Inondation : Le produit de l’incivisme des populations

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Les habitudes des populations de la ville de Douala contribuent à boucher les caniveaux et drains, créant des conditions favorables aux inondations.

Les pieds dans l’eau, les sacs sur la tête, le regard perdu…c’est ainsi qu’on peut décrire les habitants de bon nombre de quartiers dans la ville de Douala au petit matin de Les pieds dans l’eau, les sacs sur la tête, le regard perdu…c’est ainsi qu’on peut décrire les habitants de bon nombre de quartiers dans la ville de Douala au petit matin de mercredi 25 juillet 2018. Une pluie insistante tôt le matin, et qui a repris de plus belle le lendemain, a provoqué de vastes inondations. Les eaux sont rapidement montées et ont débordé les quelques drains prévus, leur capacité de rétention a été minimisée par les quantités d’eau déchainées. Des cris de douleurs, sont entendus depuis deux jours donc, des cris et des images qui font écraser une larme aux âmes les plus insensibles. De la souffrance qui logiquement amène tout le monde à se demander comment on en est arrivé là, et comment en sortir. Surtout que d’années en années les mêmes souffrances reviennent.

Les ordures ménagères partout et n’importe où

Dans la recherche des causes de cette situation, il suffit d’être plus attentif en regardant les images, et l’on constate qu’à côtés des hommes et femmes qui fraient leur chemin dans l’eau, il y a aussi des carcasses de congélateurs, des milliers de bouteilles plastiques, les pneus et les vêtements usés, les troncs d’arbres, les ordures de toute nature, qui dormaient au fond des caniveaux et les drains.Ce qui ramène les populations à elles-mêmes. Comment ces ordures se sont retrouvées dans les caniveaux ou dans les drains ? C’est bien les habitants des quartiers concernés, qui jettent les ordures partout. On ne vient pas d’ailleurs pour le faire. Ce n’est pas des autres quartiers que l’on quitte pour venir produire les ordures ménagères dans un autre.

Les pieds dans l’eau, les sacs sur la tête, le regard perdu…c’est ainsi qu’on peut décrire les habitants de bon nombre de quartiers dans la ville de Douala au petit matin de

Douala, ville poubelle.

Avec un regard simpliste, il est évident que l’eau qui inonde est anormale, et indique que quelque chose n’a pas été à sa place à un moment donné. Ce sont les ordures dans les caniveaux et les drains. Et chaque jours les populations répètent ce même geste, sans se rendre compte que c’est cela qui cause les inondations d’années en années. L’absence des bacs à ordures, que les populations invoquent souvent, ne justifient en aucun cas la présence des ordures dans les drains et les caniveaux. D’ailleurs, au centre commercial à Akwa, l’entreprise en charge de la collecte des  ordures fait régulièrement  son travail plus que dans les autres quartiers, mais les ordures se retrouvent toujours dans les drains, les eaux montent à chaque pluie et les rues sont inondées.

L’habitude de l’incivisme

Durant toutes les périodes de grandes vacances chaque année, les stagiaires des communes d’arrondissement et de la communauté urbaine libèrent les caniveaux dans la ville, mais elles sont remplies immédiatement des ordures, jetées par les habitants. Et quand les rues sont inondées on cherche le bouc émissaire. Un projet de construction de 43 km de drain est actuellement en cours dans la ville de Douala, avec de l’argent emprunté en Europe faut-il le rappeler. Mais si les populations ne changent pas d’abord leur comportement, même quand ces drains seront achevés et livrés, les eaux ne pourront pas circuler à cause des ordures jetées par les habitants. Les quartiers continueront d’être inondés, et les douleurs, cris et souffrances qu’on observe depuis le 25 juillet au matin, vont continuer. Il faut donc le dire, au risque de choquer, l’incivisme des populations est déconcertant. Le mépris pour la chose publique est maladif.

Constructions anarchiques

L’autre cause de ces malheurs qui arrivent chaque année, ce sont les constructions anarchiques et les installations dans des zones interdites. Les urbanistes et autres avertis sont unanimes pour dire que les populations sont têtues, elles aiment s’installer  partout et n’importe comment. Une fois de plus, au mépris de lois sur l’urbanisme et de l’interdiction expresse de s’installer dans des zones classées non habitables. Il n’est pas utile de revenir ici sur la responsabilité publique dans cette affaire et les problèmes de gouvernance. La démission de l’Etat, des communes et des communautés urbaines a déjà été constatée et dénoncée, les populations sont conscientes qu’elles sont abandonnées à elles- mêmes. Devraient-elles pour autant se laisser mourir ? Favoriser elles-mêmes les conditions de leurs souffrances ? Devraient-elles continuer à s’installer n’importe où sur des dalots, des drains, les zones marécageuses sous prétexte que l’Etat devrait le leur interdire ? Devraient-elles continuer à balancer les ordures dans tous les sens sous prétextes qu’elles payent les impôts ?

Bruler un feu rouge est normal. Conduire en surcharge est normal. Monnayer un service est normal. Fermer les débits de boissons tardivement est normal, car si le tenancier tente de fermer

Des mototaximen à Douala.

Non, pas du tout. Mais les populations l’ont fait, et continuent à le faire. Au point où on est arrivé avec l’incivisme dans la ville de Douala, même les meilleures architectes de Washington, Québec, Hongkong, ou Dubaï ne s’en sortiront pas. En esquisse de solution à ce qui arrive en ce moment avec ces inondations, un urbaniste est catégorique : « A ce stade, on ne peut qu’attendre la saison sèche. Il est difficile de faire passer les engins de génie civil chargés de curer maintenant. Il faut demander à ceux qui habitent à côté de ces cours d’eau de quitter. En attendant il ne nous reste que nos yeux pour pleurer», dit-il. Chacun devra à son niveau favoriser l’écoulement des eaux vers le Wouri ou la Dibamba, car les pluies ne font que commencer, le mois d’août ne fait que s’annoncer. En liaison avec l’actualité du moment, les questions d’urbanisation doivent faire partie intégrante de l’agenda de la campagne des candidats. Ceux qui aspirent à gouverner doivent clairement faire savoir aux populations comment ils entendent les sortir de là. Avec leur concours.

Roland TSAPI

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