Guy Bilong : «Le seul qui n’avait jamais chanté s’est mis à bander comme un Turc»

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Obtenir une interview de Guy Bilong, c’est comme voir passer une étoile filante. Du haut de sa longue carrière, il ne compte pas dix entretiens accordés à la presse, nationale et internationale confondues. Pas que l’homme fait sa star. Que non. Ce n’est non plus de la timidité. Il préfère laisser parler ses œuvres. Nous avons tout de même réussi à lui arracher une interview ce mardi 26 juin 2018. Reconnaissons qu’Air France y est pour beaucoup. Le fait est que ce monstre de la batterie devait s’envoler pour sa résidence à Paris ce jour. La grève de la compagnie aidant, son vol a été annulé. Pas de vol pour lui. Heureusement pour nous.

Auteur, compositeur, chanteur, musicien, arrangeur, producteur, Guy Bilong nous livre en exclusivité, les dédales de l'affaire "Onguele". Il reprend aussi ces artistes qui se déchirent, au nom des droits d'auteur.

Guy Bilong.

C’est un Guy Bilong étonnement jeune (physiquement), qui nous reçoit dans la salle d’attente d’un hôtel à Bonanjo/Douala. Son look le classe dans la trentaine. Casquette blanche sur la tête, lunettes de soleil, le tout sur un pantalon jogging et un t-shirt bien rangé dans des baskets. Tout autour du coup, est logé son casque Bluetooth. N’allez pas croire que son matos reste dans son studio à Paris. Il a toujours dans son sac à dos, des sticks. Entre les conversations, instinctivement, il ajuste son casque aux oreilles, joue de ses sticks sur ses jambes. Ses pieds tapent au sol, comme s’il avait devant lui la grosse caisse et le Charleston. Sa vie c’est la musique et ça reste la musique. Auteur, compositeur, chanteur, musicien, arrangeur, producteur, le tableau au complet. Ben Decca, Guy Lobe, Manu Dibango, Dina Bell, Toto Guillaume… ont bénéficié de sa dextérité. Guy Bilong a d’ailleurs travaillé sur le dernier titre de Ben Decca, «Souffrance d’Amour», devenu plus qu’un hymne national. Dans cet entretien, l’artiste nous parle de sa famille de musiciens, de la sempiternelle querelle autour des droits d’auteur, les clashs entre artistes… Pour une première, Guy Bilong revient sur la fameuse affaire «Onguele». Il n’épargne pas du tout Henri Njoh.

Qu’est-ce qui amène Guy Bilong au Cameroun en ce moment ?

En ce moment, je suis là pour les fêtes de la musique. Je dis les fêtes parce que j’ai eu à prester sur deux scènes différentes. J’étais à Nkongsamba pour le jeudi 21 qui correspond à la journée de la fête de la musique, et j’étais à Douala le 23 à l’Institut français de Douala.

Vous avez joué avec les grands noms de la musique, mais toujours dans l’ombre. D’où vous vient cette réserve, parce qu’on a souvent l’impression que vous avez été formé par un moine ?

Moi je me considère comme quelqu’un qui est au service de la musique. Je ne voudrai pas que la musique soit à mon service. Moi je fais mon métier. Ceux qui le font en voulant se pavaner, c’est de leur droit mais moi j’estime que je suis bien à ma place.

La famille Bilong c’est une fratrie de musiciens…

Oui. Mon père, même si je n’ai pas connu cette période, était déjà celui qui animait les bals du village, les mariages. Il jouait au banjot, à l’accordéon à la guitare. Comme un chien ne fait pas un chat, il nous a transmis le virus sans le vouloir et sans le savoir. Avant moi, deux de mes aînés ont été musiciens. Un de vos confrères, le directeur d’Afrique Media à Yaoundé qui est d’ailleurs ancien footballeur a été aussi un ancien batteur. Celui qui l’a suivi aussi était batteur. Ils étaient bien connus au pays. Moi j’ai eu la chance d’évoluer à un plus haut niveau, mon jeune frère Conty Bilong également qui joue avec Manu Dibango. C’est une famille de musiciens. Mon aîné que j’ai suivi est commissaire de police, mais c’est un très bon guitariste. Il y a un autre qui est bassiste. L’aîné qui est parti il y a quelques années, était un très bon pianiste, Nlend Paul. Il était d’ailleurs journaliste au Messager. Je vous raconte une anecdote. Je me souviens, le jour de la veillée de ma mère, j’ai découvert certains de mes frères donc je n’aurai jamais imaginé qu’ils faisaient de la musique, jouer. Le maire de Nkongsamba 3ème a chanté du Fela Ramson Kuti. Ma petite sœur a chanté du Eboa Lotin.

Ça fait une grande famille…

Ah oui. Nous sommes dix. Il y a l’aîné qui est parti. Il reste huit garçons et une fille.

Et pourquoi vous avez tous choisi des métiers de l’ombre ? Les musiciens ne sont pas généralement sous les projecteurs ?

Il n’y a pas de hasard dans la vie non plus. Mon père était musicien. On l’a fait déjà par passion et d’autres en ont fait un métier.

Aux trente ans de carrière de Ben Decca en 2015, vous avez parlé d’un projet de studio. Où en êtes-vous ?

Le projet tient la route. J’ai acquis un terrain dans la ville où j’ai grandi, à Nkongsamba. J’attends que les choses se mettent en place. Nkongsamba c’est ma ville, c’est mon village, c’est où j’ai mes plus beaux souvenirs. Au départ j’ai voulu louer un espace pour monter mon studio à Yaoundé, et j’ai pensé qu’il est plus pérenne de construire.

Qu’est-ce qui explique votre absence sur les scènes camerounaises ?

Je n’ai pratiquement jamais joué au Cameroun en tant que Guy Bilong. J’ai toujours joué comme batteur. Si on parle de la génération 80, j’ai accompagné Dina Bell, Pierre de Moussy, Nkotti François, Misse Ngoh, Joe Masso, Toto Guillaume. Je ne saurai tous les citer. Je les ai tous accompagnés avant de quitter le pays. En parlant de carrière, je pense qu’il fut une période où je pouvais commencer cette carrière, mais les conditions pour pouvoir travailler dans le pays me paraissaient compliquer. Compliquer parce que techniquement, je n’avais pas trop de lisibilité, et peut-être que le public n’était pas aussi prêt à cette époque pour accepter un concept qui est le mien aujourd’hui. C’est-à-dire monter sur scène en one man show, ayant eu Guy Nsangue Akwa, Etienne Mbappe, Michel Alibo, Armand Sabal Lecco, Claude Naimro -le clavier de Kassav-. C’est ça mon concept.

Est-ce que la polémique sur la paternité d’«Onguele » qui impliquait Henry Njoh s’est tue ?

…Ceux qui revendiquent la paternité des œuvres des autres n’ont qu’à apporter les dépôts. Quand j’étais jeune musicien au Cameroun, j’ai écouté des chansons composées par Jeannot Ekwalla (Lire: Jeannot Ekwalla : «Le gouvernement devrait rétablir la censure»). Il est le compositeur de la majorité de toutes les œuvres -sauf une seule composée par André Manga Joëlle – de ce monsieur qui revendique la paternité d’une œuvre qu’il n’a pas composé et qu’il n’aurait jamais pu composer. Toutes les œuvres qu’il chante, où il a déposé auteur-compositeur, qu’il justifie la paternité de ces œuvres. Il a écrit derrière son disque, auteur-compositeur, Henry Njoh. «Biyea muma’a ngo », toutes les chansons de son répertoire ne sont pas de lui. Moi j’ai vu Jeannot Ekwalla jouer ces chansons chez lui, et elles n’étaient pas encore enregistrées. Vous savez qui devait chanter «Onguele » dans mon projet ? C’était … (La suite dans la vidéo).

Entretien avec Valgadine TONGA

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