéance électorale est donc le moment où le peuple décide d’un changement de gouvernance par l’alternance du régime gouvernant désormais ressenti comme inefficace et insatisfaisant, ou de son maintien (par la reconduction des élus) si le régime est ressenti comme bon ou simplement perfectible.

Ce sera le cas au Cameroun en 2018, mais seulement pour l’élection présidentielle, les législatives et municipales ayant été reportées en 2019. Le principe de gouvernement du peuple par le peuple voudrait donc que le 7 octobre prochain, près de 6 millions d’électeurs aillent aux urnes pour décider d’une alternance au régime de M. Biya, s’il est ressenti comme insatisfaisant, ou de son maintien s’ils l’estiment bon ou perfectible.

Dans ce contexte, l’enjeu est la conquête de la Présidence de la République, c’est-à-dire la prise de pouvoir par le sommet. Ce qui n’est pas à la portée de qui veut, mais seulement de qui peut, tant il est vrai qu’il s’agit pour l’électorat de choisir, non pas un parti politique, mais un homme, qu’il soit investi par un parti politique ou par 300 notables sociopolitiques.

Dans un contexte de démocratie authentique, le scrutin eut été différé en raison de la crise dite « anglophone », le cas de figure étant bel et bien prévu par le Code électoral en cas de « grave  crise». Le Président de la République a néanmoins estimé qu’il n’y avait pas de crise, et a convoqué le corps électoral pour le 7 octobre prochain. Candidat à sa propre succession, il aura en face pour la circonstance, et dans une concurrence totalement inégale, une brochette de 8 opposants de fortunes diverses.

Comme le veut une tradition tropicale de la démocratie – d’aucuns appellent cela « démocratie totalitaire »« on n’organise pas une élection pour la perdre » – le Président-candidat a mis toutes les chances de son côté, grâce aux moyens de l’Etat, pour que ses adversaires ne puissent pas lui reprendre le pouvoir. Il sait par ailleurs que moins il y aura d’électeurs dans les urnes, plus sa victoire sera facile à organiser. D’où par exemple le fait qu’entre 2013 et 2018 (5 ans !), ELECAM n’ait apparemment pas réussi à inscrire 1,5 millions de personnes sur les listes électorales, malgré les efforts de mobilisation déployés par les partis politiques, les OSC et leaders sociaux. C’est comme si l’enregistreur de leur logiciel d’inscription était troué, et produisait des fuites !

Or, non seulement les 6 millions d’électeurs inscrits à ce jour ne représentent que le tiers de l’électorat potentiel du pays, mais plus ou moins 3,5 millions  seulement de ces inscrits  -comme d’habitude- se rendront aux urnes. Si ces conditions s’avéraient, la masse critique d’électeurs pour dégager un ou deux concurrents plus forts que le Président-candidat ferait grand défaut, et ce dernier – comme d’habitude – vaincra sans péril…

Le rapport de forces peut-il basculer le 7 octobre 2018 au détriment du Président-candidat ? Il faudrait pour cela que la majorité des inscrits se rende aux urnes et vote pour l’opposition, puisque son abstention coutumière indique son désaccord avec le pouvoir.

Bien qu’en 2018 cet électorat favorable à l’opposition soit relativement satisfait par la qualité de l’offre politique de ses candidats, elle semble d’accord avec le régime au pouvoir sur une chose : s’opposer à M. Biya en ordre solitaire, c’est consacrer la victoire de ce dernier. C’est bien ce qui est régulièrement arrivé ces 26 dernières années.

Eu égard à  cette expérience, les électeurs croient avoir de bonnes raisons de proposer aux 8 concurrents de M. Biya, une stratégie présumée gagnante, consistant en  la recherche entre eux, d’un candidat consensuel pour un mandat de transition.

Il est certain que quelques-uns y vont simplement à la recherche d’un gain financier, ou alors pour rechercher la 2ème place derrière Paul Biya. Mais, il n’est pas exclu qu’il y en est pour accepter de siéger dans un Conseil de transition comme le leur conseillent notamment la Coalition citoyenne pour le Cameroun (COACIC) et le réseau Dynamique citoyenne(1); Conseil de transition qui, a minima, leur permettrait de mutualiser leurs moyens pour avoir des représentants dans les quelques 35 000 bureaux de votes créés par ELECAM. Sans compter les perspectives stratégiques pour les élections de proximité de 2019. Mais, pourquoi un candidat qui a investi 30 millions de francs de caution, et qui va recevoir une cagnotte de campagne électorale, y renoncerait-il au profit de quelqu’un d’autre, pour perdre en plus l’opportunité de mesurer ce qu’il pèse dans l’espace politique du  Cameroun ?

Le peuple camerounais dit ne renoncer à son abstention coutumière que si l’opposition lui donne un candidat consensuel. Mais nous savons bien que le prix à payer d’un tel consensus, c’est le renoncement de chaque candidat  à son ambition propre. Si on admet que l’ambition de chacun est de prendre le pouvoir pour apporter au pays la meilleure alternance de gouvernance, pourquoi le candidat ne peut- il avoir la patience de contribuer à la création préalable des conditions donnant à tous les mêmes chances d’avoir et de réaliser l’ambition de gouverner ? C’est de cette création préalable des conditions idoines à l’accès au pouvoir qu’il s’agit, le régime en place ayant mis fin à l’égalité des chances depuis son avènement il y a 36 ans.

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