Ces infiltrés des formations politiques de l’opposition camerounaise (Analyse)

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Le retour au multipartisme, au début des années 90, a permis aux organisations politiques de se mouvoir dans l’arène sociale et de contribuer à construire le processus de démocratisation et de libéralisation de la vie politique. Tour à tour, sont nés le Social democratic front (Sdf), l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), l’Union démocratique du Cameroun (Udc), le Mouvement progressiste (Mp), le Mouvement démocratique pour la défense de la République (Mdr), l’Alliance pour la démocratie et le développement (Add). Les leaders ayant été élus à la tête de ces formations politiques restent toujours juchés à cette position de pouvoir.

Ce fut alors l'entame de la dynamique de captation des prétendus leaders et opposants dans le régime en place. Alors que Issa Tchiroma Bakary et Amadou Moustapha

Frédéric Kodock

Au rang des formations politiques de l’opposition camerounaise nées de l’enclenchement démocratique, certaines d’entre elles ont fait piètre figure en opérant des formes de collaborationnisme avec le gouvernement. Ceci est fait à l’aune de la  convention structurant l’alliance gouvernementale. L’Upc représentée par feu Augustin Frédéric Kodock, alors secrétaire général du parti historique, l’Undp, dont la figure de proue est Bello Bouba Maigari, et le Mdr, dont la tête emblématique est Dakole Daissala, ont tous les trois, signé cette alliance gouvernementale, dont les desseins se sont avérés deux décennies après, égocentriques, voire individualistes pour certains leaders. Preuve, c’est à la faveur de cette alliance gouvernementale nouée en 1996 que certains leaders et des proches collaborateurs desdits leaders avaient été cooptés dans le gouvernement. Ce fut alors l’entame de la dynamique de captation des prétendus leaders et opposants dans le régime en place. Alors que Issa Tchiroma Bakary et Amadou Moustapha, figures politiques à l’époque cadres de l’Undp, avaient été nommés grâce à cette alliance, Augustin Frédéric Kodock, Simon Mbila,  Henri Hogbe Nlend, feus  Samuel Makon Weyong et Isaii  Toko Mangan, sont, entre autres, des cadres du parti historique qui avaient, chacun, bénéficié d’un strapontin au gouvernement.

Le prix des postes

Ce fut alors l'entame de la dynamique de captation des prétendus leaders et opposants dans le régime en place. Alors que Issa Tchiroma Bakary et Amadou Moustapha

Dakole Daissala

Certes Bello Bouba, Kodock et Dakole Daissala avaient signé cette alliance, mais ce procédé de signature n’avait guère été requis et  légitimé par la base militante, laquelle se morfondait sous cape à travers quelques velléités contestataires. C’est à cause de ce vice, mieux à cause de cette incurie que des factions avaient été  créées vu que d’autres cadres manifestèrent des signes de frustrations. Dans la structuration du factionnalisme dans les formations politiques de l’opposition, le jeu du gouvernement est bien cerné tant l’État opte, en général, pour la politique de la division pour mieux régner. Le ministre de l’Administration territoriale est la pièce maitresse œuvrant à l’agrégation des factions diverses comme c’était le cas en 2013, où il fallait que l’Upc présentât les candidats au double scrutin légitime et municipal non plus en rangs dispersés, mais en rangs serrés. C’est ainsi que Basile Louka, Jean Bahebeck, Pierre Sende, Bernard Ouandji et Felix Zogning avaient été réunis en 2013 par René Emmanuel Sadi, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd) de l’époque. Toute chose ayant permis au parti du crabe d’engranger des sièges de députés dans le département du Nyong et Kellé et des places de conseillers municipaux dans ce département et dans des localités du Littoral. Robert Bapooh Lipot, Pierre Sende et Ngo Djon sont des figures étant devenues  députés.

Autant il y a les diatribes ethniciste et factionnaliste communautariste dans des formations politiques de l’opposition camerounaise, autant il y a des agents de renseignements infiltrés qui font le jeu du système gouvernant en collaborant autant que possible avec le régime. En restant, par exemple, à l’Upc, malgré la tenue des assises antérieures du congrès ordinaire ayant abouti au renouvellement de l’élite dirigeante, il y a toujours un acteur qui sème le jeu trouble et organise une méthode de scission. Histoire de faire perdurer la conflictualisation des rapports avec d’autres cadres. En effet, alors que Victor Onana avait été élu président du bureau du comité directeur de l’Upc et  Basile Louka secrétaire général, Bapoo, nanti de sa posture de député, avait opté pour la politique de la chaise vide et avait joué aux abonnés absents. Au lieu de s’allier aux autres cadres finalement regroupés dans la même enseigne, Bapooh Lipot a continué à entretenir l’option de la division en se prévalant de la stature de Secrétaire général. Pourtant, ce n’est que de l’imposture tant il n’a jamais été élu à ce poste. Même lors des dernières assises, Habiba Issa et Pierre Baleguel Nkot ont été élus, la première à la tête du bureau du comité directeur, et le second Secrétaire général. Malgré tout, ce député Upc continue, jusqu’à présent à se réclamer de la posture de Sg.

Habiba Issa a vaincu Victor Onana, président sortant, sur le score de 236 voix contre 122. Elle était, jusqu'alors, 3ème vice-Présidente nationale de l’ Upc.

Habiba Issa.

Ce qui est curieux, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) et la Crtv-radio et télé  accordent une onction à ce jeu malsain, en laissant prospérer cette imposture à travers l’attribution de ce titre. À preuve, le secrétaire général du comité central du Rdpc invite Bapoo Lipot en tant que Sg de l’Upc alors que lors de la cérémonie de présentation des vœux au président de la République, c’est Basile Louka qui honorait de sa présence cette cérémonie. Le 10 juin 2018, sur l’antenne de la Crtv-télé, au cours de la même soirée, P. Baleguel Nkot a été invité à l’émission « Actualité hebdo » comme Sg de l’Upc. Quelques heures après, à l’émission « Scènes de presse », c’est R. Bapoo Lipot à qui le poste de Sg de l’Upc a été curieusement attribué. Voilà comment la Crtv entretient délibérément la manipulation et la désinformation autour du poste de secrétaire général de l’Upc. Toute chose qui relève d’un jeu malsain. La Crtv et le Rdpc sont donc dans une logique collusive inédite. Sans conteste, l’on sait, en permanence, quelle est la figure qui sème le jeu trouble et qui est infiltrée et collaborateur du gouvernement.

Il est possible, dans le même ordre d’idées, de repérer d’autres infiltrés dans des formations politiques de l’opposition camerounaise. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), jeune formation politique, a été aussi infiltré et infesté par quatre figures qui avaient été, au départ, des membres fondateurs. Mais chemin faisant, des cadres du parti de Maurice Kamto se sont rendu compte que quatre individus étaient, sous cape, des collaborateurs du système gouvernant en place. Fabien Assigana, président du Mouvement républicain (Morep), et Frank Hubert Ateba, vice-président de l’Association des amis de Paul Biya, en sont deux exemples. Comment peut-on être leader d’une organisation de la société civile qui se prévaut d’être une structure para-politique amie du président de la République et être, en même temps, membre fondateur du Mrc? Quel mirage!

Schisme dans le Cpp

Le Cameroon people’s party(Cpp), dont la figure est Edith Kah Walla, expérimente ces derniers mois, le factionnalisme dans son enseigne. Deux cadres ont choisi le scénario conflictuel, en s’opposant, de manière viscérale, au staff dirigeant du parti. Roger Gérard Ndebi, 1er vice-président déchu du Cpp, et Samuel Tita Fon, président fondateur, lui aussi sanctionné, sont, tous les deux, accusés de déroger aux principes normatifs inhérents au fonctionnement du parti. Alors que le Cpp décide de ne pas participer aux  parades du défilé civil de la fête nationale de l’unité et de la jeunesse, Ndebi et Tita Fon s’y opposent et publient des contre-communiqués pour saper l’action décidée en amont par le staff dirigeant. Convoqués à plusieurs reprises pour répondre de ces vices, les deux concernés ne se sont jamais présentés et continuent, vergogne, d’entretenir le schisme dans le Cpp. C’est ainsi qu’ils ont été exclus il y a plusieurs mois. Ces deux larrons politiques, en décidant de faire le jeu du régime en accréditant les actions et événements organisés par le parti, ne s’agit-il pas d’une logique collaborationniste entretenue avec le régime en place? Il faut être sot pour ne pas comprendre que ces deux exemples qui optent pour la rupture sont désormais devenus des agents infiltrés qui sèment la zizanie dans cette entité politique.

Alors qu’il est accusé de voie de fait par Dieudonné Yebga, A.Ekane signe et persiste sur la tenue du congrès ordinaire du parti.

Anicet Ekane.

En jetant aussi un regard sur la fonctionnalité du Manidem, certaines curiosités laissent entrevoir que les querelles de leadership et de positionnement qui ont cours dans cette formation politique ne naissent pas ex nihilo. Banda Kani, qui avait substitué à Anicet Georges Ekane à la tête du parti, s’est vu, des mois après, troublé et perturbé  et a préféré lâcher du lest. Ainsi avait-il claqué la porte et n’avait pas transcendé le jeu biaisé, piégé et vicié de Ekane qui s’obstinait à avoir la mainmise, voire l’emprise sur la hiérarchie du parti. Comment peut-on décidé, en même temps, de quitter la tête du parti en devenant ce qui fait office de conseiller et continuer, en même temps, de rôder autour de l’entité dirigeante pour influencer la nouvelle figure tenant les rênes? Après l’épisode Banda Kani dans ce téléfilm de la politique- spectacle, c’est aujourd’hui l’épisode de Dieudonné Yebga. Ce leader du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie fait les frais de  l’hyper puissance et de l’autoritarisme de Anicet Ekane. Yebga, qui a déposé une requête en fin mai 2018 pour requérir l’annulation du congrès ordinaire du Manidem le 2 juin 2018, n’a pas eu gain de cause car le recours a été jugé irrecevable. Cette assise du congrès ordinaire a été sanctionnée par le retour de Ekane à la tête du parti. En disséquant aussi la pieuvre de la scission dans le Manidem, ne peut-on pas conclure à la thèse de l’appréhension de ce leader comme une figure à la solde du système gouvernant en place chargée, de manière honteuse, d’animer la logique du schisme ou de sécessionnisme à la tête du parti? Comment une autorité administrative peut-elle légitimer la déclaration de la manifestation publique liée à l’organisation du congrès ordinaire du Manidem alors que l’initiateur est sous le coup d’une sanction infligée par D. Yebga, président élu. Autant l’administration fait prospérer la logique divisionniste dans l’Upc en accréditant les actions des infiltrés, autant le phénomène est expérimenté dans l’enceinte du Manidem. In fine,  pourquoi autant de batailles de positionnement et de re-positionnement à la tête du Manidem alors que cette formation politique n’a même pas un siège de conseiller municipal dans une commune d’arrondissement d’une aire géographique déterminée?

Serge Aimé BIKOI

Lire aussi: http://lavoixdukoat.com/2018/05/24/opposition-camerounaise-limpossible-union/

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