Messe pascale pour les prisonniers de luxe: entre spectacularisation et politisation

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Un phénomène curieux s’est passé le week-end dernier à la prison centrale de Yaoundé. A la veille de dimanche pascal, Mgr Jean Mbarga, l’archevêque de l’archidiocèse de Yaoundé, a dit une messe à laquelle ont assisté des gros bonnets de la République, écroués et condamnés depuis des années pour la plupart. Les images de ces prisonniers de luxe ont tellement été diffusées sur les réseaux sociaux que l’on s’est demandé quel est l’intérêt croissant pour une telle mise en scène.

Quels types de mécanismes de changement de comportements peuvent être implémentés pour opérer une métamorphose de ces prisonniers de luxe en quête de repentance. Un phénomène curieux s'est passé à la veille de dimanche pascal, à la prison centrale de Kondengui. Mgr Jean Mbarga, l'archevêque de l'archidiocèse.

Les prisonniers de luxe en pleine messe pascale.

Dans la soirée du samedi  saint -31 mars-, deux images fortes des prisonniers de luxe ont circulé sur la toile. La première est celle où étaient visibles Gervais Mendo Ze, ancien Directeur général de la Crtv, Jean-Baptiste Nguini Effa, ancien Directeur général de la Scdp, et Jean William Sollo, ex-Directeur général de la Camwater. La seconde laissait transparaître, en arrière plan, Inoni Ephraim, ancien premier ministre, et Basile Atangana Kouna, ex-ministre de l’Eau et de l’Énergie. Dès la première diffusion, d’aucuns ne croyaient pas à ces clichés réels. Mais cela n’a pas empêché des centaines de personnes de partager ces deux images sur la toile et d’en faire, par la même occasion, des commentaires cocasses et tendancieux. La diffusion massive et prescriptive desdites images a permis de se rendre compte, une fois de plus, que des concitoyens vouent un culte au sensationnel et accordent une onction à la société-spectacle.

En quête de repentance

Passer des jours à ergoter sur la participation des gros bonnets de la République à une messe de veille de dimanche pascal et à affubler ces derniers de stéréotypes négatifs, voire péjoratifs témoigne, à suffire, de ce que des compatriotes aiment des images-spectacles et des faits divers. Pourtant, Un questionnement pertinent peut être formulé autour de ces deux clichés, en l’occurrence autour de l’organisation d’une messe pascale par l’archevêque métropolitain en lieu et place de l’aumônier de la prison centrale de Yaoundé. De prime abord, dire une messe devant les grosses légumes de la République qui occupent la première vitrine incite à se questionner autour de l’importance du message  destiné à être véhiculé en pareille circonstance. Dans un contexte où presque toute la République est écrouée en prison, l’on se pose la question de savoir quels types de mécanismes de changement d’attitudes et de comportements peuvent être implémentés pour opérer une métamorphose de ces prisonniers de luxe en quête de repentance.

Dans un contexte où la corruption, la prévarication et les autres formes de pillage de la fortune publique sont faites au détriment de la survie des bureaucraties étatiques, le message de la renaissance des comportements sains est-il opératoire pour une résurrection des gestionnaires de deniers publics affranchis des excroissances sociétales  liées, entre autres, au brigandage des biens publics? Autant de questions et d’interrogations qui poussent à réfléchir sur l’impact social d’un message spirituel à diffuser dans la conscience collective des détourneurs de fonds publics. Au-delà de ce message de la refondation de l’être consécutif à l’expiation des péchés véniel et mortel des grosses légumes de la République,  pourquoi ne pas penser, dans la même veine, à celui du remboursement ou du rapatriement des fonds publics pillés? C’est une autre paire de manches qui mérite réflexion.

Serge Aimé BIKOI

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