Lucas Kamdem «Les pauvres ne savent pas où ils vont, ils marchent souvent comme des fous»

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Entrepreneur accompli, africain affirmé, Lucas Kamdem est aussi un écrivain engagé. Un engagement contre les dogmes qui enfouissent les Africains dans une léthargie. Un engagement à la conscientisation et à l’éveil de la jeunesse africaine. Il détaille en profondeur ces valeurs dans son livre de 286 pages, «De la misère à l’abondance». Il a saisi la plateforme de la Fiac pour échanger avec le public. Dans cette interview, le notable à la Cour Royale de Baham –d’où son titre de notabilité Souop Soffo Sa’a Meku- revient sur les grandes lignes de son livre.  

Entrepreneur accompli, africain affirmé, Lucas Kamdem est aussi un écrivain engagé. Un engagement contre les dogmes qui enfouissent les Africains dans une léthargie.

Qu’est-ce qui justifie votre présence à la Fiac ?

Je suis venu à la Fiac parce que c’est une foire des affaires et du commerce et je suis entrepreneur à la base. J’ai des entreprises. J’en ai créé une trentaine, il y a sept qui ont survécu, qui marchent assez bien. Mais je suis surtout là parce que j’ai écrit un livre, «De la misère à l’abondance», qui s’adresse à tous les jeunes africains, à tous les entrepreneurs africains, à tous ceux qui veulent contribuer à ce que l’Afrique devienne libre financièrement, politiquement, économiquement.

Dans le livre, vous citez neuf secrets de l’intelligence financière. Si vous devriez les résumer en un seul, que diriez-vous ?

S’il faut résumer les neuf secrets de l’intelligence financière, je dirai qu’il faut être un vrai Homme. C’est-à-dire qu’en réalité, il faut réunir un certain nombre d’intelligences. Il y a des gens qui pensent qu’il faut seulement avoir un gros Quotient intellectuel. Cela ne suffit pas. Il faut en plus être physiquement en forme. Quand on dit dans nos langues que «celui-ci est un vrai homme», ça veut dire qu’il a une bonne intelligence physique, une bonne santé, une bonne intelligence mentale, un bon QI, mais qu’il a aussi deux intelligences qu’on cite très peu : l’intelligence émotionnelle et l’intelligence spirituelle. L’intelligence émotionnelle c’est la capacité à gérer ses propres émotions et celles des autres. Aucun commerçant ne peut réussir à vendre s’il n’aime pas ses clients. Ça veut dire qu’il  doit avoir une certaine émotion qu’il transmet à ses clients pour les convaincre. Quel sens il donne à sa vie ? C’est le volet spirituel. Quelle vision j’ai de ma vie ? Qu’est-ce que je veux offrir au monde ? Plus on peut donner à plein de gens, plus on est riche. C’est pour cette raison que j’envisage, avec MTA- Restauration de vendre même 100.000plats par jour au Cameroun. Ainsi, j’aide un grand nombre de personnes, en m’enrichissant aussi. Le grand résumé, c’est changer de paradigme pour passer du paradigme chose –un esclave, un objet qui dérive comme sur une rivière-, pour devenir un vrai Homme, quelqu’un qui peut penser par lui-même, qui est discipliné, autodéterminé. C’est un certain nombre de principes fondamentaux qui font qu’il y a des gens qui sont pauvres et d’autres riches.

Quels sont ces principes qui caractérisent le riche et le pauvre ?

Les vrais riches savent où ils vont. Les pauvres ne savent pas souvent où ils vont. Ils marchent souvent comme des fous. Tu lui demandes où il va, il te dit «je vais tout haut», même s’il est en train de descendre. Il y a plein de choses que les jeunes doivent savoir. Les vrais riches sont disciplinés, prudents. C’est la clé de leur réussite. Il y a des riches qui se déplacent avec minimum trois voitures. On pense que c’est pour se vanter, pourtant il assure ses arrières au cas où un problème survient. Le développement personnel est important pour les jeunes.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes pour contourner les dérives qui les empêchent d’atteindre l’abondance ?

Le jeune doit premièrement savoir où il veut aller. Deuxièmement, il doit apprendre à donner la priorité aux priorités. Troisièmement, il faut être proactif. Les Camerounais doivent arrêter de se plaindre de tout et de rien. J’ai entendu un Camerounais au Canada dire qu’il ne revient pas au Cameroun tant que Paul Biya est au pouvoir. Non ! C’est idiot. La réalité parfois c’est qu’il n’a même pas d’argent pour payer un billet d’avion. Les jeunes doivent apprendre à être disciplinés. L’indiscipline qu’il y a au Cameroun est parfois effrayante. Quand vous voyez les gens rouler à gauche alors qu’il faut rouler à droite, c’est extraordinaire. Nous ne voyons pas beaucoup cette situation à Yaoundé où je vis, mais c’est grave à Douala. Cette indiscipline doit changer. Evidemment l’Etat doit contribuer à ce changement. Il n’est pas normal qu’on laisse les gens violer les feux de signalisation à volonté. Donc même sur le plan purement social, les jeunes doivent apprendre à être disciplinés, à vivre en harmonie avec leur environnement.

Entrepreneur accompli, africain affirmé, Lucas Kamdem est aussi un écrivain engagé. Un engagement contre les dogmes qui enfouissent les Africains dans une léthargie.

La Bible dit, «Heureux les pauvres car le royaume des cieux leur appartient». Pourquoi soutenez-vous que la pauvreté est une maladie ?

La pauvreté est une maladie. En réalité, c’est d’abord une très mauvaise interprétation de la Bible ; et il y a plein de choses pareilles qui ont été mises dans la tête des Africains, qui n’ont rien à voir avec la vérité. La plupart des grands hommes dans la Bible étaient des riches. Ils sont donc en enfer ? La vérité c’est qu’il n’est pas bon qu’un homme soit pauvre. Mon coach m’a dit un jour, «le jour où on a dit que tout est possible à Dieu, il a dit je veux être riche et aller au paradis.» C’est à chacun de se faire sa religion. Le vrai problème c’est qu’il y a des gens qui grandissent avec des mythes qu’ils prennent pour des faits.

Etes-vous contre les chrétiens ?

Déjà, je ne suis pas contre les chrétiens en soi, parce qu’il y a des chrétiens riches, des chrétiens grands entrepreneurs. Mais c’est le type de formation qu’on donne à nos chrétiens qui me fait penser que quelque part, il y a quelque chose qui ne va pas. Parce qu’il y a des prêtres, des pasteurs, des enseignants qui sèment dans les esprits des jeunes, les graines de la peur, de l’incertitude. Quand on a peur on ne peut pas entreprendre. Quand on ne sait pas où on va, ce que l’on veut, on ne peut pas réussir. J’aimerai pouvoir réunir tous ces pasteurs, tous ces prêtres pour leur conseiller de changer de discours. Je ne suis contre personne. La pauvreté pour moi est la plus grosse des maladies. Quand je vois le nombre d’étrangers qui viennent s’enrichir au Cameroun pendant que les Camerounais dorment jusqu’à rêver qu’ils dorment, je trouve que ce n’est pas normal. Pendant que les pays comme la Chine pense à l’irrigation en saison sèche, au Cameroun nous prions pour qu’il pleuve. Raison pour laquelle je me bats à mon niveau pour que les choses changent un peu. Je suis très fier de voir que petit à petit, les Camerounais comprennent que compter uniquement sur son bulletin de salaire c’est vivre esclave toute sa vie. La seule vrai richesse se crée. C’est pour ça que faire de l’agriculture sans transformation ne veut rien dire. Quand j’ai visité les stands du made in Cameroon à la Fiac, j’étais énormément content. Il y a des produits excellents. J’ai mangé un chocolat artisanal qui coûterait de l’or ailleurs. Nous voulons faire comprendre aux Africains, aux Camerounais de la diaspora qu’ils peuvent rester chez eux mais y vendre au moins ce que nous aurions produit. J’ai acheté des babouches à 5000Fcfa. Si on met la même babouche dans une grande surface étrangère, les Camerounais iront acheter à 100.000Fcfa, pourtant ils l’ont chez leurs frères Camerounais à vil prix.

Entretien par Valgadine TONGA 

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