Présidentielle 2018:l’enclenchement de la bataille de l’opinion publique au Cameroun

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C’est ce jeudi, 19 juillet 2018 à minuit que la commission de réception des dossiers de candidatures va cesser d’enregistrer toute autre candidature. Mais avant d’y parvenir, d’aucuns, dans l’agora, ont déjà entrepris d’influencer l’opinion publique, en affirmant manifestement leur option pour tel ou tel autre candidat. C’est le cas, en l’occurrence, de certains universitaires qui, après avoir flingué, pendant plusieurs mois, un candidat de l’opposition, dont le dossier a été déposé ce le 13 juillet 2018, se décident à choisir la carte de la pérennité de l’actuel dirigeant au pouvoir.

52 dossiers de candidature à l'élection présidentielle reçus en 2011 par Elecam, 31 rejetés, 21 retenus et finalement 13 candidats au départ... Combien seront-ils cette année

Des figures de l’opposition.

La bataille de l’opinion publique a véritablement commencé à moins de trois mois de la présidentielle du 7 octobre 2018. Dès théoriciens de la pensée, sont, d’ores et déjà, très actifs sur la scène publique et orientent le choix des potentiels et réels électeurs, en diffusant leur courant idéologique. Pas plus tard que ce mardi, 17 juillet 2018, 24 heures après l’annonce faite par l’actuel président ivoirien de quitter le pouvoir en 2020, au lieu que certains universitaires se servent de cette option de Alassane Dramane Ouatara pour en tirer des leçons dans le processus de gestion d’un État déterminé, ils préfèrent orienter le choix de l’opinion publique à coup de tribunes libres. Question de statuer sur le profil recherché pour la magistrature suprême au Cameroun. En effet, d’après leur grille de lecture, le Cameroun est un pays qui, aujourd’hui, n’a pas besoin de quelqu’un qui viendra faire du pays un laboratoire pour des expériences, mais plutôt d’un individu ayant de la maturité, qui n’est pas synonyme d’âge, de discernement, d’expérience et de réactivité. C’est la vision que Claude Abe, Sociologue, a, par exemple, de l’alternance au Cameroun au regard, explique-t-il, des défis et des enjeux de l’heure.

Certes, c’est la posture idéologique de cet universitaire qui plus est un libre penseur dans l’agora, mais cette contribution individuelle ressemble, à s’y méprendre, à l’allégorie qui est, très souvent, usitée lorsqu’un postulant, en matière de recherche d’emploi, est dans une dynamique de quête stratégique des trajectoires d’intégration, d’ascension et de mobilité socioprofessionnelles. L’image métaphorique qui est, en pareille circonstance, opposée aux chercheurs d’emplois, aux chômeurs réguliers et irréguliers, ainsi qu’à des travailleurs sous-employés de l’économie populaire urbaine, c’est celle de certains cadres et patrons d’entreprises privées et des bureaucraties étatiques qui, dans leur imaginaire, ont des a priori et postulent la thèse suivant laquelle il faut jouir d’un capital d’expérience de plusieurs années pour avoir accès à un strapontin dans des secteurs d’activités pluriels et, par corollaire, dans la division du travail. Ce type de représentation sociale largement répandu dans l’imagerie populaire constitue, a priori et a posteriori, un écueil ou, du moins, une pesanteur pour l’insertion des jeunesses du pouvoir dans le marché de l’emploi. C’est ce type de stéréotype entretenu dans la conscience collective qui crée des barrières à des milliers de concitoyens juvéniles qui expriment, en dépit de la détention d’un minimum d’expérience, Le voeu d’accéder à un champ socioprofessionnel.

Le fait, pour un universitaire, d’instrumentaliser l’idée du choix d’un leader politique doté d’une maturité pour gérer la macrostructure étatique est éminemment périlleux et questionnable tant ce qui est nommé « maturité » ici, est appréhendé, en Philosophie, comme une abstraction et une construction, dont les déterminants quantitatif et qualitatif varient d’un individu à un autre, d’un universitaire à un autre et d’une communauté sociale à une autre. Tellement les données de la « maturité » sont changeantes, fluctuantes, évanescentes et dynamiques d’un cadre sociétal à un autre. Le sous-bassement ou le latent d’un courant de pensée d’une telle essence est, sans conteste, l’option pour l’enjeu de la défense de l’argument de la pérennité d’un homme, Paul Biya, au pouvoir. Puisque d’après les manipulateurs de conscience et théoriciens de cette idéologie statique, il n’y a personne à l’heure actuelle susceptible de gouverner le Cameroun eu égard au capital de savoirs, de savoir-faire, de savoir-être et d’expérience dont jouit l’homme du 6 novembre 1982. Or, cette grille de lecture est foncièrement contestable parce qu’il ne s’agit que d’une vue de l’esprit.

Serge Aimé BIKOI, journaliste et Sociologue du développement

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