Présidentielle 2018 : Le temps des alliances

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Pendant qu’au sein de l’opposition on hésite à nouer des alliances, le Rdpc n’y va pas de mains mortes. Il réussit à retourner même ses opposants les plus radicaux pour grossir ses rangs, et semble ne pas vouloir s’arrêter en si bon chemin.

La convocation du corps électoral pour le 7 octobre prochain a aussi ouvert la saison des alliances politiques. Effectives cette fois. Pendant qu’au sein de certains partis de l’opposition, qui sont crédités d’une relative assise populaire on hésite encore, le parti au pouvoir, lui ne perd pas du temps. Comme le recommandait l’écrivain français Jean de La Fontaine dans l’une  de ses Fables,  intitulée « Le laboureur et ses enfants », le Rdpc a commencé à remuer le champ dès l’annonce de la candidature de Paul Biya. Il travaille et prend de la peine. Il creuse, fouille, bêche et ne laisse nul parti où son envoyé ne passe et repasse. Il avait déjà trouvé le moyen de sortir du sommeil certains chefs de partis peu visibles sur la scène en temps normal, et son travail de fourmi continue de payer. L’on s’est rendu compte vendredi 20 juillet dernier que la moisson est désormais plus importante, quand 20 signatures ont été apposées  sur une liste dont l’entête fait mention de « collectif des 20 partis de l’opposition qui soutiennent la candidature du président Paul Biya à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. »

Pendant qu’au sein de l’opposition on hésite à nouer des alliances, le Rdpc n’y va pas de mains mortes. Il réussit à retourner même ses opposants les plus radicaux

Des opposants se rallient à Paul Biya.

Dans la liste, on retrouve ceux qui s’étaient déjà prononcés avant comme Bapooh Lipot, Fritz Ngoh, Isaac Fezeu, mais aussi Tita Fon Samuel qui signe au nom du Cameroon Peoples’ party, Cpp. La présence de ce dernier dans cette liste donne d’ailleurs davantage de sens à la correspondance du ministre  Atanga Nji aux gouverneurs des régions. Laquelle le désignait quelques jours avant comme seul qualifié pour parler au nom du Cpp. La plus grande curiosité de la liste, c’est la présence de Banda Kani qui signe au nom de son parti, le Nouveau Mouvement populaire (Nmp), et de Maître Jean De Dieu Momo, président du parti dénommé Les Patriotes démocrates pour le développement du Cameroun (Paddec). Ces deux s’étaient jusque-là illustrés comme de vrais radicaux vis-à-vis du régime en place, de têtes de turc  qui ne rataient aucune occasion sur les plateaux de télévisions ou les antennes des radios, pour vilipender le Rdpc qu’ils qualifiaient de tous les noms d’oiseau, responsables d’après leurs argumentaires de tous les maux dont souffre le Cameroun. Ils s’étaient d’ailleurs fait de sympathisants au sein de la population sur cette base, lesquels se sentent simplement trahis aujourd’hui, avec ce revirement à 180 degré dans leur prise de positions. Mais les deux ne manquent pas d’arguments. Comme par enchantement, ils trouvent les mots pour justifier leur alliance avec l’ennemi d’hier. Jeu démocratique : Ces coalitions foireuses des partis politiques

Les masques tombent

Pendant qu’au sein de l’opposition on hésite à nouer des alliances, le Rdpc n’y va pas de mains mortes. Il réussit à retourner même ses opposants les plus radicaux

Bello Bouba Maigari

Jean De Dieu Momo, avocat faut-il le préciser, qui s’était révélé positivement à l’opinion dans la défense des droits de l’homme, dont le cas des  9 de Bépanda, disparus au plus fort du Commandement opérationnel, explique aujourd’hui qu’il a « choisi de soutenir la candidature de Paul Biya à l’élection présidentielle parce que c’est le camp du réalisme et de la victoire ». Il précise au passage qu’il n’est pour autant pas l’allié du Rdpc et qu’il continue de le combattre. Banda Kani qui a fait son temps au Manidem et en a même été le président, qui en mondovision disait que Paul Biya doit être «chassé et poursuivi», pour reprendre ses propres termes, trouve aujourd’hui que le même Paul Biya est « une assurance tout risque pour le Cameroun », la seule à laquelle il faut souscrire. Comme Momo il soutient Biya mais pas le Rdpc. Jusqu’ici on avait entendu ce langage de Bello Bouba Maïgari et de Issa Tchiroma, soutenir le président du Rdpc en combattant le Rdpc, et on sait bien ce que ça leur rapporte. Au fil des années, cela devient une marque de fabrique de l’opposition camerounaise, soutenir quelqu’un en le combattant. Le retournement permanent de veste ces derniers temps donnent ainsi raison à ceux qui qualifiaient certains hommes politiques d’opposants de la télé, les opposants du dimanche, que l’on ne voit que dans les débats télévisés et jamais sur le terrain, qui bavardent juste pour attirer l’attention sur eux, et dès que la perche est tendue ils la saisissent sans hésiter.

Le Rdpc fait feu de tout bois

Certains disent déjà que le Rdpc doit vraiment être au plus mal, pour se sentir obligé d’aller chercher des opposants aussi farouches et surtout qui n’ont rien à offrir sur le plan politique, ne disposant à 95% d’aucune base, pas de siège connu, pas d’élus au sein des conseils municipaux, parfois des illustres inconnus dans leurs quartiers, malgré de longues années d’existence. Des partis qui pour la plupart n’existent que sur le papier de légalisation, qui depuis la création n’ont jamais réuni deux personnes dans une salle pour parler d’un programme politique, de campagne, et qui se résument en réalité à leurs dirigeants. Bref des partis dont les militants, comme disait quelqu’un, ne peuvent même pas remplir une cabine téléphonique. Mais qu’importe le poids politique, le Rdpc semble désormais preneur de tout. De nouvelles alliances vont sans doute se faire connaître avant échéance, car pour cela, comme aimait à le dire un ancien directeur des services de renseignement du régime, feu Jean Fochivé,  il y a «la volonté et les moyens».

Roland TSAPI

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