Salon international du livre de Yaoundé: l’histoire africaine en débat

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Des universitaires et intellectuels d’ici et d’ailleurs crèvent l’écran sur le site du Silya. Depuis le 8 mai 2018, des maîtres de la Sapientia locaux et étrangers dispensent des cours magistraux sur des thématiques brûlantes qui interpellent la conscience collective du continent noir. Le 9 mai 2018, Jean Emmanuel Pondi, Prince Kum’a Ndoumbe III, Gaston Kelman, N’Dongo Mbaye, Blick Bassi, Gaston Paul Effa, etc ont entretenu le grand public autour des sujets marquants de l’heure.

Salon international du livre de Yaoundé: l’histoire africaine en débat

A l’ouverture du Silya 2018.

L’après- midi du 9 mai 2018 a été marqué par des cours magistraux diffusés par des enseignants de rang magistral venus du Sénégal, du Gabon, de la France, des États-unis. Jean Emmanuel Pondi, Jean Tabi Manga, Eugène Ebodé, Emmanuel Matateyou, Kuma Ndoumbe III et Gaston Kelman sont les trois figures dont le sujet a tenu en haleine la foule d’étudiants et d’enseignants massés sur le site du Salon international du livre de Yaoundé, Silya. «Faire connaître l’histoire africaine», c’est le thème qui a consisté à redéfinir la pensée africaine.

Salon international du livre de Yaoundé: l’histoire africaine en débat

Gaston Kelman.

Tous à l’unisson ont appelé à une prise de conscience des Africains afin de repenser son propre développement. «Je suis fâché contre l’intellectuel que contre l’homme politique», dixit Gaston Kelman, écrivain franco-camerounais, qui se préoccupe de l’aliénation des Africains plus portés à théâtraliser les comportements des colons au détriment des Noirs. L’auteur de «Je suis noir, mais je ne mange pas le manioc» prend l’exemple d’un enseignant de Sociologie  qui est, chaque année, enclin à dispenser les enseignements des théoriciens sociologues étrangers aux Camerounais. Un exemple qui témoigne, d’après Kelman, de «la désocialisation et de l’acculturation des universitaires prêts à ressasser ce qui vient de l’occident. Toute chose qui est une tare».

«Aucun chef de département ministériel camerounais n’a acheté notre ouvrage collectif « Repenser le développement au Cameroun à partir des logiques internes» souligne Jean Emmanuel Pondi. Qui assomme le public ahuri avec cette déclaration forte pour constater la phobie des dirigeants camerounais pour les productions académiques visant à battre en brèche les logiques de développement exogènes opérationnalisés au pays. Pour l’internationaliste enseignant à l’Iric (Institut des relations internationales du Cameroun), «les Camerounais sont imbibés d’un complexe de colonisé lié au mythe du Blanc qui, d’après eux, les dépasse». C’est pourquoi ils passent le plus clair de leur temps à  imiter, de manière servile, les étrangers. Celui qui a remué le couteau dans la plaie est Prince Alexandre Kum’a Ndoumbe III, enseignant de littérature et des langues africaines.

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Prince Kum’a Ndumbe III

Pour cet esthète du verbe, Il est urgent de rompre avec l’enseignement des langues coloniales (le Français, l’Anglais, l’Allemand, l’Espagnol, etc. L’auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages focalisés sur des langues africaines révèle avoir créé, à Douala, une école doctorale spécialisée dans les questions de littérature et langues africaines, dont la première étudiante va soutenir la Thèse de Doctorat Ph.d dans les prochains mois.  Kum’a Ndoumbe III fustige la propension des universitaires locaux à diffuser, dans le terroir, les savoirs extérieurs alors le contingent massif des enseignants d’ici est pourvu de savoirs endogènes indéniables. Le fondateur de l’école doctorale s’étonne, de surcroît, de ce que les théorèmes de Pythagore soient enseignés en Afrique alors que le même Pythagore est venu lui-même apprendre dans le continent noir.

Serge Aimé BIKOI

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