La corruption…elle colle à la peau du Cameroun

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Concussion, corruption, détournement, malversation, trafic, forfaiture, trahison, jeu d’écriture, dessous de table, pots de vin, passe-droit, facilitation, abus…les mots ne suffisent plus pour qualifier ce que la Commission nationale anticorruption vient une fois de plus de dénoncer dans son rapport 2017. La corruption colle à la peau du Cameroun comme l’habit sur la peau d’un homme mouillé. Avec les fonctionnaires en tête. Quelques exemples qui nous sont servi par le rapport de Dieudonné Massi Gams, le président de la Conac. Un Adjudant de Douanes, agent de terrain de catégorie B est propriétaire de 13 villas de luxe bâtis sur terrains titrés, d’un immeuble de 5 niveaux également construit sur terrain titré ; ainsi que de 10 terrains immatriculés, 5 camions de 30 tonnes de charge utile ; 5 cars Toyota Coaster de 28 places ; 2 cars de 18 places ; et un parc automobile plein de véhicules personnels haut de gamme».

La Commission nationale anti-corruption a débusqué diverses techniques de corruption à ciel ouvert développées par des douaniers véreux. Parmi les pratiques de corruption

21 agents de la douane auditionnés au cours de l’enquête, ont confessé être propriétaires de plusieurs immeubles bâtis aussi bien à Douala qu’ailleurs, ainsi que de nombreux comptes bancaires à solde créditeur, dont les montants s’élèvent à plus de 134 millions de francs Cfa. En deux ans, entre 2014 et 2016, environs 1293 milliards ont été détournés par les agents fonctionnaires dans les bureaux de douane de quatre villes dont Douala, Yaoundé, Limbé et Maroua. Ces trois clichés nous suffisent. Pour les statistiques, on note que 37 départements sur les 58 que compte le Cameroun ont pris une part active au travail de la Conac, 2042 dénonciations ont été enregistrées par l’institution venant de toutes les régions. Les régions de l’Adamaoua, de l’Ouest et de l’Extrême Nord ont coopéré, tandis que les régions du Littoral, de l’Est et du Sud se sont montrés réticentes.

31eme sur 176 pays

Il faut préciser que ce rapport, bien que publié en fin d’année 2017 fait état de la situation en 2016, c’est dire que c’est l’année prochaine que le rapport du travail de la Conac pour 2017 sera disponible. Pour la même année 2016, l’Organisation non gouvernementale Transparency International  a publié en janvier 2017 son rapport sur la corruption dans le monde, et le Cameroun occupait la 31eme position sur 176 pays étudiés. En début d’année 2016, le rapport de la même organisation classait le Cameroun en deuxième position des pays les plus corrompus en Afrique, le pays de Paul Biya venait juste après le Libéria, et selon le rapport un Camerounais sur deux paie pour obtenir un service au sein de l’administration.

Plus loin en arrière, le Cameroun était resté deux années consécutives en tête des pays les plus corrompus du monde selon Transparency International toujours, en 1998 et 1999. Cette première position avait fait du Cameroun la honte du monde entier, pendant des années. C’est l’une des raisons qui poussera le président de la République à créer la Conac en 2006, après avoir passé du temps à demander des preuves quand l’opinion criait à la montée de la corruption qui rendait les fonctionnaires désormais plus riches que les hommes d’affaires.

Le «pécheur des baleines»

C’est en effet depuis 1991 que la corruption est publiquement dénoncée au Cameroun. Garga Haman Adji occupe alors la fonction de ministre de la fonction publique et du contrôle supérieur de l’Etat depuis le 7 novembre 1990. Sa détermination à dénicher la corruption qui prenait déjà de l’ampleur dans la fonction publique lui valut le petit nom de « pécheur des baleines.» Mais le Contrôle supérieur de l’Etat, la bannière avec laquelle il traquait les prévaricateurs de la fortune publique, avait tout comme la Conac d’aujourd’hui des pouvoirs limités. Il devait se contenter de rassembler les preuves et faire tenir son rapport au président de la République. Malgré cela, Garga s’était montré déterminé à dénoncer, même comme des personnalités qu’il dénonçait restaient impunies. Une détermination qui a fini par déranger en haut lieu, et le Contrôle supérieur de l’Etat lui fut retiré et ramené à la présidence.

L’homme que l’opinion présentait comme un exemple de rectitude moral, sentant que son travail d’assainissement ne portait pas de fruit, démissionna de ses fonctions le 27 août 1992.Cet empêcheurs de voler en rond désormais hors-jeu, les détournements prirent alors une autre tournure. La course à l’enrichissement devint le maître mot dans la fonction publique, on légitima les termes« mangeoire » et « gâteau national.» Au niveau de l’Etat se jouait une concurrence à celui qui amassera le plus d’argent, qui aura le plus grand nombre de comptes bancaires sur le territoire national et à l’international, en Suisse, aux îles Caïmans…

Exactement comme ce qui est dénoncé par le rapport 2017 de la Conac entre les fonctionnaires de douanes, avec des cotisations de 3 millions de francs Cfa par mois. Et si l’on parvient même à démasquer les acquis de ces corrompus aujourd’hui, c’est simplement parce qu’après l’attentat du 11 septembre 2001 aux Etats unis, les services spécialisés se sont mis à scruter les comptes bancaires à la recherche du financement du terrorisme. Tous les comptes anormalement fournis sont depuis lors tracés, et pour éviter d’être suspectés, l’argent détourné des caisses de l’Etat est désormais blanchi par les auteurs au Cameroun dans l’achat des terrains et la construction des immeubles. Ce qui explique qu’un agent de douanes peut avoir 24 terrains dont 13 bâtis, et disposer encore d’un minimum de 134 millions en banque. Sans compter les camions et voitures dont le nombre et la robustesse donnent des vertiges. Dans un pays où on s’endette même pour tenter vainement de donner l’eau aux populations.

Bonnes fêtes, merci pour votre fidélité tout le long de l’année !

Roland TSAPI

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