L’argent en politique : objet de monstration sociale pour plaire au prince

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Depuis la survenue du phénomène des transes collectives des apparatchiks du régime en place, dont le dessein est de soutenir, une fois de trop, la candidature de Paul Biya à la prochaine présidentielle, certains cadres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) s’investissent, tous azimuts, à « faroter » lors des meetings de soutien. Histoire de créer une espèce « d’atalakou » dans l’escarcelle politique et de tenir en haleine le lion politique camerounais. En effet, durant les récents meetings de rassemblement et de soutien du parti au pouvoir, en l’occurrence ceux qui se sont déroulés dans les départements de la Lekié et de la Mefou et Afamba, des ressources pécuniaires faramineuses ont été investies aux fins de contribuer au financement de la campagne électorale de leur champion à l’approche de l’élection présidentielle.

Après la Lekié, le département de la Mefou et Afamba a contribué à hauteur de 61millions 825.000 Fcfa. Nous sommes, en réalité, dans un contexte sociétal où des thuriféraires du régime en place pensent davantage à leur ventre et à la politique du ventre au bénéfice

Meeting de soutien du 8 juin de la Mefou et Afamba.

Si les partisans du paradigme utilitariste et fonctionnaliste soutiennent l’argument central de l’appréhension du pécule comme facteur nécessaire à l’investissement des cadres et militants en politique, les défenseurs de la théorie critique estiment que la folie dépensière, dans le champ politique, est une méthode de positionnement et de repositionnement des figures publiques. Question de plaire au Chef et d’escompter, en retour et à la longue, des dividendes politiques liées à la conquête des positions de pouvoir et d’autorité dans les strates administrativo-politiques.

Henri Eyebe Ayissi, membre du comité central du Rdpc, et ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), est la personnalité politique qui  avait, il y a un an, enclenché le scénario de la création du fonds de soutien au financement de la campagne électorale en faveur du président national du parti du flambeau ardent. A la faveur de cette initiative, le département de la Lekié a atteint le cap de 50millions de Fcfa comme pécule récolté. Le département de la Mefou et Afamba a emboîté le pas au département de la Lekié en contribuant à hauteur de 61millions 825.000 Fcfa le 8 juin 2018 à Mfou. Quelques singularités parmi les noms de donateurs sur la soixantaine de millions de Fcfa récoltés:

*Luc Magloire Mbarga Atangana, membre du comité central du Rdpc, ministre du Commerce (25 millions de Fcfa) ;

* Sylvestre Naah Ondoa, membre du comité central du Rdpc, ancien ministre, sénateur  Rdpc du Centre (5millions de Fcfa);

*Roger Melingui, membre du comité central du Rdpc, ancien ministre (3millions de Fcfa);

*Roger Belinga Abouna, maire de la commune d’arrondissement de Mfou (1million 500.000 Fcfa).

Misérabilisme ambiant

Après la Lekié, le département de la Mefou et Afamba a contribué à hauteur de 61millions 825.000 Fcfa. Nous sommes, en réalité,  dans un contexte sociétal où des thuriféraires du régime en place pensent davantage à leur ventre et à la politique du ventre au bénéfice

Une Route en manque de travaux.

Ces curiosités liées au « farotage » dans le champ politique, bien qu’elles soient importantes pour la construction d’un fonds de soutien à la campagne électorale pour les prochaines échéances, laissent, tout de même, perplexe et interrogateur. En fait, jamais nous n’avons vu des têtes emblématiques en politique investir autant de fonds pour œuvrer à l’amélioration des conditions de vie et de travail des populations locales engluées dans un misérabilisme ambiant et dans une paupérisation chancelante. Jamais un fonds de soutien à la construction des infrastructures de développement n’a été créé dans les aires géographiques hétérogènes camerounaises. Jamais un fonds de soutien n’a été étrenné pour susciter et contribuer à l’essor des localités enfouies dans le mal-être sociétal.  Bien d’aires culturelles des contrées urbaines, péri- urbaine et rurale manquent, de façon criarde, d’hôpitaux, de centres de santé, des routes, des écoles, des fabriques, des centres de loisirs, des logements sociaux décents, etc. Jamais un fonds de soutien n’a été initié pour, au moins, satisfaire les besoins de consommation de base des populations locales. Jamais un fonds de soutien n’a été implémenté dans le but d’engager, de manière intentionnelle et décisive, le Cameroun dans la politique économique  productive en termes de création de micro et macro-industries, vecteur et catalyseur de richesse au plan économique.

A quoi sert, en réalité, l’investissement des ressources pécuniaires colossales dans la dynamique de soutien à la campagne électorale alors que des catégories sociales du bas-peuple sont meurtries à cause des conditions misérables dans lesquelles elles croupissent depuis des décennies? Nous sommes, visiblement, dans la société camerounaise contemporaine où des personnalités politiques et publiques affichent plus d’égoïsme, plus d’égocentrisme et plus d’individualisme en faveur de leur baron au sommet de l’État au détriment du collectif sociétal qui meurt de faim et de pauvreté. Nous sommes, en réalité,  dans un contexte sociétal où des thuriféraires du régime en place pensent davantage à leur ventre et à la politique du ventre au bénéfice de leur champion, dont ils soutiennent, sans fard et sans vergogne, le maintien. L’argent en politique, au-delà de la connotation utilitariste et mercantiliste que revêt ce déterminant pour œuvrer au financement de la campagne électorale, est, dans la galaxie critique, un invariant de la monstration sociale. Question de plaire au prince et de s’inscrire dans la logique de la quête de renforcement des dividendes liées à la capitalisation des fonctions décisionnelles dans la techno-structure bureaucratique.

Serge Aimé BIKOI, Journaliste et Sociologue du développement

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