Affaire Sicc, Mida, FammCameroon, Leadership Academy… naïveté des populations ou négligence administrative

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Ils sont 180 Camerounais qui depuis 2010 espèrent dormir sous un toit, après s’être engagés dans un projet d’achat de logements sur lequel ils avaient fondé tout espoir. Il s’agit des victimes de la Southwest international construction corporation en abrégé Sicc. Un projet de construction de 180 logements à Mbanga-Bakoko à Douala, porté par dame Brigitte Soppo Ngalle. Ce projet avait été présenté comme l’une des très bonnes solutions au problème de logement au Cameroun, et devait permettre aux bénéficiaires d’avoir des maisons sans que cela ne pèse trop sur leur porte-monnaie.

Brigitte Soppo Ngalle

La Sicc était présentée comme la filiale d’une entreprise immobilière basée en Floride aux Etats Unis, avec 40 ans d’expérience dans la gestion immobilière. La promotrice a tellement su vendre son affaire qu’elle a entrainée avec elle les autorités administratives, municipales, les directeurs des entreprises comme le Crédit Foncier du Cameroun et la Société d’Aménagement de Douala. Pour couronner le tout, le ministre de l’Habitat et du Développement Urbain lui-même est venue donner sa bénédiction au projet. Tout était donc fait pour que personne ne doute de rien, c’est ainsi que des Camerounais ont cru sincèrement au projet et y ont investi leur épargne sans réfléchir. Au total, 2.9 milliards de Francs Cfa ont été versés dans le compte ouvert à cet effet, soit directement par les clients, soit à travers le Crédit Foncier. Aujourd’hui, le compte en question est fermé, le site internet de l’entreprise a disparu. Les clients à qui Dame Ngalle avait promis des maisons clé en main quatre mois après le versement, n’ont aujourd’hui ni argent ni maison. De procès en procès, ils en sont  à reposer tout leur espoir sur le Président de la République. L’histoire se passe dans la ville de Douala, capitale économique du Cameroun.

La Mida se joue à Yaoundé

A Yaoundé la capitale politique cette fois, ce sont des milliards qui se sont envolés dans une affaire d’investissement, portée par la Mission de développement et d’intégration pour l’Afrique  (Mida). Cette structure avait également été présentée aux autorités administratives comme une panacée au chômage des Camerounais. Il suffisait d’après les initiateurs, de placer une somme d’argent quelconque entre leurs mains, et par un tour de magie dont ils maîtrisent seuls le secret, cet argent devait être multiplié par centuple  en un laps de temps, après une formation en plus.

Quel crédit accorder aux projets soutenus par le gouvernement ? L’Etat ne peut pas se dédouaner dans ces affaires, sa responsabilité est bel et bien engagée

Cantine d’argent retrouvée au siège de Mida.

La magie était tellement envoutante que les autorités administrative n’y ont vu que du feu, et ont procédé au lancement des activités sans se poser des questions,  rassurant près de 12 000 Camerounais qui se sont fait avoir. Il ne leur reste aussi que leurs yeux pour pleurer. Ces deux exemples sont atypiques, mais il y en a d’autres. Au fil des années, les Camerounais se laissent entrainer dans des projets foireux qui se révèlent par la suite être de l’arnaque,  et à chaque fois ces projets s’installent avec la bénédiction du gouvernement. On encore en mémoire Famm Cameroon, une autre entourloupe amenée toujours des Etats Unis il y a quelques années soit disant pour combler les failles de la sécurité sociale au Cameroun, ou Leadership Academy qui promettait d’amener les Camerounais dans les paradis étrangers. Sans compter de nombreux établissements de microfinance qui se sont installés avec des agréments obtenus en bonne et due forme, mais qui ont fermé portes et fenêtres, et on même emporté le paillasson, après avoir collectés des milliards de francs d’épargne des Camerounais qui se débrouillent.

La complicité du gouvernement

L’on en est à se poser la question de savoir quel crédit accorder aux projets soutenus par le gouvernement ? L’Etat a de tout temps été la garantie de la sécurité de tout citoyen, sécurité physique ou financière. Et les Camerounais qui sont si attachés à l’Etat, pour qui les autorités administratives sont parfois perçues comme des dieux, accordent entièrement leur confiance chaque fois qu’elles sont au côté d’un projet. Pourquoi sont-elles si promptes à donner caution, agrément et autorisation d’exercer à des fantômes alors que dans le même temps des investisseurs sérieux ont toutes les peines à obtenir des agréments ?

Quand les autorités donnent ainsi leur bénédiction à une initiative qui s’avère être une arnaque de la population, personne ne croira qu’elles étaient de bonne foi, au contraire, elles sont soupçonnées, comme c’est le cas dans les exemples cités plus haut, d’avoir des intérêts dans ces projets, quand elles ne sont pas simplement accusées d’avoir fermé les yeux à cause de l’enveloppe reçue des promoteurs. Et elles sont difficilement défendables dans ce cas. Aujourd’hui des pans entiers de la population souffrent, leur crime étant d’avoir fait confiance aux gouvernants. Dans les reportages, toutes les victimes reviennent en écho sur une seule motivation qui les a poussés à s’engager, la présence de l’autorité administrative. L’Etat ne peut donc pas se dédouaner dans ces affaires, sa responsabilité est bel et bien engagée.  Et dans un contexte où il y a crise de confiance à tous les niveaux, il est plus qu’urgent que les représentants de l’Etat, au niveau administratif et judiciaire, prouvent leur bonne foi, et prennent des mesures fortes pour redonner confiance à une population qui, à tout point de vue semble aujourd’hui désorientée.

Roland TSAPI

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