Climat des affaires en 2017… L’économie camerounaise en berne

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Dans le classement Doing Business 2017 de la Banque mondiale, le Cameroun est classé 166e sur 190 économies à travers le monde et 37e sur 53 économies en Afrique. Au sein des membres de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA), le Cameroun ne fait pas vraiment meilleure presse. En cette fin d’année, les signaux sont encore au rouge au Cameroun sur le plan économique, qui ne présente pas toujours un visage attractif pour les investisseurs. A l’occasion du lancement de la nouvelle année fiscale 2018, Elisabeth Huybens, responsable pays pour la Banque mondiale, s’est exprimée le 18 septembre 2017 en ces termes : «Pour attirer les financements du secteur privé, il faut avoir de bonnes institutions, des institutions fortes… Le cadre institutionnel et réglementaire doit être revisité de manière à attirer davantage les grands investissements privés.» Il reste en effet constant que le secteur privé est universellement reconnu comme étant l’un des principaux moteurs de la croissance économique et du développement. Près de 90 % des emplois, formels comme informels, sont le fait du secteur privé, qui recèle un potentiel abondant qui ne demande qu’à être exploité, d’après les chiffres de différentes études tant de l’Institut nationale de la statistique que des mouvements patronaux.

Dans le classement Doing Business 2017 de la Banque mondiale, le Cameroun est classé 166e sur 190 économies à travers le monde et 37e sur 53 économies en Afrique. Au sein des membres de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique

Port Autonome de Douala.

Les gouvernements de beaucoup d’économies collaborent avec le secteur privé pour créer un environnement des affaires prospère. Un moyen d’y parvenir est de mettre en place une réglementation efficace de la vie des affaires garantissant que tous les acteurs jouissent d’opportunités équivalentes et équitables de participer à un marché concurrentiel. Les études qui ont permis à la Banque mondiale de faire le classement 2017, se sont appuyées sur des éléments comme la facilitation de la création des entreprises.  Il s’agit d’éliminer les obstacles à la création d’entreprise, les études ayant montré que supprimer les formalités bureaucratiques excessives dans le processus de création d’entreprise a de nombreux avantages pour les économies et les entrepreneurs. Pour ce critère le Cameroun occupe la 122eme place sur 190. Le deuxième critère est l’obtention du permis de construire. A l’observation, l’industrie du bâtiment est devenue depuis quelques années un secteur vital de l’économie. Elle stimule la croissance en mobilisant des investissements importants et en dynamisant les chaînes d’approvisionnement, créant ainsi des emplois et contribuant au processus de formation de capital. Ici le Cameroun est classé 140eme.

Le transfert de propriété

Le troisième critère de l’étude est le raccordement à l’électricité. Une alimentation électrique fiable est associée à une plus grande efficacité de production et à des niveaux plus élevés d’investissement étranger direct. Le Cameroun l’a compris, et a engagé depuis plusieurs années des grands travaux de constructions des barrages hydro-électriques (Memve’ele, Lom Pangar, Mekim… L’approvisionnement en électricité fiable et stable n’est pour autant pas assuré, en témoignent les fréquentes coupures que connait la ville de Douala en ce moment, qui pénalisent les affaires à longueur de journées. Le classement Doing Buisines place le Cameroun à la 121eme position sur 190 pour ce critère. L’autre critère pris en compte est le transfert de propriété. Ici le pays occupe la 176eme position, très mal placée. Des droits de propriété officiels sont nécessaires pour soutenir l’investissement, la productivité et la croissance.

Des résultats provenant d’économies du monde entier indiquent que les propriétaires fonciers qui détiennent des titres officiels sont plus susceptibles d’investir et ils ont une probabilité plus élevée d’obtenir un prêt lorsqu’ils donnent la propriété en garantie. Ce qui est loin d’être le cas au Cameroun, où l’on vit au quotidien le phénomène de double vente d’immeuble bâti ou non, et les juridictions des grandes villes sont inondées des procès en la matière. Pour l’obtention des prêts, autre éléments qui intervient dans la classification, le Cameroun occupe la 68eme place sur 190, une position considérée comme acceptable. Mais l’étude s’est appuyée sur le cadre réglementaire et institutionnel. Car en dehors des textes qui sont constamment en amélioration, l’accès au crédit reste l’un des problèmes majeurs des entreprises locales surtout.

Les droits des actionnaires minoritaires

Au niveau de la protection des actionnaires minoritaires, le Cameroun a encore beaucoup à revoir. Classé 138eme, il fait partie des pays où les droits des actionnaires minoritaires dans les entreprises ne sont pas du tout respecté. Ces derniers sont en constante menace des actionnaires majoritaires qui ont tendance à tout racheter, garder le monopole imposer la direction à prendre par l’entreprise. Toute chose qui n’est pas de nature à encourager les prises d’intérêts par les hommes d’affaires moyens qui souhaiteraient participer à l’économie nationale autrement que dans le secteur informel. Les points les plus faibles de l’environnement des affaires au Cameroun, d’après le classement, sont le règlement des impôts, le commerce transfrontalier et l’exécution des contrats. S’agissant du paiement des impôts, le Cameroun occupe la 183eme place sur 190, malgré l’amélioration des systèmes électroniques de déclaration fiscale.

Le commerce transfrontalier occupe quant à lui la 186eme place sur 190, ce aussi malgré toutes les procédures de dématérialisations mis en place au port de Douala et dans tous les postes frontières. Ce qui est en cause ici, c’est la corruption qui règne en maître, tout comme au niveau du paiement des impôts et de l’exécution des contrats. Pour ce dernier critère, le Cameroun occupe en 2017 la 162eme place. Pas étonnant quand on sait que l’exécution des marchés est le ventre mou de l’économie camerounaise, encore qu’une fois exécuté, pour qu’un marché soit payé c’est un autre chemin de croix.

Roland TSAPI

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