Affaire Nganang : Le basculement dans le boom des pulsions et tensions entre universitaires sur la toile

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Affaire Patrice Nganang : Le basculement dans le boom des émotions, passions, pulsions et tensions entre universitaires sur la toile

Ces dernières semaines, le débat autour de l’affaire Patrice Nganang a basculé dans une constellation des émotions, des passions, des pulsions, des tensions et des dissensions entre universitaires d’ici et d’ailleurs. Il ne se passe pas de jours sans que des Hommes de sciences ne publient des posts et des tribunes libres sur l’écrivain aujourd’hui écroué à la prison centrale de Yaoundé. Mais, au-delà de ces joutes fort contradictoires, le débat autour de l’activiste des droits humains a, très tôt, viré dans l’invective, voire dans des diatribes purement et simplement polémiste et sarcastique. Au point où il est né une division, une scission, mieux une dichotomie dans la classe des universitaires camerounais.

Ces dernières semaines, le débat autour de l'affaire Patrice Nganang a basculé dans une constellation des émotions, des passions, des pulsions, des tensions et des dissensions entre universitaires d'ici et d'ailleurs

Patrice Nganang

L’avènement des techno-médias dans la société camerounaise contemporaine mondialisée a fait naître un débat vivant et brûlant sur la toile, lequel charrie une dynamique d’affects fortuits des acteurs, voire des activistes de tous bords. L’affaire Patrice Nganang, qui a droit de cité depuis le 6 décembre 2017, jour de son interpellation et de son arrestation cavalière et arbitraire par la police, a ceci de singulier qu’elle oppose une fluctuation de théories, de paradigmes et de courants de pensée des universitaires qui s’étripent sur les réseaux sociaux. Autrefois, les joutes eurent lieu dans les amphis et salles de cours, où des Hommes de science croisèrent le verbe au gré des arguments et des contre-arguments. L’un des ultimes débats fort nourri, suivi, couru et médiatisé en 2011 eut opposé des intellectuels autour du rôle de l’intelligentsia dans le procédé de fabrication des motions de soutien au Cameroun. A l’époque, à la faveur de l’initiative de Alain Fogué, enseignant de Géostratégie à l’Université de Yaoundé II-Soa, deux camps eurent été organisés entre les partisans de la construction des motions de soutien et les opposants à la fabrication des motions de soutien. Pour les défenseurs invétérés du premier palier, à l’instar de Jacques Fame Ndongo, Sémioticien,  Joseph-Vincent Ntuda Ebode, Géostratège, Rachel Bidja Ava, Philosophe, et Mabou Mabou, Historien, les motions de soutien constituent la sève nourricière de l’implémentation et de la consolidation du prince au pouvoir. A contrario, les figures scientifiques du segment opposé, en l’occurrence Claude Abé, Sociologue, Mathias-Eric Owona Nguini, Socio-politiste, et Xavier Messe, enseignant des Sciences de l’information et de la Communication, eurent battu en brèche le consortium d’intellectuels organiques tant ils les considérèrent comme des têtes de proue de la courtisanerie en faveur du Président de la République.

Le « fou » de la République

Six ans après, les joutes dans les amphis et salles de cours des universités d’États se sont déportées dans le champ techno-médiatique, où des universitaires se crêpent le chignon aujourd’hui autour de l’affaire Patrice Nganang. Seulement, ce débat que l’on estimait, à priori, scientifique a basculé, à posteriori, dans des discussions empreintes de normativisme, de dogmatisme et de manichéisme, où les uns sont systématiquement et diamétralement opposés aux autres. De fil en aiguille, la logique du partisanisme nourrie par ces joutes controversées met en opposition de phase les adjuvants et les opposants, les convergents et les divergents, les radicaux et les modérés, les pourfendeurs et les laudateurs, qui ergotent autour de l’affaire Nganang. Les figures de proue du maximalisme à la configuration de Owona Nguini, Achille Mbembé, Michel Moumbio, etc criblent de balles l’écrivain et le qualifient de « fou » de l’arène sociétale. Les actants qui s’escriment à innocenter ou, du moins, à dédouaner Nganang appréhendent, en toile de fond, l’écrivain comme un auteur qui reste et demeure dissident et virulent de la première heure. Ambroise Kom, Littéraire,  Eboussi Boulaga, Philosophe, Haman Mana, Enseignant des Sciences de l’information et de la communication, Georges Dougueli, journaliste, Odile Tobner, Littéraire, etc se situent dans cette lignée. En témoigne le style littéraire imbibé du paradigme de la Socio-critique, lequel entache les écrits du fils natif du Ndé. En réalité, pour ceux qui ne l’ont jamais connu et lu, cet écrivain s’est toujours montré iconoclaste tant il persiffle le régime en place qu’il qualifie de décadent et de déliquescent.

Activiste prosaïque et le populiste vulgaire

Cependant, l’activiste a basculé, sur la toile, dans un style, par essence, vulgaire, populaire, populiste et rustre. Toute chose qui lui est reprochée. Sur ces entrefaites, l’écrivain Nganang véhément se situe aux antipodes de l’activiste Nganang qui s’est enlisé, contre vents et marées, dans la vulgarité ambiante. Signe du caractère acariâtre de l’homme que des radicaux considèrent comme le « fou » de la République. Mais, le « fou », appréhendé scientifiquement comme un malade mental suivant la terminologie de la Psychologie clinique, devrait-il être jeté dans la poubelle carcérale au regard des infractions qualifiées et re-qualifiées ayant alterné partant de la Direction régionale de la police judiciaire au Tpi (Tribunal de première instance) en passant du Tgi (Tribunal de grande instance)? Dans le déroulé argumentatif et idéologique des pourfendeurs du quarantenaire, il est idoine d’opter pour une posture normative et dogmatique visant à le couvrir de jugements stéréotypés et d’opprobre. A la différence, dans la socioculturalité camerounaise,  il est impératif de connaître l’Homme, fruit de son environnement social, afin d’en débusquer l’origine des comportements qu’il affiche dans la quotidienneté courante. En souscrivant, illico presto, au paradigme interprétatif de la Sociologie compréhensive, il est judicieux de faire une Herméneutique de l’écrivain critique, de l’activiste prosaïque et du populiste vulgaire, qui charrie des quolibets sur la toile. Des flèches lacérées et des tirs groupés sont alors tirés sur Nganang et participent à le condamner tous azimuts. Pourtant, des spécialistes des Sciences sociales ont la contrainte de se départir des oripeaux de la posture dogmatique chère aux juges et aux religieux, dont le dessein est de s’ériger en censeurs et en recenseurs de la cité. Encore faut-il sonder, analyser et interpréter en profondeur le jeu des idées, des opinions et des constructions intellectuelles de l’écrivain aujourd’hui sous les feux de la rampe.

Ne condamnons pas! Mais cherchons, au premier abord, à comprendre l’intentionnalité de l’acteur social qui construit, sans conteste, l’historicité de ses productions et de ses actions dans la scénographie de la vie courante! C’est, du moins, le postulat du paradigme interactionniste auquel nous autres souscrivons sans coup férir. N’en déplaise aux flingueurs et aux maîtres-censeurs et recenseurs de l’intelligentsia qui se plaisent, voire se complaisent dans la crucifixion de Patrice Nganang!

Serge Aimé Bikoi, Journaliste et Sociologue du développement

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