Le train de vie de l’Etat contre la misère du peuple

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Tandis que dans les pays développés les ministres se partagent les véhicules de fonctions et partent eux même chercher leurs enfants à l’école, au Cameroun le train de vie de l’Etat est complètement à l’opposé du niveau de vie des populations.

Tandis que dans les pays développés les ministres se partagent les véhicules de fonctions et partent eux même chercher leurs enfants à l’école, au Cameroun le train de vie de l’Etat est complètement à l’opposé

Dans leur vécu de tous les jours, la société civile, les journalistes ou autres organisations non gouvernementales se battent pour une société juste, en indiquant un certains nombres de comportements qui peuvent être adoptés pour qu’on y arrive, comme la réduction du train de vie de l’Etat par exemple. La population elle, très désespérée, est arrivée à conclure que le type de société que nous passons du temps à décrire n’existe pas, qu’il est impossible pour un fonctionnaire de mener une vie simple et d’humilité. Cela est pourtant possible et se fait ailleurs, et les dirigeants camerounais le savent, eux qui voyagent beaucoup à l’extérieur.

Un extrait de  l’émission «complément d’enquête» diffusée sur la deuxième chaine de télévision il y a quelques années nous montre un exemple venu de la Norvège, un pays européen. Cela se passe en 2007, il y a 11 ans aujourd’hui. Le journaliste fait un reportage au ministère de la Justice et de l’Intérieur. Le ministre nommé depuis deux ans le reçoit dans son bureau, d’une sobriété déconcertante. Juste sa table de bureau et quelques classeurs, pas de fauteuils rembourrés dernier cri comme on en voit au Cameroun. La table de bureau est aussi très allégée, aucun dossier qui traine, donc pas de dizaines de parapheurs qu’on voit souvent empilés sur le bureau du fonctionnaire camerounais. Ce jour-là, le ministre doit quitter le bureau tôt, à 15h pour aller chercher sa fille à l’école. Rien à voir avec les deux ou trois chauffeurs et autant de voitures au Cameroun, destinés à aller récupérer les enfants des ministres à l’école. A 42 ans, ce ministre norvégien était l’un des plus importants du gouvernement, avec  20 000 fonctionnaires sous sa responsabilité. Il sort de son bureau seul, sans garde du corps, et dehors il attend l’une des voitures du gouvernement, car il n’a pas de chauffeur attitré. Il partage les véhicules de fonction avec ses 19 collègues du gouvernement. La crèche et l’école de ses deux filles sont à quelques mètres de sa maison, dans un quartier résidentiel d’Oslo. Comme il habitait déjà la capitale avant d’être nommé ministre, il n’a pas besoin d’avoir un appartement de fonction. Avec sa famille il vit toujours dans cette maison, et son grand plaisir quand il rentre chez lui, c’est de préparer le dîner.

Transparence financière est un dogme

Le reportage montre également le ministre des affaires étrangères en déplacement dans le nord du pays. Ce dernier explique que chaque jour il a un montant alloué pour sa mission, et s’il le  dépasse il devra  payer de sa poche. Son assistant garde précieusement les reçus des taxis, parce qu’il sait qu’on va le lui réclamer. Pour l’embarquement retour, le ministre fait la queue comme tout le monde au bas de l’avion, tout traitement de faveur serait mal vu. On apprend là que dans ce pays on ne badine pas avec l’argent public. La transparence financière est un dogme, la corruption des élus un péché capital. Les membres du gouvernement font des dépenses à l’avance et ne sont remboursés que sur facture. Le ministre lui-même explique au journaliste qu’ «il ne faut pas croire que c’est parce qu’on est ministre qu’on est différent. C’est faux et c’est dangereux. Au contraire il faut montrer qu’on peut vivre la vie de tout le monde, vivre l’expérience de tout le monde, parce que ça donne à la fin une crédibilité à la fonction».

Un véhicule de 80 millions

Tout cela se passe dans un pays qui a déjà atteint un niveau de développement élevé, qui ne court pas derrière la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international pour des prêts d’investissement, qui n’a pas de soucis d’accès à l’éducation et aux soins de santé. Dans une communication récente, un homme politique déclaré à la course pour l’élection à la présidence de la République au Cameroun, et qui par ailleurs a passé 7 ans dans le gouvernement Biya, avouait qu’au Cameroun, il y a des dépenses qui défient le bon sens. Il dit que jusqu’ici il ne comprend toujours pas au nom de quoi on achète un véhicule de 80 millions à un ministre, dans un pays sous développé. Il ne comprend pas pourquoi un chargé de mission à la présidence de la République doit voyager en première classe, quand on sait par exemple que Douala Paris en première c’est au moins 6 millions de nos francs Cfa, alors que des ministres des pays européens voyagent en classe économique. Il se pose la question de savoir pourquoi est ce qu’on donne 4 000 000 et plus de carburant par mois à un fonctionnaire. C’est pour faire quoi,  sans parler des commissions internes, où un fonctionnaire d’une administration siège dans une commission de la même administration et est payé pour. Et là il ne parle que de quelques rubriques sur lesquelles l’on peut faire des milliards d’économie par an. Pour dire simplement que l’habitude que les Camerounais ont adopté, de se transformer en petits rois inaccessibles, une fois nommés à un poste de pouvoir, ne contribue qu’à ruiner l’Etat. Pas besoin de sortir avec des cortèges de 50 véhicules, bloquer les routes partout pour montrer qu’on est ministre.

Comme dirait quelqu’un, bravo les Norvégiens ! Un magnifique exemple pour tous les gouvernements ! Qu’est ce qui justifie que nos ministres et hautes personnalités se comportent comme des rois gâtés, inaccessibles, hautains,  alors que ce ne sont que les employés du peuple ? Est-ce qu’on travaille mieux quand on vit dans le luxe insolent ? Nous avons tous les jours la preuve que non !

Roland TSAPI

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