Campagne électorale : Cabral Libii et la renaissance du paradigme du « Biya must go »

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« Paul Biya doit partir Cabral Président. Paul Biya doit partir Cabral Président ». C’est la rengaine qu’ont entonné de milliers de curieux, militants et de sympathisants du parti Univers cet après-midi du dimanche 23 septembre, au stade Cicam à Douala. Les mouvements de masse, de foule, d’agrégat et, a fortiori, de groupe que nous avons observés et photographiés témoignent, sans conteste, du capital de sympathie que le peuple de la capitale économique, sans distinction de sexe, d’ethnie, de religion et de classe, a entretenu ce jour. Tel que la foule compacte s’est massée et solidifiée autant à l’intérieur du stade Cicam qu’à l’extérieur traduit la naissance d’un neo phénomène. Cabral Libii Li Ngué a insufflé un nouveau vent, voire une nouvelle bourrasque de changement de l’idéal de pensée, de la vision idéologique de la marche des affaires de la République.

Autour d’une table-ronde avec les forces vives de l’opposition, près de 80 jeunes ont cuisiné les candidats au fauteuil présidentiel, sur leurs projets de société.

Cabral Libii Li Ngue Ngue

En comparaison de ce qui s’était déroulé au début des années 90 et, singulièrement, en 1992 lors des années de braise, nous avons cru, ce jour, à la mise en scène du scenario de la lutte pour le retour au multipartisme vécu par plus d’un durant la période des villes mortes. Nous nous souvenons que lorsqu’il avait été question d’impulser un mouvement de changement de la donne monolithique pour franchir le cap du pluralisme politique, des figures emblématiques avaient travaillé à opérationnaliser un mouvement de revendication en dépit des signes de contestation qui provenaient des meubles du régime en place. Me Yondo Black Madengue, Ni John Fru Ndi, Samuel Eboua, Djeukam Tchameni, Mboua Massock, Hilaire Kamga, Célestin Bedzigui, Victorin Hameni Bieleu, Henriette Ekwe, Anicet Ekane, entre autres, avaient donc diligenté un courant de pensée, lors des villes mortes, lequel avait abouti, in extremis, à l’avènement d’une nouvelle ère liée à la consécration du multipartisme. C’est ainsi qu’était né le phénomène de la démocratisation et de la libéralisation de la vie politique consécutif à l’émergence des formes de libertés individuelle et collective. L’ère du monolithisme avait donc été mise sous le boisseau au profit de la mouvance pluraliste ou multipartiste.

Certes, Me Yondo Black et Cie avaient conceptualisé le paradigme du « Biya must go », mais malencontreusement, ce courant idéologique n’avait pas eu, au demeurant, un écho favorable tant Paul Biya reste et demeure, jusqu’à présent, au pouvoir. C’est, d’ailleurs, à cause de l’échec des stratégies politiques pensées par ces figures de la contestation des années 90 que le peuple, deux décennies plus tard, a succombé au fatalisme, au pessimisme et, par corollaire, au négativisme. D’où la naissance d’un courant camerouno-pessimiste ayant structuré, dans les schèmes de pensée, la dynamique de désaffection des jeunesses du pouvoir pour la politique, mieux pour la politique politicienne. Maintenant qu’une nouvelle génération juvénile, sous la férule de Cabral Libii, exprime le voeu de conquérir le pouvoir, il naît, par effet mimétique, une solidarité machinale, voire une solidarité mécanique au sens durkheimien, laquelle est caractérisée par l’accréditation de la renaissance du paradigme du « Biya doit partir ». En réalité, cette masse indifférenciée de jeunes et d’adultes, qui a exalté, exige la mutation d’un homme à la tête de l’Etat. C’est pourquoi tous scandaient: « Paul Biya doit partir Cabral Président ». Cette rengaine a été fredonnée avant, pendant et après le méga meeting de Cabral Libii, lequel a drainé un pourcentage indénombrable de personnes et de personnalités. A la fin de cet événement, le jeune leader politique a été porté en triomphe et accompagné jusqu’à un carrefour de Bepanda, où la foule compacte s’est disloquée puisque toutes les catégories sociales ne sauraient, bien entendu, aller au même rythme. Mais, cette image a, quelque peu, ressemblé à la marche funéraire qui s’était produite il y a quelques années lors des obsèques de feu Charles Ateba Eyené. Sauf qu’ici, la marche a été éphémère.

Somme toute, il est aisé de constater que des Camerounais ont, réellement, besoin d’un nouvel homme au frontispice du pouvoir. Des concitoyens groupés comme un seul homme veulent le changement d’un système plombé par les dysfonctionnements qui sont légion: corruption; prévarication; mal gouvernance; népotisme; favoristisme; sectarisme; tribalisme d’Etat; faux et usage de faux; etc. A cause de cet état de choses, Cabral Libii pense que ceux qui nous dirigent ne nous aiment pas. Malgré tout, le coordonnateur du mouvement « 11 millions de citoyens » clame: « Je suis venu vous porter le message de l’espoir ». Toute expression qui s’inscrit, d’ailleurs, dans son slogan de campagne: « Cabral Libii l’espoir de tout un peuple« . C’est justement ce peuple qui s’est rassemblé pour l’exhorter à ne pas baisser la garde. D’ores et déjà, poursuit l’homme politique, la responsabilité incombe à la masse d’individus qui l’adule. « Maintenant, ça dépend de vous! Voici le bulletin de vote! » Mais, ce n’est pas tout, lance le leader qui maîtrise bien les formes de tripatouillages de suffrages qui peuvent être l’oeuvre des manipulateurs des voix de l’électorat. « Nous allons faire ce que John Fru Ndi avait fait en 1992. Constituez-vous en volontaires pour contrôler les bureaux de vote! Ce sont des voleurs ». « Il ne reste donc qu’au peuple de s’engager tant un nouveau jour s’est levé. Rien ne sera plus comme avant« , conclut Cabral Libii Li Ngué.

Serge Aimé BIKOI

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