Sally Nyolo : «17millions de petites filles sont mariées précocement»

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Après Yaoundé, Sally Nyolo  et la Gabonaise Pamela Badjogo était sur la scène de l’Institut français de Douala, vendredi 26 janvier 2018. Elles ont offert un show pour dire stop aux violences faites aux femmes et aux filles.  Ce concert n’est que le premier épisode d’une longue série d’actions pour l’autonomisation de la jeune fille. Sally Nyolo se livre dans cet entretien.

Qu’est-ce qui motive ce retour sur scène aujourd’hui ?

‘‘J’ai rencontré Mariama. Elle a 13 ans. Elle est mariée depuis quatre ans’’, raconte Sally Nyolo. Après son show contre les violences faites aux filles et

Pamela Badjogo (à gauche) et Sally Nyolo (à droite). Belle symbiose.

Ce retour au Cameroun c’est la comédie musicale qui se prépare contre le mariage des enfants. Cette préparation va se faire ici même au Cameroun et je crois même qu’on  va vers l’Ouest. Je ne peux pas vous dire encore plus, juste qu’il y a une ville qu’on a choisi pour tous les artistes comme résidence de création. Notre challenge c’est pouvoir vous livrer le travail fait cette année 2018. Et vous, ici au Cameroun vous l’aurez en exclusivité. C’était une première scène avec Pamela Badjogo. Nous avons rêvé nous donner la main, nous les femmes africaines pour aller loin, déjà en Afrique, porter le combat contre le mariage des enfants, et pour l’autonomisation de la femme et de la jeune fille, surtout celle en milieu rural. C’est un vrai dossier pour moi. Je veux aller loin que le simple fait de vous dire que je veux le faire. Ça commence par la comédie musicale, la création d’un centre d’arts pour encadrer ces jeunes filles. Il y aura 20% de gratuité pour les jeunes filles victimes du mariage précoce et du mariage forcé. C’est deux gros projets que je mets en pratique cette année même. La comédie musicale, on lui donne une date butoir de décembre 2018. Quant au centre, on va commencer tous ensemble à le créer. Que tous les professionnels d’encadrement qui imaginent comme moi un meilleur monde pour nos petites filles, se rapprochent. Quand vous avez des savoirs et que vous croyez que  le centre d’art, les ateliers d’art pour encadrer les jeunes filles peuvent être un secteur dans lequel vous pouvez exceller, et donner la main pour que nos jeunes filles ne soient plus isolées, rapprochez-vous de moi. C’est ensemble qu’on va grimper tous ces challenges.

Quelles sont les contributions apportées à votre conférence-débat qui a précédé le concert ?

 La conférence-débat était une très belle matière. Ils étaient nombreux à être venus. Ça m’a permis de voir que tout le monde s’emparait du dossier, et tout le monde voulait emmener un peu de sa contribution. J’ai vraiment apprécié. Chacun a apporté sa petite pierre, parce que chacun a eu dans son entourage, un enfant marié, un parent marié précocement.

Vos costumes de scène étaient intéressantes, surtout la chaussure…

Je porte ces chaussures depuis. Ce sont les chaussures de tout le monde. Ce n’est pas une star. Je dessine les costumes de scène. Je ne les couds pas, mais je travaille en complicité avec un tailleur. J’imagine les couleurs, les jeux de scène…

Vous avez toujours les voiles sur scène. Ont-elles une symbolique ?

Oui, elles ont une symbolique. Vous avez vu que les voiles changeaient de position à chaque fois qu’il y avait un thème différent de chanson. J’imagine l’attitude de la femme africaine devant toute sorte de situation, comment elle pourrait attacher son foulard pour s’exprimer. La féminité reste, puisque nous sommes, et nous devons représenter toujours dignement ce que nous avons. Mes tresses ? Nous avons toujours tressé au fil. Je porte mes cheveux naturels depuis la nuit des temps. On va dire aussi que ces chaussures, je les portes depuis. (Rire…)C’est parce que vous ne regardiez pas mes pieds, et que là vous pouviez les voir. Elles ont vécu. Je les aime comme ça et je les garde comme ça. Vous ne les verrez que sur scène.

On vous a trouvé très ému pendant le spectacle, et surtout à la fin…

Oui, j’étais très émue, en pleur presque, parce que c’était un challenge pour moi d’amener une jeune chanteuse comme Pamela Badjogo. Je rêve de ça. Pour moi c’est un début de quelque chose. Je voudrai que le monde entier vienne à nous. C’est un rêve que j’ai fait il y a très longtemps. C’est que les choses prennent toujours le temps pour se faire. Pamela est la première qui m’aide à concrétiser… Rien qu’à en parler, j’ai encore les larmes. Passe à une autre question…

Sally fait quelque chose de particulier pour sa voix ?

Pour ma voix j’essaie de consommer que des produits naturels, le miel, le gingembre, le citron… Je n’ai pas peur de manger les oignons, l’ail. Je pense que c’est bien pour le corps. Il faut manger les légumes. J’aime bien nagé. Je suis un petit poisson dans l’eau. J’ai une déformation professionnelle, je ne dors pas beaucoup. Donc il faut que je compense avec d’autres choses.

‘‘J’ai rencontré Mariama. Elle a 13 ans. Elle est mariée depuis quatre ans’’, raconte Sally Nyolo. Après son show contre les violences faites aux filles et

Qui a écrit les textes de ces chansons qui luttent contre les violences faites aux femmes ?

J’ai écrit la plupart des chansons, les 15 chansons qui vont faire la comédie musicale. Je ne les ai pas écrites seule. Quelques chansons ont été écrites en complicité avec de grands artistes qui ont été sensibles à cette cause. On ne peut pas vraiment rester insensible, parce que ce n’est pas seulement ici au Cameroun. Quand on apprend en regardant le monde que 17millions de petites filles sont mariées précocement dans le monde, on se dit que c’est un fléau. Heureusement pour moi, j’ai eu quelques artistes sensibles. Je revenais aussi d’une tournée de terrain avec Unicef, qui m’avait amenée en tant qu’ambassadrice. J’ai vu une petite fille âgée de très ans, qui était mariée depuis quatre ans. J’ai fait des photos. Chaque fois que j’avais besoin d’écrire une chanson, je regardais la photo de la jeune fille et le thème de la chanson me venait. J’ai eu des entretiens avec elle. J’ai montré ces photos à mes confrères que je voulais sensibiliser. J’ai commencé en disant toujours, ‘‘j’ai rencontré Mariama. Elle a 13 ans. Elle est mariée depuis quatre ans’’. On a écrit tellement de chansons. Elles ne s’appellent pas toutes Mariama, mais elle nous a largement donné la matière. Je me suis mise dans la peau de Mariama. J’ai imaginé que j’avais 13 ans et je me suis demandée ce que je vous dirais si j’étais devant vous. C’est le plaidoyer de Mariama que vous avez écouté en fait. ‘‘Makonguelane-wô’’ c’est une prière que j’adresse à ce que nous avons encore comme force symbolique, au-delà de toutes nos croyances, quand on prie. Je prie le Père, la Mère, de me donner la force d’aider les jeunes. Je vous ai soumis trois chansons seulement, sur les 19 chansons, avec les changements de plateau qui seront joués par un quatuor. Il y aura trois univers de danses. Vous avez vu, je suis encore à l’aise sur les danses. Je fais les chorégraphies. Je me retenais un peu aujourd’hui, je vous dirai pourquoi plus tard. Je prendrai des chorégraphes qui vont travailler avec moi. Il y aura la danse africaine bien-sûr qui nous représente, le hip-hop, et la contemporaine. Le monde doit se raconter dans cette tragédie musicale, mais comme la musique adoucit les mœurs, on va dire que c’est une comédie musicale (Rire…). Je l’ai écrite en cinq actes. J’aimerai vous en parler un peu plus dans quelques semaines parce que j’attends l’occasion de la fête de la jeunesse pour relancer les débats avec vous sur ces ateliers d’arts que je voudrai construire.

Entretien avec les Journalistes, décrypté par Valgadine TONGA

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