Présidentielle camerounaise : le commerce autour des candidatures

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52 dossiers de candidature à l’élection présidentielle reçus en 2011 par Elecam, 31 rejetés, 21 retenus et finalement 13 candidats au départ… Combien seront-ils cette année, alors qu’entre temps les conditions de candidature ont été durcies sur le plan financier?

Les Camerounais ont encore 6 jours ouvrables pour connaitre ceux qui sont finalement engagés dans la course à la présidentielle, après les déclarations d’intention connues jusqu’ici. C’est l’heure de la vérité. Paul Biya a remis en jeu son bureau au palais d’Etoudi, comme pour dire à tous ceux qui animent le paysage politique depuis des mois, de prouver de quoi ils sont capables. En jetant un coup d’œil en arrière, on se rend compte que lors de la dernière présidentielle en 2011, la compétition était vraiment courue. 52 dossiers avaient été reçus par Elecam, et après examen, 31 ont été rejetés et 21 retenues. Mais au final on a retrouvé 13 candidats au total qui ont effectivement participé au vote.

52 dossiers de candidature à l'élection présidentielle reçus en 2011 par Elecam, 31 rejetés, 21 retenus et finalement 13 candidats au départ... Combien seront-ils cette année

Des figures de l’opposition.

Il est évident que cette ruée vers la présidentielle avait une explication simple : la recherche de l’argent. Certains Camerounais avaient trouvé en cette élection une occasion de se faire de l’argent. L’ancien code régissant les élections présidentielles fixait la caution à 5 millions de Fcfa, et la loi des finances avait prévu cette année-là 30 millions de Francs pour le financement de la campagne. L’article 284 du Code électoral dispose en effet que  l’Etat participe au financement des campagnes électorales et référendaires par la prise en charge de certaines dépenses des partis politiques ou des candidats, et que la participation de l’Etat à ces dépenses est inscrite dans la loi de finances de l’année de l’organisation de la consultation électorale ou référendaire.

Une affaire juteuse

La loi précise également que si la candidature est rejetée, la caution payée est remboursée. Les candidats avaient alors fait leurs calculs. Si la candidature est rejetée les 5 millions sont remboursés. Si elle est retenue, il y aura le financement de 30 millions payé en deux tranches. Et le gain est au moins de 25 millions. 21 candidats furent retenus dans ce cas. En dehors de Paul Biya et de John Fru Ndi, les autres 19 candidats avaient juste fait un calcul économique. D’ailleurs, dès qu’ils reçurent la première tranche de financement de 15 millions, candidats se retirèrent, en donnant des consignes de vote pour un autre candidat.  C’est pour cela que le jour du vote en 2011, 13 candidats seulement restaient sur la ligne de départ. Sur le plan légal, notamment d’après l’article,  les démissionnaires  auraient dû restituer cet argent en se retirant de la course, mais comme personne ne veille à le récupérer…

Conscient donc de ce mercantilisme autour de l’élection présidentielle, le législateur a revu le Code électoral l’année suivante, et le nouveau code du 19 avril 2012 a revu à la hausse la caution pour l’élection présidentielle, la fixant à 30 millions de francs. Ce qui donne plus de sérieux cette fois, surtout que cette caution n’est remboursée qu’aux candidats ayant obtenu au moins 10% des voix à l’issue du vote. Et en 2011 aussi, en dehors de Paul Biya et John Fru Ndi qui ont eu 77 % et 10% respectivement, le troisième sur la liste, Garga Haman Adji a eu 3% et le reste sont était en dessous de 2%, aucune chance de récupérer de la caution. On peut donc penser que cette fois, la barre de 30 millions fixée par la loi va faire d’abord un premier tri, qui s’il n’est pas garant de la qualité de la candidature, au moins indicateur du sérieux.

Conseil Constitutionnel

Un sérieux qui devra se confirmer dans la célérité avec laquelle les conditions doivent être remplies. Il s’agit notamment de : la déclaration de candidature revêtue d’une signature légalisée, accompagnée d’un extrait d’acte de naissance du candidat datant de moins de trois (03) mois ; -de la lettre de présentation et d’investiture du parti cautionnant la candidature du postulant ; – d’une déclaration sur l’honneur par laquelle le candidat s’engage à respecter la Constitution ; – d’un bulletin n°3 du casier judiciaire datant de moins de trois (03) mois; – d’un certificat d’imposition ou de non-imposition. D’un certificat de nationalité ; – de l’original du certificat de versement du cautionnement.

Ces dossiers devront être déposés à Elecam dans 6 jours, et commencera alors la phase des études. Le Conseil électoral devra, d’après l’article  126 du Code électoral, -60 jours au moins avant la date du scrutin-, arrêter et publier la liste des candidats, avec notification faite immédiatement au Conseil Constitutionnel. Les Camerounais connaîtront dont les visages de ceux qui aspirent à devenir locataire d’Etoudi, et pourront se préparer à choisir le moment venu, en toute conscience.

Roland TSAPI

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