La culture camerounaise à la recherche de sa culture

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A quelques jours de la fin d’année 2017, il n’y a pas toujours de Festival national des arts et de la Culture programmé. C’est pourtant le seul évènement d’envergure national et international organisé par le gouvernement pour primer la culture dans tous ses segments. Institué le 08 avril 1991 par décret présidentiel, ce qui était alors le Festival des Arts et de la Culture (FESTAC) est devenu FENAC en 1994 avec pour ambition de « consolider l’unité nationale, en fédérant toutes les expressions artistiques et culturelles ». Le Fenac était à sa 15eme édition en 2016, du 5 au 10 septembre et s’est célébré sous le thème « culture et émergence du Cameroun ». A la place du Fenac, le Cameroun culturel s’est contenté de la tenue de la première édition du festival des musiques et des danses patrimoniales du 02 au 06 août 2017 au musée national à Yaoundé.

A quelques jours de la fin d’année 2017, il n’y a pas toujours de Festival national des arts et de la Culture programmé. C’est pourtant le seul évènement d’envergure national

Au Festival des musiques et des danses patrimoniales du Cameroun.

Occasion pour les quatre aires culturelles Fang Beti, Sawa, Grassfield et soudano-sahélien, d’offrir un spectacle qui a mis en exergue toute la richesse des aires musicaux et chorégraphies recherchés du triangle national. Ainsi, le ministère des Arts et de la Culture, dont la mission essentielle est la mise en œuvre de la politique nationale en matière de promotion et de développement culturel, n’a pas trouvé mieux sur le plan national.  L’initiative de l’organisation des grands évènements culturels s’est trouvée alors abandonnée entre les mains des privés. La 5eme édition des Balafon Music Awards, qui s’est tenue à Douala le 13 décembre dernier, est dès lors le plus grand événement de l’année avec pour vocation la promotion et la reconnaissance de la musique du terroir ou des fils du terroir. Ceci en attendant les Canal d’Or, désormais organisés au mois de février mais qui récompensent les mérites de l’année précédente. Au-delà, les batailles pour la gestion des droits d’auteurs ont connu des évolutions significatives cette année, sans que l’on soit sorti de l’auberge à la fin.

Et la Sonacam fut…

En ramassé, l’on retient que les artistes chanteurs camerounais se sont réunis le 10 juillet 2017 pour signer l’acte de fusion des deux sociétés rivales de gestion des droits d’auteurs existants, la Cmc et la Socam. Et ce en application de l’article 2 d’un arrêté signé deux ans plutôt, le 8 juillet 2015 par le Premier ministre Philémon Yang, lequel arrêté créait un comité de suivi pour mettre l’ordre dans la gestion des droits d’auteurs au Cameroun. 11 jours après cette fusion, dans un communiqué du 20 juillet 2017, le ministre des Arts et de la Culture Narcisse Mouelle Kombi annule l’acte. Il convoque une nouvelle Assemblée générale le 9 septembre 2017 à Yaoundé, qui accouche de la Société Nationale Camerounaise de l’Art Musical, en abrégé SONACAM. Samuel Ndonfeng, plus connu sous le nom de Sam Fan Thomas est élu Pca. L’équipe dirigeante de la nouvelle société de gestion jouit d’un mandat de trois ans renouvelable une fois. La bataille n’est pour autant pas finie, comme le témoigne la dernière sortie de l’un des ténors de la musique Camerounaise, Ben Decca.

A l’occasion de la célébration de ses 30 ans de carrière le 8 décembre dernier à Yaoundé, il a déclaré à ce sujet et je cite « Je ne sais pas ce qu’est la SONACAM. Les artistes doivent assumer leurs responsabilités. Il est hors de question qu’on leur impose ce qu’ils ne veulent pas. …. Il est hors de question qu’avec 25 albums je laisse mes droits être contrôlés par quelqu’un qui a à peine trois albums et qui est improductif » fin de citation. On en est là. Une lueur d’espoir tout de même pour ce qui est des droits voisins, avec la création le 15 juillet 2017 de la Société camerounaise des droits voisins. Et c’est le célèbre bassiste Aladji Toure qui a été porté à la tête.

Beaucoup de morts

Beaucoup de pertes aussi cette année dans les milieux des artistes musiciens. Lisa T décède le 20 juin 2017, Natacha Bizo rend l’âme le 15 octobre 2017 à Kribi. Le 20 octobre c’est au tour de Mballa Rogers, le chanteur de Bikutsi qui se tait définitivement à Nkolngock par Mbalmayo, des suites d’un arrêt cardiaque, à l’âge de 62 ans. Le 29 novembre 2017 Mbarga Soukouss l’auteur de ‘‘Essamba Essamba’’ s’éteint  à l’hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé à 62 ans. Il est suivi par un autre patriarche du Bikutsi, Essama Elysée qui s’est éteint le 05 décembre. Le dernier en date de cette série noire est l’icône de la musique camerounaise et internationale, Vincent Nguini, décédé vendredi 8 décembre 2017 au Brésil. Les causes de son décès restent inconnues.

Au final, entre l’irrégularité des grands évènements nationaux de promotion des arts et de la culture, les luttes interminables pour le contrôle des droits d’auteurs et les artistes qui meurent dans la misère et l’indifférence de la nation, la culture camerounaise, en cette fin d’année 2017, est encore et toujours à la recherche de ses lettres de noblesse.

Roland TSAPI

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