Grève à la Cud : Le syndicat durcit le ton, Ntonè reste de marbre

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Les délégués du personnel de la Communauté urbaine de Douala sont à deux semaines de grève de la faim. La société civile se mobilise. Le délégué du gouvernement, Fritz Ntonè Ntonè, fait la sourde oreille.    

13 février 2018-26 février 2018. Quatorze jours déjà que les délégués du personnel de la Communauté urbaine de Douala, Cud, font une grève de la faim. Un acte de résistance des délégués face à l’indifférence du délégué du gouvernement, Fritz Ntonè Ntonè. Voilà onze mois déjà qu’ils ont été suspendus pour avoir réclamé une meilleure prise en charge sanitaire du personnel. Dans sa note de service du 10 avril 2017, Ntonè Ntonè écrit que les délégués sont «suspendus de leurs fonctions et de leurs postes de travail jusqu’à nouvel avis pour insubordination manifeste et avérée.»  Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale (Mintss) et son délégué régional pour le Littoral ont, à maintes reprises instruit à Ntonè Ntonè de réintégrer les grévistes pour «faits non établis et entrave à la fonction de délégués du personnel », lit-on dans la correspondance de juillet 2017 de la délégué régional du Mintss à l’intention de Ntonè Ntonè. « Par conséquent, je vous demande de bien vouloir les réintégrer et procéder  au paiement des indemnités égales aux salaires afférents à la période de leur suspension.» Mais Le délégué est resté imperturbable.

Une marche pacifique de solidarité syndicale pour leur réintégration, initiée par  la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc) devrait avoir lieu ce lundi 26 février 2018. Hélas ! Elle a été interdite par le sous-préfet de Douala 1er. Les militants de plusieurs partis politiques –Rdpc, Manidem, Afp, Upc, Purs, Mp, Upc…- étaient déjà en rangs serrés. On a également vu les organisations de la société civile (Un Monde Avenir, Article 55…), les syndicalistes. «Comme nous sommes des légalistes, explique Baboule Abraham, le secrétaire général de la Cstc, nous avons déposé auprès des autorités une déclaration de manifestation publique et l’autorité administrative a interdit cette marche. Nous sommes là ce matin pour dire à nos camarades qui étaient déjà mobilisés que la marche n’aura pas lieu parce que nous ne pouvons pas défier l’autorité. Nous allons poursuivre nos actions pour que nos camarades soient réintégrés et que les 11 mois de salaires leur soient payés.»

Les délégués du personnel de la Communauté urbaine de Douala sont à deux semaines de grève de la faim. La société civile se mobilise. Fritz Ntonè Ntonè fait

Les grévistes.

En soins intensifs

La situation des délégués  est critique. Depuis le 13 février courant, ils ont élu domicile à l’entrée de la Cud, en face du Tribunal de Grande Instance du Littoral, et à un jet d’oiseau des services du gouverneur. Couchés sur des nattes, ils souffrent le froid et le chaud. Ils y passent également leurs nuits, à la belle étoile. Assis sur les marches du bâtiment de la Cud, Jean Narcisse Ngwa Elombo tient sa tête dans sa main gauche. L’air hagard, la mine fatiguée, il semble à bout de souffle. «La première semaine, c’était une grève sèche mais au deuxième jour, mon collègue s’est évanoui. Il a été transporté par l’ambulance à l’hôpital Laquintinie. Le troisième jour, je me suis écroulé. J’ai passé trois jours à l’hôpital de Deido en soins intensifs. Nous avons commencé la semaine d’après à boire de l’eau en journée», raconte-t-il, dépité. Comme ses camarades d’infortune, ses enfants sont dans la nature. «Je suis marié, père de six enfants. A côté, j’ai ma mère qui est déjà bien âgée, des neveux et des frères qui dépendent de moi. La situation que je traverse a poussé mon bailleur à expulser ma famille. Il me poursuit d’ailleurs en justice pour filouterie de loyer. Le délégué fait mourir des familles à petit feu», déplore Jean Narcisse Ngwa Elombo.

Il garde l’espoir parce que  «je sais que les autorités sont avec nous. Ils nous ont témoigné leur soutien. Si ce n’était pas le cas, elles ne nous laisseraient pas faire la grève à cet endroit.» Porte-parole des délégués du personnel de la Cud, Sosso Samuel  dit comprendre «l’interdiction de la marche par l’autorité administrative. La grève de février de 2008 était une simple grève des transporteurs, qui a été détournée. Le Cameroun n’a pas besoin d’une telle publicité en ce moment. Vous savez que la télévision marocaine parle de notre grève depuis le 15 février, certainement parce que le Maroc veut arracher l’organisation de la Can au Cameroun. Nous comprenons l’interdiction. C’est le motif qui nous dérange.» L’autorité administrative justifie l’interdiction de la marche de la Cstc par le fait que l’affaire soit pendante devant le tribunal administratif du Littoral ; pour crainte de trouble à l’ordre public.

Valgadine TONGA 

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