Commémoration : Noël, une fête au-dessus des fêtes

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Elle vient de passer, la fête de Noël, ou de la nativité, la fête au cours de laquelle les chrétiens romains célèbrent la nativité ou plutôt la naissance de Jésus Christ. Mais au fils du temps, à la faveur des enseignements de l’histoire et des religions, il est de plus en plus établi que cette fête n’a rien à voir avec la naissance du Christ, même comme elle est devenue une tradition dont la société dans sa grande majorité ne veut plus s’en passer. La plupart des gens ne réfléchissent jamais aux raisons qu’ils ont de croire ce qu’ils croient ou de faire ce qu’ils font. Nous vivons dans un monde rempli de coutumes mais très peu se soucient d’en chercher les origines. Nous les acceptons généralement comme allant de soi. En fait, la plupart des personnes font ce que tous les autres font, parce que c’est aisé et naturel.

Selon le dictionnaire en ligne Wikipedia, Noël est une fête d’origine romaine célébrée chaque année, majoritairement dans la nuit du 24 au 25 décembre ainsi que le 25 toute la journée. Il indique que la date du 25 décembre a été fixée comme grande fête du soleil par l’empereur romain Aurélien qui choisit ainsi comme date le lendemain de la fin des Saturnales, mais qui correspond aussi au jour de naissance de la divinité solaire Mithra. Aurélien souhaite en effet unifier religieusement l’empire. Le 25 décembre n’aurait donc pas été choisi parce que c’était la naissance du Christ ou même parce qu’il s’en rapprochait. Cette date fut choisie parce qu’elle coïncidait avec le festival idolâtre et païen des saturnales ! La Bible quant à elle n’indique pas une date de la naissance du Christ. Dieu aurait bien pu nous la faire connaître, mais il a choisi de la cacher aux yeux du monde ! La première mention d’une célébration chrétienne à la date du 25 décembre a lieu à Rome en l’an 336. Le christianisme s’ajoute ainsi à la liste des religions rendant un culte à Noël. Elle devient une des fêtes chrétiennes les plus importantes durant la période médiévale, et est diffusée dans le reste du monde lors de la colonisation et de l’occidentalisation contemporaine. Néanmoins, sa célébration n’étant pas exigée par des sources bibliques et conservant toujours de nombreux éléments païens, elle est rejetée par les groupes chrétiens les plus radicaux.

Elle vient de passer, la fête de Noël, ou de la nativité, la fête au cours de laquelle les chrétiens romains célèbrent la nativité ou plutôt la naissance de Jésus Christ. Mais au fils du temps

Dans un supermarché.

L’homogénéité du corps social

En Afrique, cette fête a rapidement gagné en notoriété parce qu’elle trouve sur place une société culturellement prédisposée aux fonctions que jouent la fête dans une société. D’après les sociologues, une première fonction de la fête est celle de favoriser la cohésion et l’homogénéité du corps social. La fête renforce symboliquement le sentiment d’appartenance à un groupe. Elle a aussi une fonction de conservation, en transmettant de génération en génération un ordre qui peut remonter aux origines.  En effet, elle renouvelle périodiquement les croyances et les mythes fondateurs du groupe, permettant ainsi de relier le présent au passé et d’inscrire les membres de la communauté dans une histoire qui les dépassent en tant qu’individus.

Il arrive aussi que l’on choisisse au cours d’une fête un bouc émissaire, que l’on charge de tous les maux de la communauté. Par cette coutume, la communauté se trouve purifiée. Pour les chrétiens catholiques, Jésus Christ est ce bouc émissaire, ou l’agneau qui a été sacrifié pour purifier l’humanité. De même pour les musulmans, qui sacrifient le mouton lors de la fête éponyme. En Afrique également, comme ailleurs, la fête sert à rythmer le temps. Par son retour ponctuel, elle représente une manière de marquer ces cycles. D’une manière générale, les fêtes sont liées au cycle de la naissance, de la mort ou du renouveau au niveau de la nature ou de la communauté.

Un excès permis

A l’ère moderne, la fête de Noël est surtout une occasion pour la rupture des normes. Elle est devenue un excès permis, une violation solennelle des interdits. Elle permet à l’individu et, plus largement, à la communauté de libérer les pulsions que la société contrôle fortement en temps ordinaire. L’excès de consommation de l’alcool par les jeunes et les sorties nocturnes dans des milieux non autorisés trouvent toujours une justification en cette période, avec parfois les dégâts qui s’en suivent. Les consciences s’éveillent de plus en plus sur ce fait, mais la pression commerciale autour de la fête de Noël reste très forte malgré le doute de plus en plus persistant sur le caractère religieux de cette célébration.

Elle est en effet devenue la période de haute saison pour les affaires. A l’église, c’est la période des baptêmes avec des frais y afférents, la tenue de baptême à payer sur place, la dîmes obligatoire avant la célébration, la quête spéciale pour les baptisés. A l’école on a créé à cette occasion une activité périscolaire appelée festinoel, et les parents doivent débourser des sommes d’argent pas négligeables.  A la maison, les jouets, cadeaux, nouveaux habits et repas somptueux sont obligatoires. Sans compter que la maison doit généralement faire peau neuve et être décorée avec les gadgets appropriés, l’arbre de Noël ne doit pas être oublié non plus. Les populations déjà sous le poids de la misère quotidienne, sont parfois obligées de s’endetter pour satisfaire les exigences de la fête.

Dans les entreprises privées, les patrons doivent multiplier des stratagèmes pour expliquer pourquoi ils ne peuvent organiser l’arbre de Noël, en plus d’être parfois séquestrés s’ils ne payent pas le salaire du mois avant le 24 décembre, pour permettre aux employés, dit-on, de préparer la fête. Dans les entreprises étatiques et les institutions comme les mairies, cette cérémonie ne doit cependant pas rater, c’est l’occasion de puiser dans les caisses pour l’organiser. Alors qu’en temps normal on explique qu’une route n’est pas entretenue parce qu’il n’y pas d’argent dans les caisses, on en trouve même pour accrocher quelques cordes lumineuses dans les carrefours, tandis que les lampadaires manquent cruellement dans les rues. On en est finalement arrivé à un point où certains se demandent simplement comment cette fête de Noël a réussi à traverser la Mer rouge pour se retrouver en Afrique.

Roland TSAPI                           

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