Hobskur : «Les jeunes ont leurs responsabilités face aux enjeux politiques»

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Rappeur et désormais acteur de la société civile, cet artiste s’illustre de plus en plus par son engagement dans la vie citoyenne et politique de ses jeunes compatriotes. Petit soldat légendaire comme il aime se faire appeler, au discours acerbe et engagé, ses textes sont l’expression virulente de la dénonciation du mal-être, la critique acerbe de la politique tel que pratiquée par les gouvernants, mais aussi l’appel aux jeunes à prendre leur destin en main au moment où le Cameroun vit un épisode marquant de sa trame.  

Parlez-nous de votre parcours dans le rap engagé?

Je suis né à Douala et grandi à Oyack dans l’un des quartiers de l’arrondissement de Douala 3èm. Je suis connu sur la scène musicale camerounaise comme un artiste socialement et politiquement engagé. A travers mes chansons je fais une analyse critique de la politique gouvernementale et les choix sociaux professionnels des jeunes au Cameroun. Connu sous sur le pseudo de Hobskur aka petit soldat légendaire. Je commence dans le rap dans les années 2000 avec mon premier groupe de rap qu’on appelait à l’époque H2guerre. Peu à peu avec mes trois amis rept’hil, Manou et Wesley P, nous avons marqué notre empreinte sur les scènes rap de la ville de Douala.  5 ans plus tard je produis notre première compil intitulée libre expression sous le Label triple H. Cette compil réunit plus de dix artistes Bad busta, Shareem notre beat maker, Malik le Cogito, Shwarzy MC et bien d’autres. Après une crise de colère en 2008 après les émeutes de la faim je compose mon premier single intitulé «C’est nous les voyous mais qui les voleurs», à la suite du discours du président qui a traité la population «d’apprentis-sorciers». 2010 je sors mon premier album solo intitulé Menace sur ma planète. 2013, sortie d’un nouveau single intitulé Drama. 2016, sortie du titre « Ne tire plus ». Chanson contre les violences policières au Cameroun.

Présentez-nous sommairement l’Association que vous pilotez

L’association s’appelle Initiative Perspektivwechsel. Qui signifie en francais Initiative de changement de perspective. L’association l’Initiative de Changement de Perspective (ICP) est un groupe d’éducation et d’échange politique et culturel, situé à Berlin. C’est une initiative d’étudiants et d’artistes du Cameroun et d’Allemagne. Le groupe a commencé en 2013, à organiser des projets dans les deux pays. Avec notre travail nous ouvrons un débat critique sur les relations entre le nord et le sud, pour déconstruire les clichés et stéréotypes afin de promouvoir l’autonomisation des jeunes défavorisés. Pour cela, nous sensibilisons les jeunes sur leurs rôles dans l’enjeu du pouvoir global et sociétal et travaillons pour sa déconstruction. Nos projets ont une approche créative aux sujets politiques et culturels. Nous travaillons avec la musique, la photographie, l’écriture créative et journalistique ainsi que le sport. Les jeunes particulièrement ceux des milieux précaires et défavorisés sont notre premier groupe-ciblé mais nous souhaitons toucher toutes les couches sociales avec nos projets.

Rappeur et désormais acteur de la société civile, cet artiste s’illustre de plus en plus par son engagement dans la vie citoyenne et politique de ses jeunes compatriotes

Hoskur en mode engagé.

Qu’est-ce que le projet Pofiling et quelles sont ses ambitions?

Pour faire simple je dirais que Profiling est un projet social et politique qui rendra possible, ou réalisable l’idée de la démocratie forte et participative au niveau local. Il donnera ainsi sa place à la définition de la démocratie de Abraham Lincoln « Le gouvernement par le peuple et pour le peuple ». Car un gouvernement qui n’a pas l’éducation, la sécurité, le bien-être et le respect de sa population comme priorité n’a aucune autorité méritée. Dans la première phase du Profiling, nous avons avec ma petite équipe, évalué par sondage les besoins des populations sur 350 personnes, dans 27 quartiers de Douala 3ème. Et nous souhaitons dans la deuxième phase opposer les résultats du sondage aux projets de société des candidats aux élections municipales et législatives. L’objectif final étant d’identifier le projet de société qui s’accorde le mieux aux besoins des populations de Douala 3ème. En plus d’opposer les projets de société des candidats aux résultats du sondage, nous souhaitons organiser dans un cadre d’échange une ou plusieurs rencontres entre les candidats et les populations. Rencontres qui permettront aux deux groupes (populations et candidats) d’échanger sur les enjeux politiques, économiques, sociales et culturels de leur circonscription électorale.

En gros le projet Profiling est ce qu’on peut appeler une réponse à la question de « Qui allons-nous voter ». Il est aussi une forme d’implication des populations dans l’implémentation et le développement de la démocratie locale, puisqu’il va pousser les candidats aux élections à prendre en considération les besoins individuels et collectifs des populations.

En tant qu’artiste rappeur, qu’est-ce qui peut expliquer  votre intérêt pour la chose électorale et partant politique ?

Après la sortie de mon premier album Menace sur ma planète en 2010, j’ai été sollicité par l’Ong Un Monde Avenir pour sa campagne de sensibilisation auprès de la population pour s’inscrire sur les listes électorales en vue des élections de 2013. Pendant deux ans, de 2011 à 2013 nous avons fait le tour des dix régions du Cameroun pour inciter les jeunes à prendre leurs responsabilités face aux enjeux politiques.  C’est donc par cette porte d’entrée que je me retrouve aujourd’hui encore à faire ce travail qui est pour moi un devoir citoyen envers la nation et particulièrement envers Douala 3ème.

Avez-vous intéressé les partis politiques à votre projet ? Et quelle était leur réaction ?

Oui j’ai contacté et rencontré quelques responsables des partis politiques, avec qui j’ai discuté de cette initiative. Malheureusement les projets de société que j’ai reçus ont le même handicap. Les projets de société ne sont pas précis sur les projets à réaliser dans les communes. Ceci parce que les besoins impératifs individuels et collectifs ne sont pas définis par zone dans la circonscription. Dire qu’on va construire ou réaliser x ou y projet sans nous situer l’endroit exact et les raisons pour lesquelles on les fait dans une zone et pas dans l’autre ne rend pas fiable un projet de société. Douala 3ème compte 104 quartiers et on ne peut plus nous dire après notre sondage, que tous ces quartiers ont les mêmes impératifs. Certes, il existe des points centraux où l’on pourrait, faute de moyen réaliser un projet qui offre à plusieurs quartiers la même proximité à ce service ou espace. Mais il y a bien des quartiers qui ont un problème qui attend une solution.

Il faut dire qu’avec le projet profiling, vous n’êtes pas à votre premier fait d’arme?

Ça fait un bon moment que je réalise des projets à caractère culturel et social. Mais Il y a deux ans en septembre 2016, avant même que la crise au sud-ouest et nord-ouest ne commence, j’ai organisé avec les jeunes de mon quartier à Oyack un cross country et enregistré une chanson interpellant la police sur ses missions régaliennes et contre les violences dont ils sont les auteurs. Cette année à l’occasion de la fête de la jeunesse, toujours à Oyack j’ai invité des amis artistes et quelques acteurs de la société civile dont un avocat, un policier et un manager artistique autour du thème Rap engagé, pour discuter de l’impact des violences policières et de la justice populaire dans nos quartiers.

Où en êtes-vous à ce jour et jusqu’où espérez-vous aller ?

À la pose de la première pierre, mais pas comme celles que posent régulièrement nos dirigeants. Mais plus sérieusement du moment où ces maux qui minent notre société sont la résultante d’une mauvaise gouvernance devenue une norme pour certains, cela prendra un temps bien plus long qu’une ou deux rencontres organisées à ce sujet. Pour faire comprendre aux concernés leur responsabilité dans les injustices dont ils sont victimes et les violences dont les hommes en tenue sont les auteurs, il faudrait que chacun de nous s’interroge sur son rôle dans la société pour l’avenir de notre pays. L’objectif étant de trouver une solution pour sortir de cette insécurité qui rend impossible l’émancipation de la liberté d’expression et le droit à la justice.

Arrivez-vous toujours à trouver le juste milieu entre votre combat citoyen et votre casquette de rappeur ?

Il est devenu difficile pour moi de séparer l’un de l’autre. Lorsqu’on est comme moi, issu d’un quartier défavorisé, qu’on a grandi dans l’incertitude, sans repère ni modèle, victime au quotidien des inégalités et des stigmatisations, qu’on décide de faire de la musique de dénonciation, puisqu’on s’engage dans le travail social et de l’éducation politique, chaque prestation artistique devient un moyen de partager mon opinion sur tout. Que ce soit mon rap ou mon engagement social tous les deux ont un seul objectif trouver des solutions ou pousser les Camerounais à agir ensemble contre les inégalités  qui alimentent notre quotidien.

Le projet Profiling entend-il être le relai auprès de la société pour le parti politique qui présente le meilleur projet de société ?

Comme je l’ai déjà dit plus haut, c’est un projet social et politique qui œuvre à rendre possible, ou réalisable l’idée d’une démocratie locale forte et participative au niveau local.

Réalisée par Cheikh RADYKHA EPANDA.

 

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