Manu Dibango : «Les artistes doivent créer une mutuelle pour les situations difficiles»

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S’unir ou mourir, c’est en gros le message qu’envoie Manu Dibango à l’endroit de ses collègues artistes camerounais.

2017 a été une année noire pour l’univers de la culture camerounaise. Plusieurs artistes ont cassé leur micro : Natacha Bizo, l’illustre Vincent Nguini, Lisa T, Mballa Rogers, Essama Elysée, Renel Kok… Une mort dans l’oubli et l’indifférence pour la plupart. De quoi indigner les artistes comme Henry Njoh. Nous l’avons rencontré  le 14 décembre 2017 à Douala. De plus en plus amoindri par la maladie, c’est à pas hésitant qu’il trottine. ‘‘L’homme en blanc’’ n’a d’autre appui que sa béquille. Henry Njoh ne va pas du dos de la cuillère quand il dit : «La situation des artistes au Cameroun est catastrophique. Je ne peux même pas commencer à entrer dans les détails parce que ça me désole, ça m’écœure. Quand je vois mes amis en train de mourir, l’un après l’autre sans soin, sans rien, je ne sais pas comment analyser ça. Moi-même je suis un malade

«J’ai eu deux Avc»

Henry Njoh revient de loin. «Ça fait quatre mois que je suis hospitalisé à Paris. Je suis revenu il y a deux semaines et heureusement je suis pris en charge par la Cnps en France. Je suis assuré à 110%, sinon je mourrai. J’ai eu deux Avc. J’ai été opéré de la hanche, j’ai fait un accident, je me suis cassé la tête. Si j’étais ici au Cameroun, je serai déjà dans les oubliettes comme les autres. C’est une situation qu’il faut voir. Comme ça commence par le politique, je ne veux pas entrer là dedans parce que je n’en suis pas un.» Le père du titre à succès ‘‘Biyea muma ngo’’ est au regret de constater que «malheureusement nous n’avons pas une société de droits d’auteurs qui pouvait revendiquer tout ça, que les musiciens soient au moins assurés. Il n’y a pas d’assurance, il n’y a pas de prise en charge, il n’y a rien. On est obligé de cotiser au quartier pour aller aider les amis à l’hôpital, ce que j’ai fait il y a trois jours.» Il fait allusion au chanteur Mbangue Show. Victime d’un accident, il a été interné à l’hôpital de la Garnison. Des artistes ont mis la main à la poche pour l’aider à payer les soins.   «Ce n’est pas bien. Il ne faut pas que ça continue comme ça. Il faut que ça s’arrête et qu’on trouve une solution pour remédier à cette situation

S’unir ou mourir, c’est en gros le message qu’envoie Manu Dibango à l’endroit de ses collègues artistes camerounais. «Les artistes, je les plains, mais ils

Manu Dibango

«Un panier à crabes»

La solution est toute trouvée pour Manu Dibango. Approché, le saxophoniste avoue : «Les artistes, je les plains, mais ils doivent aussi se poser les questions. Qu’ils se mettent ensemble. Pourquoi ils ne créent pas une mutuelle, parce qu’à chaque fois qu’il y a un problème, ils doivent aller à la tontine. Il faut créer une mutuelle.» Pour ce faire, Manu Dibango propose de «voir avec le ministère. A la Sacem, il y a la mutuelle. Ils peuvent créer la mutuelle, cotiser quelque chose pour prévoir les situations difficiles. Il faut organiser le système et c’est eux qui peuvent le faire. Mais s’ils ne sont pas ensemble ils ne peuvent rien faire.» Pour celui qui a été fait Grand Officier de l’Ordre de la Valeur au Fenac 2016,  «nous on a essayé de faire des choses ici mais ça n’a pas marché, indique Manu Dibango. D’autres personnes doivent faire en sorte que ça marche. C’est malheureux, c’est comme ça. Mais en général, la situation des artistes n’est jamais stable. Vous jonglez. C’est un panier à crabes.» Ayant été Président du conseil d’administration de la Cameroon music corporation, Manu Dibango parle en connaissance de cause.

Valgadine TONGA

 

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