Afrique Centrale : la place des banques dans l’accompagnement de l’économie

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Les acteurs du monde de la banque et des Pme penchent sur la question à Douala, à la faveur de la 10ème édition de l’Africa Banking Forum.

Les acteurs du monde de la banque et des Pme en Afrique penchent sur la question à Douala, à la faveur de la 10ème édition de l’Africa Banking Forum.

L’Africa Bank Forum à Douala.

Aucun pays ne peut espérer au développement sans l’apport du marché bancaire. Sur ce point, tous les panélistes intervenus au premier débat d’ouverture de l’Africa Banking Forum (Abf) sont d’avis. Ils sont plus de 400 personnalités du secteur bancaire africain et du reste du monde, à se retrouver à Douala pour la 10ème édition de l’Abf. Qui se tient pour la première fois en Afrique centrale, et donc au Cameroun, du 28 au 29 juin 2018. Comment le secteur bancaire peut accompagner l’économie locale et partant, l’économie de la sous région Afrique Centrale ? C’est l’une des grosses problématiques débattues à la première journée.

Président de l’Association des Professionnels des Établissements de Crédit du Cameroun (Apeccam), Alphonse Nafack reconnaît que «la banque a un devoir, celui de financer l’économie, d’accompagner les pouvoirs publics à réaliser leur politique de développement.» Celui qui est par ailleurs Administrateur Directeur général de la banque panafricaine Afriland First Bank ponctue : «Le constat est réel. Il y a comme une espèce de divorce entre la Pme et la banque. Je suis entré à la banque il y a 36 ans. Le premier constat que j’ai fait c’est que 3% d’enveloppes de crédits étaient octroyés aux Pme. 36 ans plus tard, si vous faites le bilan, vous verrez que le total des engagements des banques à l’égard des Pme ne franchit pas le seuil de 10%, malgré les discussions, les échanges, les plateformes. Le fait est que la banque, dès sa création est appelée à faire des découverts, c’est-à-dire des crédits à la consommation, et non des crédits d’investissement. Comment vous pouvez développer un pays avec des crédits à la consommation ?»

«Secteur bancaire est fragile»

Les acteurs du monde de la banque et des Pme en Afrique penchent sur la question à Douala, à la faveur de la 10ème édition de l’Africa Banking Forum.

Alphonse Nafack.

Il s’agit donc pour les banques d’ouvrir les crédits aux investisseurs, notamment les start-up qui ont des projets de développement mais pas de ressources. Un autre problème subsiste. Celui de la solvabilité des clients. «Un secteur bancaire est fragile du fait des clients, d’un environnement juridique et judiciaire fragile, indique Alphonse Nafack. Qui poursuit, le total des engagements  des banques sur la clientèle camerounaise commence à devenir un élément inquiétant. Les Pme doivent bien comprendre qu’honorer leurs engagements participera à renforcer la solidité du système bancaire et financier camerounais. Honorer leurs engagements permettra de renforcer les fonds propres des banques et permettre aux banques de mieux les accompagner. Ça permettra aussi aux banques de payer plus d’impôts à l’Etat pour financer l’économie.» Les acteurs du monde la banque plaident pour une digitalisation du marché bancaire. «Les mécanismes de sécurisation des emprunts doivent être mis sur pied au Cameroun et en Afrique. Les banques veulent avoir confiance aux Pme avant de les financer. J’appelle donc à la digitalisation pour qu’on sache qui est qui. Ça facilitera la traçabilité des clients et des transactions», argumente Valentin Mbozo’o, Directeur général du Groupement interbancaire monétique de l’Afrique centrale. En Côte d’Ivoire, au niveau du financement des Pme, «nous avons passé une convention de la commande publique avec l’Etat. Qui permet d’établir un modus operandi sur le départ de la commande jusqu’au paiement. Ça permet aux banques de savoir à quel moment le paiement se fera, quels sont les documents, les entreprises soumissionnaires, les démembrements de l’Etat qui passent ces marchés ? Ça permet de fluidifier le processus», témoigne Serge Kouamelam, Directeur exécutif de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers.

Autres notions revenues à maintes reprises, la régulation et la mise à niveau. Il est question de mettre sur pied une régulation adaptée au contexte sous régional afin de rendre les banques compétitives. Les Petites et Moyennes entreprises devraient également être compétitives pour bénéficier des financements de banques nationales ou internationales. Ministre délégué au ministère des Finances, Yaouba Abdoulaye explique qu’au niveau du Cameroun l’accent est mis «sur l’organisation du secteur privé, le renforcement des capacités des entreprises. Les banquiers disent qu’il y a surliquidité, mais le secteur privé dit qu’il n’y a pas assez de crédits au niveau des banques. Il faut donc rapprocher les deux tendances. Et pour le faire, nous avons la certitude que des difficultés il y en a, les ressources il y en a, l’argent il y en a. Nous avons aussi la certitude que le secteur privé nécessite la mise à niveau pour être concurrentiel, non seulement avec les entreprises nationales mais internationales pour pouvoir exporter les produits et inonder le marché international. Nous avons donc l’organisme de mise à niveau des entreprises

Africa Banking Forum est un évènement de i-conférences. Si Douala a été choisie parmi toutes les capitales de la région pour accueillir cette édition, «c’est aussi pour souligner le potentiel dont dispose le Cameroun de devenir un véritable hub financier pour l’Afrique Centrale. La Vision 2035 pour l’émergence du Cameroun se fera aussi grâce à un secteur bancaire solide et sain afin d’accompagner le financement de la croissance» argue le président de i-conférences, Hassan M. Alaoui.

Valgadine TONGA

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