Trouble sécuritaire en zone anglophone : Pour qui roulent les médias occidentaux ?

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Pour les médias camerounais, la presse occidentale a pris fait et cause pour les sécessionnistes. Le Pr Albert Mbida appelle à la suspension de ces médias qui prônent la déstabilisation du Cameroun.

Le désamour de la presse occidentale n’a certainement jamais été aussi grand au Cameroun. Raison, le traitement de l’actualité dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest par les médias occidentaux. Les chaines France 24, TV5 entre autres ont récemment produit des articles où ils accablent l’armée camerounaise, l’Etat. Une caricature bien loin de la vérité. Les médias camerounais ne vont pas du dos de la cuillère pour dire leur ras-le-bol. Journaliste, Ebenizer Diki confie : «Personnellement j’ai le sentiment qu’ils mettent plus l’emphase sur ce qui est défavorable au pouvoir en place. Mais ils sont néanmoins assez professionnels dans leur traitement.» Dipita Tongo, Coordonnateur de la rédaction à Stv ne dira pas le contraire. «Dans l’ensemble, j’avoue que je reste un peu sur ma soif quant au traitement de ces médias occidentaux. J’ai notamment vu les reportages de France 24 et de TV5 qui, ma foi m’ont quand même fait observer que toutes les parties ne sont pas impliquées dans le traitement de l’information. Sur les exactions notamment, je n’ai pas beaucoup vu les réactions des membres du gouvernement. C’est vrai qu’il faut féliciter le travail de TV5 qui est quand même allé sur place, mais je pense qu’il fallait au moins une confrontation des sources dans la collecte des informations. Je sais que le colonel Badjeck, porte-parole des forces de défense est ouvert. Le ministre Issa Tchiroma a également fait plus d’une sortie là-dessus. Mais pour leurs deux derniers reportages à Kembong notamment, je n’ai pas beaucoup vu la réaction du gouvernement. Cela dit, à partir de là, ça me laisse un peu sur ma soif. J’ai le sentiment qu’ils ne sont pas allés au bout de la logique.»

Pour les médias camerounais, la presse occidentale a pris fait et cause pour les sécessionnistes. Le Pr Albert Mbida appelle à la suspension de ces médias qui prônent la déstabilisation du Cameroun.

Issa Tchiroma

Haine, division, séparation

Ce manque d’objectivité dans le traitement de l’actualité camerounaise laisse songeur. Pour les journalistes camerounais il s’agit d’une preuve manifeste de nuire à la sérénité de l’Etat. Frédéric Moutome soutient que «les journalistes de la presse internationale semblent avoir pris position pour les sécessionnistes, au regard de leur traitement. Nous autres de la presse nationale les invitons à traiter la question avec plus de partialité. Qu’ils arrêtent de faire la promotion d’un état qui n’existe pas. Nous voulons la paix au Cameroun.» De manière précise, Faustin Liboire Essomba estime que la France a pris son parti. «Est-ce qu’un média africain ou européen peut ouvrir ses antennes aux nationalistes Corses sans que la France ne lui colle un procès ? C’est impossible. Mais c’est exactement qu’a fait la France. France24 a accordé une interview à Ayuk Tabe, qui s’autoproclame président d’une Ambazonie fantôme. En diffusant cette interview, unilatéralement d’ailleurs, France 24 qui est le média d’Etat français confirme le soutien de la France aux sécessionnistes. Il n’y a pas deux manières de porter une cause.»

Dans la même veine, Didier Ndengue  dit avoir «l’impression que les médias occidentaux et certains internautes veulent vraiment la division. Je trouve anormal qu’on soit toujours là à tirer sur les forces de l’ordre et de défense qui défendent l’intégrité du territoire. On ne doit pas s’en prendre à l’armée. On doit s’en prendre à ceux qui prônent la division. Le président de la République a toujours laissé les portes des négociations ouvertes. Il a toujours voulu qu’il y ait négociation, mais avec qui va-t-on négocier ? Avec des rebelles ? Avec des gens qui incendient des écoles ? Avec des gens qui ne prônent que la haine, la division, la séparation totale ? Je pense que les médias camerounais doivent être objectifs et ils doivent répondre sans toutefois jouer les griots, répondre à ceux-là qui prônent la déstabilisation

Pour les médias camerounais, la presse occidentale a pris fait et cause pour les sécessionnistes. Le Pr Albert Mbida appelle à la suspension de ces médias qui prônent la déstabilisation du Cameroun.

Des journalistes en séminaire. (Archives)

Un sursaut de patriotisme 

Rosalie Guessele Ayissi est claire : «C’est très politique  leur façon de gérer cette crise. C’est selon leurs intérêts. Ils ont déjà essayé par le passé de pénétrer au Cameroun. Ils sont sournois dans leur désir de pénétrer le Cameroun mais au final, ils veulent que le Cameroun prenne feu.» La journaliste invite les médias camerounais à un sursaut de patriotisme : «Il est peut-être temps que nous, médias camerounais, essayons de faire bloc pour protéger notre pays. Qu’on soit clair, quand ils traitent l’information chez eux, ils camouflent leurs saletés. Mais quand il s’agit de nous ici au Cameroun, nous prenons les allumettes et le carburant, en oubliant que c’est notre pays. On a un souci de la culture du traitement de l’information en période de crise. On manque de patriotisme.» Eugène Dibasso trouve justement «déplorable qu’on se retrouve là. Ce sont les médias camerounais qui devraient prendre en main cette crise, mais c’est comme si on veut se faire la guerre entre nous. La presse camerounaise se laisse manipuler par l’opinion médiatique occidentale. Nous connaissons ce qui se passe, mieux que ces occidentaux. Nous gagnerons à fédérer nos opinions pour un meilleur vivre-ensemble

Didier Ndengue appelle à faire le distinguo entre patriotisme et naïveté. «Je suis pour une presse libre. Il faut écrire comme un Camerounais, il faut d’abord se mettre dans la peau du Camerounais, se dire qu’on a toujours des familles ici. S’il y a une guerre totale dans la zone anglophone, ça ne va pas profiter aux populations camerounaises, encore moins aux journalistes qui auront contribué à cette crise. Je pense qu’il est important de traiter cette crise en se mettant dans la peau du patriote. Le patriote n’est pas celui qui fait les louanges du président de la République, mais c’est celui-là qui a une vision pour la population. Traitons cette information avec beaucoup de réserves, tout en sachant qu’il y a tellement de criminels qui veulent que ça explose au Cameroun.» Pour la plupart, l’Etat devrait définitivement envisager de suspendre les antennes de ces médias occidentaux au Cameroun, au vu leur dangerosité pour l’intégrité territoriale.

Valgadine TONGA

 

 Pr. Albert Mbida : «Ces médias font preuve d’une partialité écœurante»

Spécialiste du droit des médias, le Professeur Albert Mbida conseille au gouvernement de se servir de textes internationaux pour suspendre les chaînes étrangères.

Pour les médias camerounais, la presse occidentale a pris fait et cause pour les sécessionnistes. Le Pr Albert Mbida appelle à la suspension de ces médias qui prônent la déstabilisation du Cameroun.

Pr. Albert Mbida.

Quelle est votre perception scientifique du traitement de la crise anglophone par les médias occidentaux ?

Je constate malheureusement pour le déplorer que ces gens qui se prennent pour des maîtres du journalisme, ne respectent pas les règles de traitement d’une information : équilibre et pluralisme. Je constate que ces médias font preuve d’une partialité écœurante. Le traitement des informations du Nord-ouest et du Sud-ouest  est partiel et partial. Ils semblent toujours avoir les commentaires tendancieux, ne respectant pas ainsi les principes de neutralité et d’équilibre. Je constate également que lorsqu’une organisation publique d’un pays occidental interpelle le Cameroun, ces médias occidentaux font du tapage pendant plusieurs jours. Mais lorsque les droits de l’homme sont bafoués par les sécessionnistes qui vont jusqu’à découper les gendarmes ou leurs victimes, ces médias occidentaux deviennent muets. C’est donc dire qu’il y a un traitement partiel et partial. Je comprends leur ligne éditoriale. Dans le monde des médias, c’est celui qui finance qui contrôle. Si ces médias sont financés par le gouvernement, ils vont effectivement respecter la position de ce gouvernement. D’ailleurs, la plupart de ces médias relèvent du ministère des Affaires étrangères, tel que Rfi, France 24. Je constate également que la plupart de ces médias occidentaux sont financés par les grands groupes industriels et économiques qui ont les intérêts économiques en Afrique et qui veulent s’accaparer des richesses dont regorge cette partie du pays. C’est donc normal qu’ils soutiennent ces gens qui veulent la sécession, pour venir après signer les accords avec eux et exploiter ces réserves naturelles. Avec ce traitement partiel et partial, je crois qu’ils n’ont plus de leçon de journalisme à nous donner. Je crois qu’il faut que ça cesse.

Certains journalistes camerounais penchent pour la suspension des antennes de ces médias occidentaux. N’est-ce pas radical tout de même ?

Pourquoi on ne les fermerait pas ? Ils nous rapportent quoi ? Seulement le désordre. Je crois qu’à propos de la suspension de ces médias qui font de l’intoxication, qui ne font plus de l’information, le gouvernement camerounais est un peu laxiste sur la question. Et je me demande bien à quoi sert le Cnc ? Le gouvernement camerounais devrait appliquer les dispositions prévues dans la convention de Genève de 1936 sur la radiodiffusion sonore. Elle dit que les Etats sont fondés, lorsque leur sécurité est menacée par des émissions émises à partir d’un autre territoire, soit à suspendre la réception de ces émissions sur leur propre territoire, soit à les brouiller. Et je crois que le Cameroun devrait appliquer ces dispositions. Ces médias occidentaux, étant donné qu’ils font la part belle aux exactions éventuelles commises par les pouvoirs publics, et lorsque ce sont les sécessionnistes qui commettent des exactions, ils les passent par perte et profit. Ils s’en pressent toujours de relayer même des invitations d’un certain nombre d’organismes publics, qui demandent au Cameroun de respecter les droits de l’homme dans le procès contre les sécessionnistes. Comment peut-on demander au gouvernement camerounais de respecter leurs droits alors que le procès n’est pas encore ouvert. Sauf erreur de ma part, le procès n’est pas encore ouvert. Il est encore à l’instruction. Qu’on attende donc que le procès soit ouvert avant de nous dire où les droits de l’homme ont été violés. Je crois qu’il faut mettre fin à cette affaire, réponse du berger à la bergère. Nous avons au Cameroun des médias privés et des médias publics capables de traiter ces informations avec toute la liberté de ton et tous le sens des responsabilités qui sied à ce genre de situation.

Entretien avec Valgadine TONGA

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