Crise anglophone : l’arrogance politique va nous coûter 14 milliards de plus

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Le plan d’assistance humanitaire a été annoncé hier par le Premier ministre.

«…Sur haute instruction du président de la République…» On a encore entendu cette rengaine le 20 juin dernier à Yaoundé, prononcé par le Premier ministre Philémon Yang, qui informait ainsi la nation qu’il a été décidé en haut lieu de lancer un programme national d’urgence humanitaire, pour venir en aide aux victimes de la crise anglophone. Pour l’instant, les « heureux » bénéficiaires choisi par le régime sont les 75 000 déplacées internes et les 21 000 réfugiés au Nigéria, si l’on s’en tient à leurs chiffres. Les décédés, les prisonniers, les commerçants qui ont perdu leurs capitaux, on verra leur cas après.

les « heureux » bénéficiaires choisi par le régime sont les 75 000 déplacées internes et les 21 000 réfugiés au Nigéria, si l’on s’en tient à leurs chiffres. Les décédés

Billets de banque

L’opération est évaluée entre 12 et 14 milliards de francs Cfa, supportés par le budget de l’Etat en principal, ensuite par les contributions volontaires et les dons des partenaires au développement.Un plan de mise en œuvre de 18 mois est prévu. La répartition de cette somme est aussi compliquée que les choses le sont dans ce pays, et en attendant le lancement officiel, la récolte et la mise en œuvre, il convient de relever que le Gouvernement dans l’ensemble ne pense au quotidien qu’à dépenser de l’argent du contribuable inutilement, en proclamant en même temps que des projets de développement piétinent faute de moyens. 14 milliards en effet, cette somme vient s’ajouter à la vingtaine de milliards de francs Cfa déjà dépensée jusqu’ici dans la crise anglophone, engloutie dans les missions fantoches effectuées dans les régions en crise et à l’étranger, le déploiement des forces de sécurité, les rencontres et autres séminaires, les réunions d’urgence.

Le mépris des accords d’unification

Autant d’argent déjà dilapidé dans une crise qui n’aurait pas existé n’eût été l’arrogance politique du régime de Yaoundé. Quand les avocats et les enseignants des régions anglophones descendent dans les rues en octobre 2016 pour des revendications encore corporatistes, ils reçoivent en réponse la violence de l’armée, doublée d’un langage de mépris des ministres du gouvernement qui reprenaient comme une chanson de l’école maternelle qu’il n’y a pas de crise anglophone. Devant ce mépris, les positions se durcirent, et réveillèrent les vieux ressentiments et frustrations, le sentiment d’injustice longtemps enfoui dans le tréfonds des populations anglophones, qui décidèrent d’en découdre une fois pour toute avec cette « République » qui les a relégué au second plan dans tous les domaines de la société, au mépris des accords d’unification qui prévoyaient un traitement d’égal à égal.

Des cris se levèrent dès lors pour demander que le président de la République fasse une descente dans ces régions, comme cela se passe dans un pays normal. Mais le Prince de Yaoundé préférait les sommets de l’Onu, pendant que la situation s’envenimait. Et nous en sommes aujourd’hui à un nombre de décédés que personne ne peut chiffrer avec exactitude, le Cameroun réputé pays d’accueil est devenu pays producteur de réfugiés et de déplacés. On en est à débourser d’énormes sommes pour essayer de recoller les morceaux, sans pour autant soigner le mal à la base. Nul doute que cette somme, si elle était trouvée, continuera à engraisser toutes ces forces tapis dans l’ombre qui se nourrissent de la crise, et qui n’ont aucun intérêt à ce qu’elle s’arrête.

Court-circuiter la communauté internationale

Il est désormais clair, le pays est en crise. Le gouvernement a passé bien du temps à faire la politique de l’Autriche, la réalité a fini par le rattraper, et il n’y a aujourd’hui plus moyen de se détourner. En fin mai dernier, l’Organisation des Nations Unis (Onu) s’était déjà prononcée sur la situation du Cameroun, en déclarant « une crise humanitaire dans la région anglophone du Cameroun.» L’institution internationale cherchait alors  15 millions de dollars américains, environs 8 milliards de francs Cfa pour fournir une aide vitale et prévenir d’autres difficultés pour la population touchée.

La réaction du gouvernement avec son plan d’urgence humanitaire vise ainsi à prendre de l’avance sur la communauté internationale. Cette communauté internationale dont l’intervention suppose au moins une chose : l’incapacité du pouvoir en place à trouver une solution. Cela se traduit souvent par la mise à l’écart de ce régime, la désignation d’un médiateur et des négociations qui devront aboutir à une solution dont le pouvoir en place ne devra pas faire partie. C’est cela que le pouvoir de Yaoundé veut éviter, en lançant dans un dernier sursaut d’orgueil un plan d’urgence d’aide humanitaire. Par coïncidence, comme le relevait un média en ligne, « cela arrive quelques jours seulement après que les États-Unis aient décidé de contourner les Nations Unies dans la livraison de l’aide dans certaines zones de conflit. » Wait and see!

Roland TSAPI

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