Abus sexuels : Quand les parents violent leurs enfants

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Selon une enquête menée à Douala, l’inceste a atteint la cote d’alerte. Les spécialistes dénoncent le silence complice des parents. Les enfants abusés gardent des stigmates toute la vie.

Dibombari, située dans le Littoral, a vécu une scène effroyable. Un homme de 70 ans viole la fille de son frère. Elle est alors âgée de dix-huit mois. Les organes de ce petit être innocent sont détruits. Les médecins vont remuer ciel et terre pour reconstituer ces organes, hélas ! Le bébé trépasse. Il ne s’agit pas d’un film d’horreur. L’histoire est réelle. De 2014 et 2018, du temps a passé, mais Blanche Ongmessom coule encore des larmes quand elle en parle. Avec son association La Colombe –qui lutte contre les violences sexuelles sur les mineurs- Blanche Ongmessom est témoin au quotidien de l’horreur que subissent les enfants dans leurs familles. Il lui arrive généralement d’avoir elle-même recours à un psychologue, comme exutoire du trop plein de choc émotionnel. Et quand elle a la possibilité de sonner l’alerte, la présidente de La Colombe ne se fait pas prier. D’où sa présence, ce mardi 6 mars 2018 à Douala, au talk show sur les violences faites aux mineurs. Une initiative de Mtn Cameroon, à la faveur de la célébration de la journée internationale de la femme.

Selon une enquête menée à Douala, l’inceste a atteint la cote d’alerte. Les spécialistes dénoncent le silence complice des parents. Les enfants

 «La plupart des agressions sexuelles sur mineurs se font dans la famille», déplore Blanche, devant un public féminin médusé. Une enquête menée par le Tribunal de Grande Instance de Douala confirme l’expansion du phénomène. En 2008, les cas de viol représentaient 8,9% des affaires enregistrées ; 10,8% en 2009 et 13,2% en 2010. Le compteur exploserait si tous les cas étaient dénoncés.  «Quand tu causes avec les enfants dans les établissements, tu comprends les violences qu’ils subissent dans les familles. L’heure est grave mais les gens ne se rendent pas compte. Les enfants  gardent les stigmates de ces viols, et malheureusement ces stigmates sont invisibles.» L’oratrice souligne que les personnes violées se sentent différentes des autres, inférieures. Elles développent un sentiment de honte, de culpabilité. Les victimes sont dévastées intérieurement, traumatisées. Les choses s’empirent quand la famille garde le silence. «La mère qui est plus encline à protéger l’enfant refuse généralement de dénoncer l’abus subi par son enfant. Dans le cas où le viol a été commis par le père, la mère se range du côté de son mari par crainte d’un divorce. Des fois, on entame une procédure mais les familles désistent par la suite

Le danger des télénovélas

Les dérives sexuelles font aussi parties des conséquences. Blanche Ongmessom  a travaillé sur le cas d’un jeune adolescent, longtemps violé. «Il a été sodomisé durant 7 ans, depuis l’âge de 7 ans, par un membre de la famille. Pour reprendre un enfant pareil, c’est énormément de travail» confie-t-elle. La famille a entretenu le silence. Le psychologue qui suivait le jeune-homme a noté chez lui une répugnance pour les femmes. A force d’être sodomisé, «il est plus attiré aujourd’hui par les hommes. Ce silence des parents tue.» Le mutisme des parents entretient l’impunité, et pousse la victime à se culpabiliser. Psychologue clinicienne, Carrol Kamwe interpelle la responsabilité féminine. «Quand la femme se tait face à un viol sur son enfant, c’est l’enfant qu’elle tue, ainsi que toutes les personnes que cet enfant rencontrera dans sa vie

Les victimes de viol tombent dans un état de stress post-traumatique, l’amnésie, la déconcentration sur le plan académique. Ce qui fait dire à l’expert que «même si dans la tête, on oublie la violence subie, corporellement on n’oublie pas. J’ai eu le cas d’une jeune fille qui avait une aversion pour les hommes. Elle se retournait vers les filles, et croyait être lesbienne. Tout ceci parce qu’elle avait été violée dans son enfance par son voisin. Ses parents avaient étouffé l’affaire. La fille croyait avoir complètement oublié son viol. C’est des années que le choc enfoui en elle se manifestait. Il faut dénoncer ces abus le plus tôt possible. Comme les parents refusent de porter plainte, au moins qu’il y ait un tribunal familial», suggère Carrol Kamwe. En guise de prévention, la psychologue conseille aux mères d’établir un profond dialogue avec les enfants. «Dès la naissance, la femme doit chercher à établir un rapport de confiance avec l’enfant. Il faut trouver du temps pour discuter avec lui, inspecter son corps pendant son bain. A 5 ans, l’enfant doit pouvoir se laver tout seul. Il doit comprendre que certaines parties de son corps –aisselles, poitrine, les fesses, le sexe- sont intouchables, même des parents. Je connais le cas d’une mère qui abusait de sa fille pendant qu’elle lui donnait son bain.» Carrol Kamwe rappelle aux femmes que les attouchements sexuels, exposer les enfants à du matériel pornographique comme les télénovelas font partie des violations sexuelles.

L’outrage sur mineur est puni par le Code de procédure pénal. L’article 346 punie d’un emprisonnement de deux à cinq ans et 20.000 à 200.000 francs d’amende. Par ailleurs les peines sont doublées s’il y a eu usage de la violence ou si l’acte est commis par un représentant légal de l’enfant. Avis donc aux violeurs.

Valgadine TONGA     

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