Affaire logements de la Sicc : la Justice piétine, les victimes aux abois

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A défaut de rentrer en possession des 2,9 milliards versés à la Sicc pour leurs maisons, les victimes réclament au moins le terrain pour lancer les travaux, à leur frais.

Logements Mbanga-Bakoko, samedi 30 juin 2018. Il est plus de 10h. Quelques ouvriers vont et viennent sous les fines gouttes de pluie. Les sons des marteaux, des râteaux, des pioches s’entremêlent. Les travaux sont effectifs sur une poignée de portions. Des écriteaux portant chacun un nom sont visibles par endroit. «Nous avions constaté qu’en sus de nous avoir arnaqués, la Sicc continue de revendre notre terrain. Pour ne pas perdre et la maison, et l’argent, nous avons décidé de lancer les travaux à nos frais, sur nos espaces», explique Joël Mbappe, Vice-président de l’Association des propriétaires des logements de la Garden Community de la Sicc (Southwest international construction corporation). «Nous savons que la Sicc ne reconstruira jamais ces maisons. Elle n’a plus de liquidités. Nous avons décidé de le faire, pour ceux qui le peuvent encore. Certains de nous ont perdu leur couples, d’autres sont morts. Il y en a aussi qui ont capitulé», confesse-t-il, dépité, devant la presse. L’association a d’ailleurs installée une plaque à l’entrée  du site, pour aviser tout éventuel acheteur.

A défaut de rentrer en possession des 2,9 milliards versés à la Sicc pour leurs maisons, les victimes réclament au moins le terrain pour lancer les travaux, à leur frais.

 A quand la fin de cette affaire qui a plongé plus de cent vingt sept personnes dans le désarroi ? Depuis 2017 que l’affaire a éclaté dans la presse, la Southwest international construction corporation, Sicc, qui est aux bancs des accusés, garde mutisme.  Pour faire bref, tout commence en 2010. La Sicc, se présentant comme la branche camerounaise d’une firme américaine lance ses activités au Cameroun. Sur son site internet, la société que dirige Brigitte Soppo Ngalle «indiquait qu’elle a quarante ans d’expériences dans le développement immobilier. Elle se proposait alors de construire en périphérie de Douala, une cité d’habitations haut-standing. Le site du projet était Yassa, par Mbanga-Bakoko, lieu dit Grande Trame, sur un terrain objet du titre foncier N°46372/W. La Sicc proposait trois types de logements, pour un prix compris entre 26.376.240 Fcfa et 46.901.663 Fcfa. Ce site internet n’existe plus aujourd’hui», se souviennent amèrement les victimes.

«Crise morale et économique»

Il fallait verser au minimum 10% du montant, et la maison était livrée au bout de quatre mois. Nous sommes en juin 2018. Aucune maison en vue. S’il s’agit d’une arnaque, tout était ficelé dès le début. Le ministère de l’Habitat et du Développement urbain… l’ambassade des Usa, le Crédit foncier (déclaré partenaire du projet) étaient descendus sur le site, question d’avaliser le projet. Tout le monde n’y a vu que du feu. Plusieurs Camerounais o

A défaut de rentrer en possession des 2,9 milliards versés à la Sicc pour leurs maisons, les victimes réclament au moins le terrain pour lancer les travaux, à leur frais.

Les herbes envahissent site.

nt versé de leurs économies dans le projet. «Nous sommes cent vingt sept victimes recensées. Parmi nous, il y a les Camerounais d’ici, ceux de la diaspora. Nous réclamons environ 2,9 milliards Fcfa à madame Soppo Ngalle», indique Mawell, porte-parole de l’association. Sur le plan judiciaire, ça piétine au tribunal de Grande Instance du Wouri à Douala. Les victimes attendent toujours un verdict pour paiement de dommages et intérêts.  Si leur avocat ne veut pas parler de dilatoire, Me Tegueh Hot ponctue tout de même : «Cette situation doit être considérée comme une crise morale et économique et qui peut être étendue à d’autres milieux

Boniface Ngangeh est meurtri. «Je m’étais engagé dans cette affaire parce que je m’étais renseigné sur cette l’entreprise de la dame. J’avais lu sur son site qu’elle avait quarante ans d’expérience dans le domaine en Floride. Et quand j’ai vu les autorités, notamment le Crédit foncier, comment ne pas croire au projet ? J’avais versé un premier paiement à hauteur de 4,6 millions Fcfa».  Sur une voix tremblante, les yeux larmoyants, Christiane Ndjiondjop témoigne son désarroi. «Ce n’est plus que le terrain que nous revendiquons parce qu’elle ne peut plus nous rembourser l’argent, et elle ne peut pas construire les logements. Nous voulons juste construire sur nos terrains. Si elle n’était pas soutenue, elle n’oserait pas faire autant de choses à d’innocents Camerounais. Elle continue de nous narguer, d’empêcher que nous construisons ici. Personne de nous n’a volé de l’argent pour lui remettre. Ce sont nos économies, nos dettes. Chacun a droit à un toit pour assurer sa retraite. Cette femme nous a touchés

Brigitte Soppo Ngalle

L’argent était prélevé mensuellement sur les comptes, en règlement des crédits que certains avaient contractés. L’opération a été suspendue il y a quelques mois, avec l’appui du gouvernement. Un comité de suivi régional et national a été mis sur pied il y a quatre mois. «Nous avons quitté la table des discussions parce que Soppo Ngalle nous disait de lui reverser 120.000 Fcfa pour le mètre carré. Pourtant nous avions déjà payé pour la livraison de la maison», souligne Joël Mbappe. On se rappelle qu’en 2017, Brigitte Soppo Ngalle disait sa bonne foi en promettant, urbi et orbi de livrer les maisons dans vingt-quatre mois. Qu’est-ce qui se coince ? Nous avons tenté à maintes reprises, de prendre langue avec elle. Nos sollicitations n’ont pas obtenu d’écho.

Valgadine TONGA

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