Le Cameroun noyé dans l’alcool : 660 millions de litres de bière consommés en 2016

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Consommer avec modération, boire avec responsabilité, ne pas boire et conduire, ne pas boire avant 18 ans…autant de slogans que les entreprises brassicoles utilisent dans les campagnes publicitaires pour appeler les Camerounais à la modération pour ce qui est de la consommation de l’alcool. Des campagnes souvent intensifiées en période de fin d’année comme en ce moment, où les occasions festives sont multipliées, impliquant l’augmentation des consommations de l’alcool. Et comme l’on dit de manière triviale, les Camerounais boivent. Au point où le Cameroun est souvent classé dans le peloton de tête des pays où l’alcool est le plus consommé en Afrique et même dans le monde. Selon une étude rendue publique en août 2017 par l’Organisation mondiale de la santé (Oms), le Cameroun occupait le 12ème rang en Afrique, sur 49 pays concernés par l’enquête. L’étude avait procédé au calcul du nombre de litres d’alcool pur consommé par an et par habitant de plus de 15 ans. Dans ce classement, le Cameroun était devancé par le Gabon, classé premier et la Guinée Equatoriale classée 11eme pour ce qui est de la Zone Cemac, alors que le Tchad occupait la 42eme place.

Deux ans plutôt, une autre étude menée sur le business de la bière en Afrique et sur les habitudes des consommateurs par le cabinet français Lv Next Century, révélait que le Cameroun est passé de 160 millions de litres de bière de consommation annuelle en 2015, à 660 millions en 2016, soit environ 36 litres de bière par an consommés par un Camerounais. Selon cette étude, le Cameroun occupait donc la première place des plus grands consommateurs d’alcool en Afrique de l’Ouest et Centrale. Une position de leader pas vraiment convoitée, tant le rapport à l’alcool est mal vu dans un continent où l’on essaie  de valoriser le travail et le dynamisme. Un constat  stupéfiant dans un pays où le nombre d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté ne cesse de croître.

Mais qu’est-ce qui pousse les Camerounais à boire autant?

Il y a d’abord la facilité de l’accès à la bière en particulier et à l’alcool en général. Dans les coins les plus reculés du pays, tout peut manquer, sauf la bière. Et si cela arrivait, on mettrait le génie traditionnelle à en fabriquer, et à des doses d’alcool plus élevée comme c’est le cas pour l’Odontol, le ha, le bilibili, le arqui… En ville,  La consommation de boissons alcoolisées fait partie du quotidien d’une grande majorité des Camerounais. Pour certains d’entre eux, il est presque impossible de passer une journée sans consommer de la bière. Les débits de boissons alcoolisées poussent comme des champignons, s’empilent presque les uns sur les autres et sont les lieux de détente les plus fréquentés. Dans le secteur de la vente d’alcool, les détenteurs des débits de boissons ne manquent pas d’imagination pour attirer le maximum de clientèle, et font même tout pour s’arrimer aux nouvelles techniques de l’information et de la consommation, en prenant des noms comme Facebook, Connexion, Android, des noms qui changent aussi en fonction de la clientèle visée, toujours est-il que chacun y trouve son compte.

une autre étude menée sur le business de la bière en Afrique et sur les habitudes des consommateurs par le cabinet français Lv Next Century, révélait que le Cameroun est passé de

Ensuite, ce libre accès à l’alcool est la conséquence de la non application des textes. Comme d’habitude on dirait. En général, selon la loi, deux fonds de commerce exploitant le même produit doivent être distants l’un de l’autre d’au moins 50 mètres. Mais dans la réalité, les débits de boissons sont séparés entre eux juste par un mur parfois. Plus spécifiquement, le secteur de la vente de la bière est régi par le décret n° 90/1483 du 9 novembre 1990 fixant les conditions et les modalités d’exploitation des débits de boissons. Le décret fait de l’ouverture d’un débit de boisson la chose la plus facile à faire au Cameroun. Cette ouverture est conditionnée par l’obtention d’une licence dont la composition du dossier est indiqué à l’article 7  alinéa 1. Et d’après l’alinéa 3 de cet article, «le sous-préfet ou le préfet dispose d’un délai de huit (8) jours à compter de la date de dépôt du dossier visé à l’alinéa 1er ci-dessus pour délivrer la licence sollicitée qui doit, dans tous les cas, correspondre à la contribution des licences payées. Passé ce délai, la licence est réputée accordée et le postulant peut exploiter son débit de boissons.» Pas besoin donc d’attendre même un récépissé pour ouvrir les portes, ce qui fait souvent dire aux hommes politiques qu’au Cameroun il est plus facile d’ouvrir un bar que de faire une manifestation dans la rue, car pour ce cas il faut attendre l’autorisation.

Fêter pour boire ou boire pour fêter

En plus, l’article 13 indique que pour les heures d’ouverture, les  ventes à emporter doivent fonctionner de 6 heures à 21 heures, les ventes à consommer sur place de 6 heures à minuit. Là aussi tout fonctionne comme si la loi n’existe pas. Plus grave, d’après l’article 14, aucun débit de boissons ne peut être ouvert ou transféré à moins de 200 mètres à vol d’oiseau, d’un hospice, d’un hôpital, d’un dispensaire, d’un établissement d’enseignement, ou d’un édifice consacré au culte.Une fois de plus cette disposition est superbement ignorée, et dans tout le pays les universités sont encerclées par des débits de boissons. Dans l’indifférence totale des autorités

D’après les diverses études, les jeunes sont les plus livrés à l’alcool, considérés par nombre de sociologues,  comme une façon pour eux de s’évader d’un quotidien difficile. Question de noyer leurs soucis, lesquels soucis ont de toute évidence fini par apprendre à nager. En cette fin d’année tout le monde parle de fêtes. A chacun de voir s’il va fêter pour boire ou boire pour fêter.

Roland TSAPI

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