Portrait/ Edith Flaure Mipo Tchinkou : l’architecte au pas féminin

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Sur un chantier, elle porte les bottes aussi bien que les hommes. Edith Flaure Mipo Tchinkou a fait de son métier sa passion.  Pousser les femmes à s’engager dans les métiers de l’architecture est son combat.

Elle pourra vous parler d’architecture toute une journée, sans hiatus. Edith Flaure Mipo Tchinkou partage une passion peu commune au Cameroun, l’architecture. Les participants à la table ronde sur les femmes architectes, tenue le jeudi 22 mars 2018 à Douala, l’ont bien noté. Pour le choix du panel, l’agence de communication FabAfriq –initiateur de la rencontre- a déniché des femmes architectes au Cameroun. Ce sont des perles rares. Edith Flaure Mipo Tchinkou en est une. Au réveil, Edith Flaure enfile ses bottes pour le chantier. Si les travaux ne fonctionnent pas à son goût, elle n’hésite pas à revoir ses notes et ses croquis sur sa machine. Pour cette architecte urbaniste, l’architecture c’est le beau et la qualité.

Sur un chantier, elle porte les bottes aussi bien que les hommes. Edith Flaure Mipo Tchinkou a fait de son métier sa passion. Pousser les femmes à s’engager

A l’écouter, on pourrait croire qu’Edith Flaure a toujours rêvé d’architecture. Que non ! Plus petite, ce bout de femme, -la trentaine sur les épaules- aspirait à autre chose. «A la base, j’ai des prédispositions à être journaliste, professeur d’anglais. Certaines personnes me disaient que je peux être une bonne communicatrice.» Une fois bachelière, Edith Flaure Mipo Tchinkou opte sans grande surprise pour les Lettres bilingues. Elle obtient une Licence en Lettres bilingues à l’Université de Yaoundé I, puis une Maîtrise en Lettres modernes françaises. Alors qu’elle prépare  la soutenance pour son Master II, le sort décide autrement. «Au départ, se souvient Edith Flaure Mipo Tchinkou, l’architecture n’était pas une motivation en tant que telle. C’était d’abord une obéissance aux aînés, parce que c’est un aîné qui me demande de faire le concours d’entrée à l’Institut des Beaux Arts de l’Université de Douala à Nkongsamba. Je réussis au concours. Au départ ce n’était pas facile parce que je passais en Master II à l’Université de Yaoundé I. Il fallait encore rentrer recommencer en Ière année à l’Institut des Beaux Arts (Iba). La 1ère année n’était pas facile. En 2ème année j’ai commencé à prendre goût et c’est comme ça que la passion s’est installée. Aujourd’hui j’exerce ma profession avec passion.»  Après cinq ans à l’Iba, elle sort en 2014, tête haute, diplôme haut la main. Le tour n’est pas joué pour autant.

Face au sexisme

Sur le terrain, Edith Flaure Mipo Tchinkou est confrontée à deux grandes réalités. Primo, l’architecte est peu connu au Cameroun. Secundo, être femme architecte, c’est dur. «Actuellement, les ingénieurs semblent ravir la vedette dans le domaine de la construction. On va entendre très peu parler d’architecte. On parle plus d’ingénieurs. L’architecte c’est le maître d’œuvre. Il est au début et à la fin d’une construction. Les ingénieurs étant plus nombreux, plus accessibles, on les connaît plus. Les décideurs devraient veiller à la mise en application des textes pour que chacun joue son rôle. Si vous confiez le travail d’un architecte à un ingénieur ou à un maçon, vous ne verrez jamais l’architecte sur le terrain. Il faudra donc qu’on donne la possibilité à l’architecte de s’exprimer. L’Ordre des architectes doit aussi pouvoir trouver des mesures pour faire connaître le métier au Cameroun

Edith Flaure a beau être Assistante du Chef de département d’urbanisme et d’architecture de l’Ecole nationale supérieure des Travaux publics à Yaoundé  depuis 2016. Le sexisme ne l’a loupe pas pour autant.  «Quand je me trouve face à un client, généralement, il oublie la raison de sa présence. Il me regarde en tant que femme, la femme à qui il peut faire la cours, la femme avec qui il peut s’amuser. Très peu de clients vous voient comme professionnelle. Avec les clientes, il y a cet éternel problème de complexe entre les femmes. Elles vous regardent généralement avec beaucoup de dédain.» Pour ne pas heurter le client, «parce qu’il y en a qui insistent parfois pour que les rencontres se passent à l’hôtel, je me sers des  pré-requis que j’ai eu parce qu’à l’Université de Yaoundé, j’avais fait la psychologie en option. Face à ce genre de clients, je sais comment gérer.» Si ça vire au harcèlement, notre architecte laisse tomber. Ce n’était pas l’affaire du siècle. Au cas où son morale flanche, ses deux filles sont là pour lui redonner du punch. De plus, Edith Flaure sait qu’à chaque métier ses péripéties. «J’ai un collègue marocain qui me dit que ce n’est pas facile pour lui. Il explique que quand tu es architecte Français au Maroc, tu es plus accepté. Quand il vient au Cameroun, il est plus accepté que moi, comme quoi nulle n’est prophète chez soi. C’est à chacun d’œuvrer pour marquer la société. Dès lors que vous avez la moindre opportunité, il faut la saisir et marquer votre emprunte pour qu’on vous fasse confiance

Première femme architecte

Elle ressasse ce conseil à ses étudiants, surtout aux filles. «Pendant longtemps, on a mis la place de la femme à la cuisine. Ce n’est pas seulement en architecture. Je dis qu’il n’y a pas de métier réservé aux hommes. Dans nos écoles de formation, on a de plus en plus de femmes qui font architecture, topographie, ingénieure.» Edith Flaure Mipo Tchinkou veut compter des générations de Laurence Ngosso, première femme architecte au Cameroun. La table ronde organisée par l’entrepreneur Adeline Sede Kamga, Fondatrice de FabAfriq, est déjà une pierre à l’édifice. De fil en aiguille, le combat portera ses fruits.

Valgadine TONGA

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Un commentaire

  1. Edith Flaure MIPO T. on

    Merci a toi Valgadine TONGA. Il est important pour la jeune fille de comprendre qu’elle doit etre audacieuse. L’architecture ne doit pas etre percue comme une profession reservee aux hommes , mais juste comme une profession qui a ete pendant longtemps exercee par les hommes, ceci etant justifie par la discrimination envers les femmes, qui representent pourtant plus de la moitie de la population.
    Il est temps que les choses changent vraiment et que la femme qui a toujours ete au centre de l’amenagement des espaces, retrouve la place qui est sienne.
    WHAT A MAN CAN DO, A WOMAN CAN DO IT BETTER.

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