Rentrée scolaire : haute saison d’arnaque des parents

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Cette année 2018, les parents ont soufflé grâce à quelques mesures salutaires du gouvernement, mais ils sont vite rattrapés par l’arnaque systématique des promoteurs des établissements privés.

A côté des mesures salutaires du gouvernement, les habitudes d’arnaque et d’enrichissement ont encore la peau dure dans les établissements. Publics comme privé.

Des élèves en cours.

Les élèves reprennent le chemin de l’école ce 03 septembre pour l’année scolaire 2018 /2019, dans un contexte où les sentiments des populations vont de la joie à la peine, avec un mélange d’inquiétude pour les zones encore secouées par la crise sécuritaire. Tout cela ponctué par l’assurance donnée par le gouvernement que tout ira bien pour le reste. Et en l’absence d’autres solutions on est bien obligé de la croire. Surtout que cette rentrée scolaire, le gouvernement l’a voulu différente et l’a bien prouvée depuis 2017 avec la circulaire du 23 novembre 2017 portant principes régissant la filière du livre et du manuel scolaire, qui réinstituait le livre unique à l’école.

Les mesures salutaires du gouvernement

Philémon Yang précisait que « la durée de validité du livre ou du manuel scolaire est de 6 ans. Dans le respect des spécificités de chaque sous système éducatif, toute discipline inscrite au programme officiel doit être dispensée sur toute l’étendue du territoire national au moyen d’un seul manuel scolaire pour chaque matière. Par ailleurs, les pouvoirs publics doivent promouvoir la lecture et l’utilisation du livre et du manuel scolaire en veillant non  seulement à impliquer les collectivités territoriales décentralisées, à travers les bibliothèques municipales, mais aussi à favoriser la digitalisation desdits outils didactiques à travers les bibliothèques numériques.» D’après les termes de cette circulaire, ces livres inscrites au programme devraient donc être disponibles dans les bibliothèques que les maries sont supposées avoir pour consultation gratuite par les élèves, qui doivent aussi pouvoir le lire sur internet. Le Premier ministre était même allé plus loin en indiquant que dans les écoles publiques du pays, les élèves doivent recevoir gratuitement 5 livres, dont celui du français, de l’anglais, de l’éducation à la citoyenneté, des mathématiques et de l’informatique.

Deux mois avant cette rentrée aussi, la liste de ces livres a été rendue publique, avec des prix correspondants. Et c’est avec bonheur que des parents d’élèves ont appris que tout le manuel scolaire pour la maternelle n’allait pas au-delà de 6 000 Fcfa, et qu’avec 15 000 on pouvait acheter tous les livres d’un élève à l’école primaire. L’un des problèmes que le gouvernement a subtilement réglé cette année, c’est celui des frais  d’association des parents d’élèves et des enseignants Apee, que les dirigeants des établissements imposaient comme condition avant d’inscrire son enfant. Cette fois les frais exigibles se payent par voie de transfert dans un compte, ce qui inscrit automatiquement l’élève.

L’habitude de l’arnaque a la peau dure

Mais à côté de ces mesures salutaires du gouvernement, les habitudes d’arnaque et d’enrichissement ont encore la peau dure dans les établissements. Publics comme privé. Au privé surtout la pratique des frais de scolarité exorbitants se perpétue. Dans un quartier périphérique comme Bangué dans l’arrondissement de Douala 5eme, dans une zone difficilement accessible, un groupe scolaire pratique des frais de scolarité à hauteur de 135 000 pour la maternelle et jusqu’à 230 000 pour certaines classes du collège, juste pour apprendre la littérature ou la mathématique aux enfants.

« La durée de validité du livre ou du manuel scolaire est de six (06) ans. Dans le respect des spécificités de chaque sous-système éducatif, toute discipline

On aurait encore compris que les prix soient si élevés dans un établissement qui offre l’enseignement technique. On comprendrait qu’en payant cette somme pour un enfant qui apprend la mécanique ou la menuiserie au niveau terminal, c’est un investissement sur un enfant qui peut être opérationnel à la fin de l’année. Que non. De plus ces frais de scolarité connaissent des hausses violentes d’années en années, avec des augmentations de 30000 francs d’un coup. Tout cela avec la bénédiction des responsables gouvernementaux, car ne dit mot consent. Comme si cela ne suffisait pas, la vente des fournitures dans les établissements : tenue de sport, matériel de la maternelle, tenue de classe, se pratique à ciel ouvert, faisant ainsi concurrence aux couturières qui se battent dans les marchés pour survivre. Non content d’imposer déjà des frais de scolarité exorbitants, le parent se trouve obligé de payer 2 fois plus cher une tenue de sport, même si lui-même en vend. Il y a aussi la vente obligatoire d’autres services qui sont imposés aux parents  comme l’envoie des sms, il y a l’exigence des matériels comme les rames de papiers, papier hygiénique, des morceaux de tissus et on peut en citer. Avec l’institution du livre unique, certains ont encore trouvé le moyen d’ajouter en bas de la liste officielle, une autre liste, composée des anciens livres, et propose aux parents de les acheter pour des exercices.

L’école encore et toujours entre les mains des commerçants

Le plus grave de tout est que ces pratiques ont pour but l’enrichissement personnel des promoteurs  que la création de meilleures conditions de travail pour les enseignants et l’offre d’un meilleur cadre d’apprentissage pour les élèves. On verra difficilement un enseignant titularisé dans ces établissements justifier d’un salaire de 200 000 Fcfa. Ils sont obligés de multiplier les cours de répétition dans les domiciles privés pour s’en sortir. Ils sont obligés de faire la moto taxi à la sortie des classes pour arrondir les fins de mois. Imaginez un enseignant qui sort de la classe le soir et prend son élève derrière la moto pour 100 Fcfa. Au bout de ces pratiques, on entendra encore des voix se lever parmi ces promoteurs privés pour demander que l’Etat les subventionne, pour égrener un chapelet de difficultés auxquels ils font face dans leur travail au quotidien, ils diront combien ils ne s’en sortent jamais, même comme dans le même temps de nouveaux bâtiments poussent chaque années, dans et en dehors des établissements.

Ainsi, pendant que l’Etat fait des efforts pour alléger le poids de l’éducation au Cameroun, des privés en font de leur côté pour écraser d’avantage les parents, qui n’ont pas de choix que de subir, parce que l’offre du public reste insuffisante. La communauté éducative toute entière doit garder à l’esprit que de tout temps le sacro-saint principe de l’éducation a toujours été le même : former un esprit sain dans un corps sain.

Roland TSAPI

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