9ème convention nationale du Sdf: les leçons à retenir

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L’honorable Joshua Osih a été plébiscité comme candidat du Social democratic front, Sdf, à l’élection présidentielle de 2018. Le premier vice-président national de la principale force politique de l’opposition camerounaise va donc challenger, cette année, le candidat du Rdpc (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), parti au pouvoir, ainsi que d’autres candidats annoncés il y a plusieurs semaines. Il s’agit de Me Akere Muna, leader de la plateforme pour la nouvelle République, de Cabral Libii, Coordonnateur national du mouvement 11 millions de citoyens et de Serge Espoir Matomba, premier Secrétaire national du Peuple uni pour la Rénovation sociale (Purs).

Au terme de cette 9ème convention nationale du Sdf, la première leçon à élaborer est l’évolution et la modernité des mentalités. En effet, le Sdf rompt, à travers le renoncement de Fru Ndi à la Présidentielle, avec la mentalité conservatrice des founding fathers. Cette mentalité anachronique vise à dissiper toute idée de positionnement d’un nouvel acteur pour affronter la Présidentielle. Or, avec la prise de la retraite politique du chairman, la mentalité conservatrice l’inclinant à challenger encore l’actuel Président national du Rdpc est mise sous le boisseau tant il est né une nouvelle figure politique au sein du Sdf, qui assumera cette posture cette année. Ayant décidé, pour ainsi dire, de sonner le glas de la pérennité, voire de la perpétuité, Fru Ndi participe à moderniser ses schèmes de pensée, son habitus idiosyncratique et, par corollaire, son construit mental.

L’exemple à suivre

Le premier vice-président national du Sdf a été élu avec un score de 88,39% contre 11,61% pour son adversaire. Joshua Nambangui Osih est le candidat du Sdf

Joshua Osih.

La deuxième leçon à retenir de cette convention nationale est celle de la promotion de l’idée de la juvénilisation d’un postulant à la Présidentielle de l’appareil dirigeant de cette formation politique. Joshua Osih aura 50 ans le 9 décembre 2018. Ce député du Wouri-Centre est jeune et est, en l’occurrence, un candidat jeune à la prochaine présidentielle. Toute chose qui suscite l’idée émergente et souhaitée du grand public, celle du renouvellement de la classe dirigeante dans le champ politique camerounais. Une option d’une telle essence mérite d’être insufflée dans plusieurs autres formations politiques camerounaises, telles que celles du Rdpc, de l’Undp, de l’Udc, de l’Add, de l’Andp, du Mdr, du Mp, lesquelles sont des entités dont les gérontocrates tiennent les rênes depuis des décennies. C’est cette couche de juvénilisation qui, par simple dogmatisme, devrait être enduite aussi bien au sommet de l’Etat qu’à l’intérieur de la macrostructure bureaucratique plombée par les mentalités rétrogrades, dont le dénominateur commun est l’inertie et la mal gouvernance. Les mentalités satellites réfractaires au développement sont, entre autres, liées à la corruption, à la concussion, à la prévarication, au népotisme, au sectarisme, au favoritisme, au clientélisme et à l’ethnocentrisme.

La victoire du courant moderniste

La troisième leçon est la tendance à l’effritement de la maxime ethno-régionale suivant laquelle le substitut de Fru Ndi, candidat à la Présidentielle, doit être originaire du Nord-ouest Cameroun. En effet, le fait de l’existence de deux challengers de Joshua Osih au départ; qui sont, tous les deux, originaires de cette aire culturelle, a contribué à nourrir les germes de l’idée selon laquelle le candidat du Sdf doit être fils natif de cette partie du pays. Surtout que dans l’imaginaire collectif des ressortissants, le Nord-ouest est étiqueté ou labélisé comme le « fief naturel » du Sdf. Du coup, Me Mbah Ndam et Forbi Nchinda ont, tous les deux, été perçus comme deux figures de la mouvance conservatrice, dont Fru Ndi est le chantre. Dans le jeu des grilles de lecture et conjectures formulées par plus d’un, d’aucuns ont soutenu l’argument d’après lequel ces deux natifs du Nord-ouest sont des candidats agis, mieux déterminés sous cape par le libraire jouissant d’une autorité charismatique au sens weberien. Mythe ou réalité? A chacun(e) d’y répondre! A cause de cette idée éminemment stéréotypée, bien d’observateurs de la scène politique ont tôt fait d’appréhender Mbah Ndam comme le candidat favori des Primaires au Sdf et, par la même occasion, vendaient alors bon marché la peau de Joshua Osih. Erratum! Le candidat Osih, originaire de la région du Sud-ouest, a donc vaincu à plat de couture Forbi Nchinda après le retrait du député de Batibo. Que Osih soit plébiscité traduit, à coup sûr, la victoire du courant moderniste impulsée par des jeunes loups aux dents longues sur le courant conservateur promu et soutenu par la vieille garde. C’est peut-être la raison pour laquelle, c’est une conjecture scolastique, il est possible d’estimer que Fru Ndi a perdu le contrôle du parti bien qu’étant réélu Président national. En réalité, il n’y est encore juché que pour l’honneur d’un homme politique ayant, de façon considérable, contribué à la fonctionnalité de cette formation politique.

—Envisager Joshua Osih comme le candidat des oppositions camerounaises

La quatrième leçon est la victoire d’une figure  politique juvénile, qui se positionne comme un candidat sérieux et rigoureux de par ses positions iconoclastes contre le pouvoir en place. En dépit de la pseudo polémique sur la nationalité de Osih, laquelle défraie la chronique depuis l’affirmation de ses ambitions présidentialistes, l’élu du peuple est un opérateur économique, qui participe, au quotidien, à l’essor du pays. Bénéficiant d’un capital culturel fort crucial, Osih est polyglotte et est un entrepreneur dans le domaine de l’aviation. Etant un élu local populaire appartenant à la principale formation politique de l’opposition camerounaise, l’enjeu fondamental, pour les autres leaders opposants, consiste à se rallier à Osih. Intrinsèquement, le premier vice-président national du Sdf est, d’ores et déjà, le candidat des jeunes, lui-même étant jeune. A cet effet, les jeunesses du pouvoir -toutes catégories socioprofessionnelles confondues- devraient lui accorder une onction à la prochaine Présidentielle. Cabral Libii, Serge Espoir Matomba, tous les deux jeunes ayant une certaine légitimité populaire, ont l’impérieux enjeu de s’aligner derrière Osih.

S’unir ou mourir

Osih est, dans la même veine, le candidat ressortissant d’une zone anglophone et, par ricochet, celui susceptible de défendre la cause anglophone en ce moment où il règne une crise socio-politique actuelle liée au contentieux anglophone. D’ailleurs, dans l’ossature de la pensée de cet élu du peuple, il apparaît, manifestement, qu’il  développe et défend les thèses fédéralistes, type idéal, selon les manifestants, de la nouvelle structuration de l’Etat au Cameroun. En ce sens, Me Akere Muna et ses collatéraux membres cosignataires de la plateforme pour la nouvelle République « Now » devraient, de manière pragmatique, se rallier à Osih pour la fondation d’une coalition efficace et efficiente, vectrice de réussite en politique pour les échéances électorales futures.

Osih est, enfin, le candidat de l’opposition, le Sdf étant la principale matrice en terme d’entité. Pour éviter les formes de dispersion des oppositions camerounaises, lesquelles se soldent toujours par l’échec à chaque scrutin présidentiel, il est idoine, voire impératif que les leaders de l’Undp, de l’Udc, du Mrc, de l’Andp, de l’Add, du Mp, du Fsnc, du Mdr, de l’Upc, du Cpp, etc fassent œuvre utile en se coalisant, en confortant et en accréditant la candidature de Osih, le dessein étant d’avoir un seul candidat jouissant d’une légitimité populaire face au candidat du Rdpc. C’est le moment ultime et idéal de la coalition des oppositions camerounaises afin qu’il n’y ait qu’un seul candidat face à Paul Biya, éternel candidat naturel du parti au pouvoir. A moins que l’homme du 6 novembre 1982 ne jette l’éponge in extremis. Toute chose qui conforterait plus d’un ayant nourri le rêve de la substitution du chantre du régime en place à la fois à la tête du parti et de l’Etat. Ainsi, le rêve de la transition politique pourra-t-il, sait-on jamais, se définir et se réaliser au Cameroun!

Serge Aimé BIKOI

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