Des universitaires de la diversion dans la rue: esquisse d’une sociologie de la dé-construction de l’espace public

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Ces derniers mois, certains universitaires ont investi l’espace public et ont décidé de s’enliser dans des diatribes puantes. Toute chose ayant participé à polluer l’environnement sociétal lui-même englué dans un magma crisogène, signe de la polarisation des conflits, des tensions et dissensions, corollaire de la crise socio-politique contemporaine. Il y a, en effet, des joutes engagées entre un Socio-politiste, enseignant à l’Université de Yaoundé II-Soa et ce que lui-même nomme la « meute » des Mrcistes à la solde de Maurika. Depuis au moins huit mois, des peaux de banane, des quolibets, des stéréotypes, des représentations, des intrigues et des sarcasmes ravivent la toile et sédimentent ce que Pierre Bourdieu appelle la « violence symbolique » entre ces acteurs invétérés et patentés.

Le président national du Mrc soutient qu'il est favorable à une coalition gagnante des forces politiques représentatives du champ politique

Maurice Kamto.

 

Au lieu que l’enseignant, désormais de rang magistral, reste juché sur son piédestal de pédagogue diffusant savoir, savoir-faire et savoir-être chers à la sapientia, il préfère descendre au bas de la passerelle de la populace. Question de se vautrer dans la cour des aspérités avec toutes les catégories sociales de la rue: enfants; jeunes; adultes; personnes du 3ème et du 4ème âge. Dans ce conglomérat de personnages hétérogènes, il y a des conformistes et des déviants, des normaux et des anormaux, des bons et des mauvais, des calmes et des hystériques. Les techno médias sont véritablement le creuset des individus aux réactions tantôt dithyrambiques, tantôt manichéistes. Au lieu que celui qui se prévaut d’être « intellectuel » s’affranchisse de la doxa, référentiel en vigueur dans cette sphère, et s’élève pour sortir de cette caverne d’invectives, il s’empêtre dans des productions populaires, voire populistes, l’enjeu étant de flinguer, de saper et de dénigrer un autre universitaire devenu, depuis 2012, un homme politique.

Les invectives ordurières

Ce dernier est resté si silencieux durant cette guéguerre que l’on a admiré cette posture consistant à répondre aux « imbéciles » par un coup de silence. Quel est ce pays où un universitaire colonise les réseaux sociaux à coups de publications récurrentes sur un leader politique qui plus est est candidat à la présidentielle? A quoi sert ce jeu sarcastique perpétuel animé de la diarrhée verbale alors que l’on s’attend à l’élévation d’un débat sur des questions sérieuses et rigoureuses de la nation à moins de deux mois de la présidentielle?

Les vraies joutes des années 90 ont disparu de l’agora. Joutes caractérisées par des débats cruciaux sur les problématiques conjoncturelle et structurelle qui rejaillissent en 2018. Je me souviens, alors que nous fûmes au lycée d’Ekounou au début des années 90, de la confrontation entre Hubert Mono Ndjana, Philosophe, et Maurice Kamto, Juriste, dans le quotidien « Le Messager » de feu Pius Njawé. Idéologiquement et politiquement opposés, ces deux hommes de sciences discutaient, mieux débattaient des idées, des courants de pensée, des théories, des paradigmes liés à la compréhension des faits sociaux de cette époque. Les questions ethno-régionales, qui resurgissent aujourd’hui, la pensée politique de Paul Biya, la crise économique née dans la moitié des années 80, l’avènement de la démocratisation de la vie politique constituèrent, entre autres, des thématiques qui furent au cœur des réflexions nourries scientifiquement par ces penseurs qui devisèrent, ex-cathedra, dans une atmosphère de conflictualisation de la pensée départie des invectives ordurières.

Contexte démocratique mué en démocrature
En comparaison de ces deux époques, il apparaît qu’à l’heure actuelle, ces vrais débats antérieurs nous ayant édifié eurent été mis sous le boisseau au profit des joutes oiseuses, creuses et pompeuses sur les réseaux sociaux, lesquelles s’agglutinent autour de la crucifixion d’un homme, lui aussi, universitaire de haute facture. Comment un débat arc-bouté sur un leader politique continue, plusieurs mois après, d’enfler la toile comme s’il n’y avait rien d’autre d’intéressant, de captivant et de séduisant? Pourtant, les problématiques de la vie courante sont légion, celles qui devraient faire l’objet d’intérêt actuellement en pleine période des préparatifs de la présidentielle. Des universitaires de la diversion ont, pour ainsi dire, assiégé la rue publique à l’aune de la diffusion des tribunes populistes insultantes et vindicatives. Toute chose qui n’apporte rien de positif à la construction du champ de la pensée scientifique. Voir certains universitaires apporter leur caution à ces joutes alambiquées et polluées hier et aujourd’hui témoigne de ce que les universitaires veulent demeurer dans la rue. Histoire de continuer d’animer la distraction abjecte et honteuse. Est-ce vraiment le rôle d’un universitaire d’attiser la conflictualité entre lui et un leader politique sous prétexte que nous sommes en contexte démocratique mué en démocrature?

A moins de deux mois de la présidentielle 2018, des intellectuels et universitaires ont la contrainte, en tant que diffuseurs des cognitions, de structurer les joutes à coups de propositions et de réflexions sérieuses sur la vie de la nation. Au moins, des questions et interrogations intégrées dans un fichier synoptique méritent d’être élaborées et posées à des candidats à cette échéance électorale cruciale. Sans prétention à l’exhaustivité, au lieu de nous servir des joutes ordurières, des savants sérieux doivent opérer un questionnement épistémologique sur les faits importants de la vie nationale:

—–Quel candidat a une solution idoine pour la crise socio-politique qui ébranle les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun?

—–Faut-il arrêter ou continuer la politique des « Grandes réalisations » chère à la philosophie biyaiste du Renouveau?

—–A quoi servent les épiphénomènes de lutte contre la corruption(Conac, Anif, Tcs, Cdbf, cellules de lutte contre la corruption des départements ministériels, Programme national de gouvernance, etc) créés, depuis des années, par l’État camerounais?

—–Un nouveau président de la République est-il susceptible de gouverner allègrement face à un parlement constitué d’une majorité obèse de Rdpcistes?

—–A quoi sert le positionnement de huit candidatures face à Paul Biya si tant est  qu’après il est impossible, pour l’un des vainqueurs, de gouverner dans la logique du scenario de l’après-Biya?

—-Dans un scénario chimérique de science-fiction, où l’un des leaders politiques gagne, est-il possible de trouver des moyens adéquats de re-ajustement de la machine systémique plombée par les tensions de trésorerie et par les scories et tares diverses?

——Au regard des problématiques existentielles, qu’est-ce qui préoccupe les concitoyens à l’approche du scrutin présidentiel?
L’accès à l’eau et à l’énergie électrique? Le coût de la santé? La qualité du système éducatif? Le chômage? Le Sida? Le problème anglophone?L’intégration régionale? Le ramassage des ordures? Les accidents sur la voie routière? La relance de la cacaoculture? La possibilité d’acquérir un véhicule bon marché, mais d’excellente qualité? Le prix des matériaux de construction? L’absence d’infrastructures routière, hôtelière, sanitaire, ludique pour des catégories sociales? Les pesanteurs judiciaires? Les violences policières? Les entorses à la liberté d’expression, signe de la survivance du monolithisme en contexte pluraliste?

Telles sont les préoccupations conjoncturelle et structurelle qui devraient faire l’objet de débat plutôt que de pérorer sur des débats de caniveau visant à flinguer un candidat à la présidentielle.

Quittez la rue MM. LES UNIVERSITAIRES DE LA DIVERSION!  IMPOSEZ CES QUESTIONS SÉRIEUSES DE LA NATION!

Serge Aimé BIKOI

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