Transport interurbain : la surenchère permanente

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Le secteur du transport interurbain au Cameroun, est l’un des secteurs où règne un flou indescriptible, surtout pour ce qui est des tarifs pratiqués. Même le passager le plus régulier dans les agences de voyage ne peut pas dire combien coûte un voyage, les prix étant en constante fluctuation au gré des jours de la semaine et des mois de l’année. Le dernier texte réglementaire qui essaie de mettre de l’ordre dans le transport interurbain date de 2005, il y a 12 ans. Il s’agit de l’Arrêté n° 0006/Mincommerce du 08 mars 2005 portant harmonisation des tarifs du transport urbain par taxis et interurbain par cars et autobus sur l’ensemble du territoire national. En plus du transport urbain par taxi qui passait de 150 F à 175 F le jour et de 170F à 200 F la nuit, on y notait que pour le transport interurbain, les enfants de moins de 7 ans étaient exonérés, de 7 à 10 ans il fallait payer 7 fcfa le kilomètre et à partir de 11 ans il fallait payer 14 f cfa le kilomètre.
L’article 2 de cet arrêté indiquait que les tarifs ainsi fixés sont consignés sur des plaquettes éditées, pour le transport urbain et le transport interurbain, respectivement par les syndicats nationaux des propriétaires de taxis et les syndicats nationaux des propriétaires des cars et autobus légalement constitués. Ces plaquettes, visées par le directeur des prix, de la métrologie et de la protection du consommateur sont affichés par les transporteurs, chacun selon sa zone d’activités, de manière visible et lisible, à l’intérieur des véhicules. Ce sont là les précautions prises par le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana depuis 2005. L’arrêté avait été diversement accueilli suivant les lignes. Sur la route Douala Yaoundé et retour, les enfants de 7-10 ans devraient désormais payer 1925 F Cfa et les adultes 3850 F. Ce qui devait mettre fin au désordre causé par les transporteurs clandestins qui pratiquaient les prix de 2000 F sur cette même ligne, d’après certains responsables d’agence de transports.

Le secteur du transport interurbain au Cameroun, est l’un des secteurs où règne un flou indescriptible, surtout pour ce qui est des tarifs pratiqués. Même le passager le
Le cas de l’Ouest
A ce jour, malgré la hausse du prix du carburant par deux fois depuis lors, des agences de voyages normalement constitués pratiquent des prix de 2500 F, c’est-à-dire 1350 F moins cher que le prix officiel. Pas de soucis puisque cela se fait au bénéfice de la population, et les agences ne se plaignent pas. Ce qu’il faut observer ici, c’est que le gouvernement aurait pu mettre les prix plus bas que cela n’aurait fait de mal à personne. Ce qui est important à noter sur cette ligne, c’est que les prix pratiqués sont stables sur l’année, sans surenchère aucune. L’agence qui pratique 2500Fcfa le fait en début et en fin de semaine, en janvier comme en août, sans changer les prix en fonction de l’affluence. Tout le contraire de ce qui se fait sur la ligne Ouest. Au départ de Yaoundé comme de Douala en direction de l’Ouest, les passagers sont à la merci des transporteurs. Un article paru dans Cameroon Tribune du 30 août dernier est assez édifiant là-dessus. Il rapporte la colère des passagers rencontrés dans les gares routières à Yaoundé, qui racontaient leurs mésaventures. En semaine, ils payent 3000 Fcfa pour aller à Bafoussam par exemple, mais à partir de jeudi les prix grimpent pour atteindre 7000Fcfa, une augmentation de plus de 100%, pour un voyage dans des conditions inhumaines, rapporte le journal.
Le même scénario se reproduira pour le voyage retour de samedi à dimanche. La situation est identique à Douala pour les voyages en direction de l’Ouest. Toute personne qui a une urgence dans la région Ouest du pays le weekend, quelle que soit la ville de destination, sait qu’elle doit désormais doubler le budget du voyage. Les prix augmentent d’heure en heure dans les agences, en fonction de l’affluence, au gré des humeurs des gestionnaires. Des voyageurs témoignent que devant dans les agences, d’une position quelconque dans les rangs, vous voyez les prix changer plusieurs fois avant que vous n’arriviez au guichet, et vous pouvez facilement payer le ticket de voyage 1500 plus cher que celui qui est passé 40 minutes avant, et vous voyagez dans le même bus. Il faut dire que les tarifs en vigueur pour le transport interurbain n’ont pas officiellement changé depuis 2005. Le 1er juillet 2014, les prix des carburants à la pompe connaissent une nouvelle hausse, le litre de super passe de 569 francs Cfa à 650 francs Cfa. Le litre de gasoil passe de 520 FCFA à 600 FCFA », la bouteille de gaz domestique de 12,5 Kg quant à elle passe de 6000 à 6500 FCfa.
Les transporteurs menacent d’entrer en grève. Mais après concertation avec les syndicats, Luc Magloire Atangana signe un autre arrêté le 9 juillet, qui augmentait les prix de ramassage en ville de 200 à 250F le jour et de 250 à 300f de nuit à partir de 22h. Rien n’est dit pour ce qui est du transport interurbain. Certains transporteurs auraient donc profité de ce silence pour commencer à pratiquer des prix en fonction de l’offre et de la demande, ce qui a abouti à la situation qui se vit encore de nos jours dans certaines gares routières, et n’est pas prête de s’arrêter. Situation dans laquelle les passagers ont le sentiment d’être abandonnés à eux-mêmes, puisque le ministre du Commerce n’a jamais levé le petit doigt pour mettre de l’ordre. En restant sur les tarifs de 2005, la distance Douala-Bafoussam qui est de 267 km devrait coûter 3750 Fcfa qu’il pleuve ou qu’il neige, pour ne pas dire que les transporteurs pouvaient aussi pratiquer des prix en deçà de la grille officielle comme cela se fait sur la ligne Douala -Yaoundé.
Il est en tout cas temps que le gouvernement réagisse pour mettre fin à ces pratiques, qui cultivent au sein de la population le sentiment qu’il y a des Camerounais à part entière… et des Camerounais entièrement à part.
Roland TSAPI

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